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Qui sont les Incels, ces misogynes dont l'idéologie prospère sur les réseaux ? par Sarah Ben Ali

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Publié le Mercredi 21 Novembre 2018

En novembre dernier, une fusillade en Floride faisait deux mortes et cinq blessées. Le tueur, Scott Beierle, était connu pour être un Incel, ces misogynes ultra-violents qui se servent des réseaux sociaux pour propager leur haine.

Le 2 novembre 2018, Scott Beierle, un quadragénaire états-unien, faisait feu à la sortie d’un cours de yoga et tirait sur sept personnes, toutes des femmes, avant de se suicider. L’enquête en cours indique que son crime était animé par l'idéologie masculiniste, et plus précisément, que Scott Beierle se revendiquait comme étant un Incel. Des célibataires involontaires qui blâment les femmes pour leur solitude, et plus généralement, les maux de nos sociétés modernes. Et si les Incels sont les masculinistes les plus connus du public, car coupables de plusieurs tueries antifemmes en Amérique du Nord, ils ne sont pas les seuls à être actuellement en guerre contre la gent féminine. On compte aussi les Redpillers, en référence à la pilule rouge de Matrix qui, dans le film, permet d’accéder à la vérité absolue. Ou encore les MGTOW, pour "Men Going Their Own Way", un groupe prônant le célibat (volontaire, cette fois) des hommes. Mais également les pick up artists ou PUA, qui forment une communauté construite autour de l’apprentissage de méthodes de séduction, voire de dating forcé. Tous ces groupes revendiquent la même chose : leur supériorité sur les femmes et leur haine evers elles. Des mouvements très actifs outre-Atlantique, mais pas que…


Le masculinisme, un mâle français

Si les tueries antifemmes de ces dernières années ont eu principalement lieu au Canada et aux Etats-Unis, l’idéologie misogyne qui les a inspirées ne se cantonne pas qu'à ces pays. Et est même théorisée chez nous. En France, le mouvement s’appuie en effet sur la thèse de la "féminisation de la société", matraquée depuis plusieurs années dans les médias par Eric Zemmour. Autre figure masculiniste, qui ne se revendique pas comme telle mais emploie la même rhétorique, Julien Rochedy, président du FNJ (Front National de la jeunesse) entre 2012 et 2014, mais aussi fondateur de l’Ecole Major. Cette "école" virtuelle et payante propose des cours pour apprendre aux hommes à être dominants, virils et même "brutaux", afin de faire ressurgir une masculinité soit-disant opprimée, comme le rapporte le site Slate. Dans l'une de ses leçons en ligne, Julien Rochedy explique qu'un homme doit se construire un clan afin d'assoir son règne. Pour se faire, il faut trouver un ennemi commun : les femmes... Un discours d’autant plus efficace qu’il se propage sur la Toile.

Le terrain de jeu favori des masculinistes est en effet le web, et plus particulièrement, les réseaux sociaux, idéaux pour se passer des conseils et se coacher dans le but de devenir des "mâles alpha". Sur Facebook, on retrouve ainsi 500 membres dans le groupe MGTOW francophone, et 7 600 sur le groupe PUA Academy, qui sont plus importants encore outre-Atlantique… Une présence qui a intéressé Donna Zuckerberg, chercheuse à Harvard et accessoirement sœur de Marc Zuckerberg, le cofondateur de Facebook. Dans son livre All Dead White Men, Classics and Misoginy in the Digital Age, sorti le 28 octobre, elle accuse les réseaux de diffuser une nouvelle forme de misogynie, et qualifie ces espaces digitaux de "manosphère", un monde ultra-codifié et là encore, théorisé. Selon la chercheuse, les cyber-masculinistes s’approprient en effet l’histoire antique et la pensée de philosophes reconnus pour légitimer leur lutte. Ils se réfèrent aussi à la culture pop, pour s’attribuer des noms cool et punchy. Voire se déguisent en super héros lors d’actions de rue, certains se renommant "Fathers for Justice" (une référence à la Justice League de Marvel). Des références également utilisées par l’association française SOS Papa, qui estime que les pères sont lésés lors d’un divorce – en oubliant que la garde des enfants est attribuée selon un accord préétabli entre les parents et que dans 71% des cas, ces derniers choisissent une résidence chez la mère. 

 

En finir avec une idéologie mortifère 

La solution pour arrêter ces groupes "toxique et dangereux", selon les mots de Donna Zuckerberg ? Elle ne viendra pas des géants de la Toile, alertés depuis des années par les organisations féministes mais qui ne mettent rien ou presque en place, que ça soit en termes de modération des contenus problématiques, de suspension des comptes ou de collaboration avec la justice. Au point qu’en France, l’Etat a décidé d’agir, en faisant voter la loi du 3 août 2018 réprimant, entre autre, les violences sexistes et sexuelles sur le web. Une nécessité : selon un rapport du Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes publié début 2018, 92% de contenus sexistes signalés sur les réseaux sociaux en 2017 n’ont pas été supprimés par les plateformes... L'effort de l'Etat est donc louable, mais insuffisant selon les associations. Elles exigent aujourd’hui que les hébergeurs de contenus machistes et masculinistes banissent ces contenus, au nom de la sécurité des femmes.

Sarah Ben Ali avec Coline Clavaud-Megevand

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