Tribune libre à l'humoriste Christine Berrou : "Cessez de haïr le vegan qui n'existe pas" Tribune libre à l'humoriste Christine Berrou : "Cessez de haïr le vegan qui n'existe pas"

Décryptage

Tribune libre à l'humoriste Christine Berrou : "Cessez de haïr le végane qui n'existe pas"

Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de visiteur Icône utilisée pour page visite

PLUS LUS

Icône de montre Icône utilisée pour voir le temps de lecture de ce contenu

Temps de lecture

7 minutes

Publié le Vendredi 17 Août 2018

Christine Berrou est humoriste, chroniqueuse pour la télévision (La case en plus sur Canal +) et la radio (RTL, Europe 1...) et auteure : en novembre, elle sortira son roman, "À la recherche du temps perdu sur Internet ". Mais elle est aussi vegan ! Elle nous livre avec humour son vécu sur son choix de vie et son quotidien jalonné de préjugés qu'elle doit briser.

Je vais casser l'ambiance mais tant pis : il y a quelques semaines je vois passer sur Twitter un bien triste fait divers : il est question d'un enfant de seize mois décédé de malnutrition après que ses parents lui aient donné toute sa vie à ne "manger" que du lait de châtaigne. Et la personne qui relaie l'article, appelons le Roger, commente "Ce qui est étonnant dans ce dossier c'est qu'il ne soit pas mentionné le mot végane". Je lève les yeux au ciel, je hurle, je casse tout chez moi, encore un p***** d'amalgame ! Ma fille a alors deux mois, son père et moi avons justement décidé de l'élever selon nos valeurs véganes. Je pense l'allaiter pendant un an et demi parce que ça me semble être le plus sain et aussi parce que quand je donne le sein j'ai l'impression d'être un de ces magnifiques tableaux de la renaissance italienne et très modestement j'aime me voir en madone, c'est bon pour mon ego.

Parallèlement je donnerai à ma fille dès ses quatre mois des légumes, puis des céréales, des laits végétaux en plus du lait maternel. Je cuisine assez bien, c'est mon côté marxiste. Non pas que j'aime Karl Max, en fait j'aime Thierry Marx. Alors dès que possible ma fille goûtera mes quiches, mes pâtés, mes soupes, mes gâteaux, mon cake à la banane. Tout sera bio et fait maison, elle mangera mieux que la plupart des enfants de ce pays, je le jure sur la tête de Killian Mbappé (Oui je choisi exprès quelqu'un que tout le monde aime pour vous assurer de ma sincérité). Et si l'envie lui prend, à ma fille pas à Killian Mbappé, bien sur, je ne lui refuserai rien qui ne soit pas végane si elle le demande, c'est juste que cela s'accompagnera d'un discours : "J'ai choisi cela pour toi parce que ce que sont mes valeurs. Mais si un autre mode de vie te semble plus cohérent avec ceux en quoi tu crois, alors libre à toi". Je serai un mélange entre Aymeric Caron et Françoise Dolto. C'est cela être un parent végane.

"Donner uniquement du lait de châtaigne à un bébé, ça, c'est être un parent irresponsable."

Le tweet de Roger me titille et, j'ai beau connaître Twitter et ses travers, je tente quand même un débat, Roger ne me répond pas. Et pourtant Roger, je le connais bien, nous avons travaillé ensemble pendant un an. Il sait que je suis végane et que j'ai un bébé alors je prends ça pour moi. Pense-t-il vraiment que je vais tuer ma fille ? Va-t-il appeler les services sociaux ? Plus tard Roger like le tweet d'une autre personne qui écrit "Le problème avec les véganes, c'est qu'ils veulent imposer leur loi".
Pendant toute l'année où je l'ai côtoyé, Roger a beaucoup parlé de viande parce qu'il adore ça. Au pot de Noël de l'entreprise, il a même amené une choucroute de 30 kilos qui tranchait considérablement dans l'open space au milieu des clémentines et des fondants au chocolat. Souvent il m'a parlé de ses voyages gastronomiques, de son amour pour les abats et les barbecues, voir même des abats en barbecues, sans que jamais je ne laisse échapper le moindre jugement de valeur. Je suis végane, je ne lui donne aucune leçon et pourtant, ce jour là, il aime laisser dire que "Le problème avec les véganes, c'est qu'ils veulent imposer leur loi".

Plus tard j'en parle avec Maxime Gasteuil, un humoriste fort sympathique qui a réfléchi à la question et me développe ce soir là une théorie selon laquelle il existerait "un végane qui n'existe pas", un végane plein de contradictions et donneur de leçon, un végane dictatorial et tueur d'enfant créé de toutes pièces pour servir les argumentations de ceux qui ne nous aiment pas trop. Et c'est à ce végane là que Roger faisait allusion. Parce que Roger connaissait mieux le végane qui n'existe pas que la végane qui existe et qu'il a connue. C'est à dire moi. Et c'est marrant de voir comme beaucoup de gens connaissent ce végane qui n'existe pas. C'est comme "L'écolo qui roule en 4X4" ou "Le mec qui vote à gauche et qui donne rien au SDF", autant de gens inventés de toutes pièces au hasard des débats pour se déculpabiliser d'avoir ses propres vices.

Icône de Quote Icône utilisée pour indiquer que ce texte est un rendez-vous

Je suis végane, je ne lui donne aucune leçon et pourtant, ce jour là, il aime laisser dire que "Le problème avec les véganes, c'est qu'ils veulent imposer leur loi".

Icône de Quote Icône utilisée pour indiquer que ce texte est un rendez-vous
Je ne peux pas parler au nom des véganes mais je peux vous parler de cette communauté que je connais bien pour en faire partie depuis quatre ans. Oui, certains d'entre eux sont révoltés, parce qu'ils aiment beaucoup les animaux et ne se remettent pas de ce qu'ils savent des élevages intensif, des abattoirs, des laboratoires. Parce qu'ils n'arrivent pas à canaliser leur profonde tristesse, leur désarrois face à cette souffrance. Et si ce végane là parle parfois un peu trop fort, ne peut-on pas essayer de le comprendre ? Etre en colère est une des rares choses qu'il peut faire. J'ai été cette végane là mais j'ai vu que ma colère, tout le monde s'en foutait. Alors je suis passée à un discours plus posé même si parfois ma colère me manque, elle me donnait l'impression d'être une sorte d'Angela Davis du droit des animaux. C'est juste que, sur le long terme, je me rendais trop triste, je n'avais plus la force.
Alors je suis devenue la végane sympa. Celle qui ne dit plus rien quand on la traite pour énième fois de "bouffeuse de graines". Celle qui subit une multitude de Roger.

Au début du mois de juillet, j'ai vécu un horrible fait divers moi aussi, mon chat s'est fait tuer par un Rottweiler qui était tout sauf végane. Et lorsque je suis allée à la police porter plainte le visage détruit par plusieurs heures de sanglots car ce chat était un membre de ma famille, voici ce que le policier m'a dit, je cite : "Calmez vous madame, il n'y a pas mort d'homme". Voilà. On vit dans un monde où, pour beaucoup, si il n'y a pas mort d'homme, il n'y a pas lieu de pleurer. On vit dans un monde où la vie d'un animal ne vaut rien. Et quand on a décidé qu'on aimait tellement les animaux qu'on ne souhaitais plus les consommer, imaginez comme il est dur de vivre dans ce monde là. Imaginez comme il est dur d'être végane. A-t-on vraiment besoin qu'en plus on nous accuse de tuer nos enfants ? D'être une secte d'extrémistes ? D'être déviants ? Autant de choses que j'entends trop, mention spéciale pour les repas de famille, bonjour tonton Francis si tu lis ce texte.

Le végane ne vous veut pas de mal, il veut juste qu'aucun être vivant ne souffre. Cela n'est pas censé faire de lui une mauvaise personne, en fait il me semble que ça fait plutôt de lui une personne chouette. Tout à fait, je suis en train d'écrire que je suis une personne chouette. C'est l'été, j'ai le droit. Inutile de créer un végane diabolique qui n'existe pas pour argumenter que nous sommes dans le faux. Si vous voulez contre-dire les véganes, dites juste votre vérité. Expliquez pourquoi cela ne vous paraît pas être un mode de vie viable, réaliste ou même compréhensible.

"Argumentez ! Débattez !"

Prouvez le bien fondé de vos propres raisonnements ! La seule chose que l'on vous demande c'est d'être, contrairement à Roger, honnête. La seule chose qu'on vous demande, c'est de vous informer, de ne pas inventer. La seule chose qu'on vous demande, c'est de prendre dans vos bras les véganes. Bon ok, peut-être pas. Mais vous venez de lire ma tribune en entier alors, que vous le vouliez où non c'est la végane que je suis qui vous prend dans les siens. Voilà. Au plaisir de vous faire découvrir mon cake à la banane.

Pour continuer de lire Christine Berrou, direction son blog : https://leblournaldechristineberrou.com. Retrouvez également son roman A la recherche du temps perdu sur Internet en novembre 2018. Vous pouvez également la suivre sur Twitter et vous abonner à sa page Facebook.



 

Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu

* champs obligatoires

En poursuivant votre navigation, vous acceptez l’utilisation de cookies pour disposer de services fonctionnels et d’offres adaptés à vos centres d’intérêts, dans le respect de notre politique de confidentialité. Cliquez ici pour en savoir plus