Tribune libre à la chanteuse et réalisatrice Aurélie Saada : "Les histoires, les aventures sont mes refuges merveilleux" Tribune libre à la chanteuse et réalisatrice Aurélie Saada : "Les histoires, les aventures sont mes refuges merveilleux"

Décryptage

Tribune libre à la chanteuse et réalisatrice Aurélie Saada : "Les histoires, les aventures sont mes refuges merveilleux"

Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de visiteur Icône utilisée pour page visite

PLUS LUS

Publié le Jeudi 23 Août 2018

Aurélie Saada est la moitié du duo Brigitte, et réalisatrice. Pour Glamour, elle revient sur son voyage marquant à la Nouvelle Orléans, au cœur du jazz et de la culture vaudou.

Le 18 avril 2017, je réalise un de mes rêves, visiter la Nouvelle Orléans. J’embarque avec moi celles qui comptent tant, mes filles Shalom, Scarlett et ma maman Betty. J’aime que nos yeux aient vus les mêmes choses et que nous ayons ensemble des souvenirs pour la vie. Le lendemain de notre arrivée, nous faisons une visite guidée du Quartier Français, ses maisons créoles, le jazz qui inonde ses rues, le parfum des beignets, les boutiques de magie, et le fameux cimetière Saint Louis qui se trouve à Storyville à l’entrée du Tremey.

Ce cimetière est chargé d’histoires, le vaudou caresse chaque pierre. Les tombes sont de petites maisonnettes, ici les sépultures sont érigées au niveau du sol et au-dessus à cause des nappes phréatiques et du niveau de la mer. On raconte qu’il y a bien longtemps quand les corps étaient mis en sépulture sous terre, lors des crues spectaculaires on pouvait croiser des cercueils dans les rues du Vieux Carré. Ceci a sans nul doute nourri les histoires de fantômes des légendes de la Nouvelle Orléans. Aujourd’hui on laisse les morts cramer au soleil dans leurs boites en pierre, ça se fait assez vite, nous dit le guide et ça évite de mauvaises surprises. C’est dans ce cimetière qu’a été tournée la fameuse scène au LSD d’Easy Rider, depuis il est formellement interdit de filmer dans ce lieu, le guide le répète plusieurs fois. Nous avons le droit de prendre des photos uniquement.

"Il plane une atmosphère étrange, mais pas désagréable."

Au détour d’une ruelle je croise la tombe de Nicolas Cage qui n’est pas encore mort mais qui tient à avoir sa dernière demeure ici tant il est amoureux de cette ville. Voir la tombe et le nom de quelqu’un de vivant est assez étrange... Je déambule, je suis le groupe sous ce soleil de plomb, j’arrive devant le tombeau de Marie Laveau grande prêtresse vaudou du XIXème siècle à la beauté hypnotique, femme noire et libre. On dit que c’est la troisième tombe la plus visitée des États Unis après Elvis et Marylin. Une amie que j’aime tant, une merveilleuse écrivaine, Georgina, m’avait parlé d’elle, il y a plusieurs mois. Elle connait mon amour pour les sorcières, les Liliths les anti-héroïnes les femmes aux destins forts et particuliers.

Je suis excitée de me retrouver face à face avec la tombe de ce personnage si inspirant. Je ne résiste pas je filme. Le groupe avance je suis seule devant cette petite maisonnette blanche avec mon iPhone entre les mains, pauvre victime d’Instagram, je voulais envoyer cette "story" comme on dit. D’un coup, mon téléphone se bloque, les touches ne répondent plus, je suis seule, le groupe a avancé, loin devant, mes filles m’appellent, je dois les retrouver, et puis je me dis que je dois bien avoir quelques photos du cimetière dans mon appareil… Je l’éteins le rallume encore une fois, il m’indique qu’aucune image n’a été prise ces 24 dernières heures… Me voilà bien surprise, j’en ai pris des dizaines le matin même. Je consulte sa bibliothèque et je découvre, que toutes les photos et les vidéos que contenait cet appareil à la mémoire colossale ont disparues, vide, plus rien, je pense à un virus informatique, une mauvaise manipulation... Je l’allume, je l’éteins, encore et encore, rien n’y fait, j’ai tout perdu. Je suis verte de rage. Quel dommage, je ne sauvegarde jamais rien… évidemment !

Nous déjeunons avec les filles je leur raconte …. Ma mère avec un sourire en coin, cligne de l’œil et me dit: "Aurélie, tu n’avais pas le droit de filmer…" Nous nous regardons complices, elle sait que j’y ai pensé aussi… "Excuse-toi, peut-être?" On rit, on est plutôt très cartésiennes toutes les deux et en même temps nous ne sommes pas totalement hermétiques à la magie, aux forces qui nous dépassent un peu… Peut-être des reliques de nos origines berbères, de nos grands-mères et de leurs croyances…
Bref je n’ai rien à perdre et puis ça me fait rire. Je m’exécute, et au milieu de ce Diner entre le poulet frit et les beignets je demande pardon à Marie Laveau, mes filles me regardent ahuries, elles le pensent si fort que je l’entend : "notre mère est totalement barjo". Et comme par enchantement, en un éclair, toutes les photos réapparaissent, toutes, sauf la vidéo du tombeau de la prêtresse que je ne récupérerai jamais.

Les gens diront que c’est un hasard, que c’est ridicule et ils auront surement raison, mais ce qui compte dans les récits ce n’est pas forcément l’explication logique mais ce qu’on se raconte à travers eux. La poésie des moments. J’aime les histoires, en faire des chansons ou des souvenirs pour la vie… Sur ma main droite je porte un tatouage où il est écrit "pour l’histoire" et c’est amusant parce que "l’histoire" sur ma peau s’efface de plus en plus. Ça ne me dérange pas, au contraire ça me plait bien, je me dis que c’est un signe, que l’histoire il faut la raconter pour la garder, ou la réécrire sans cesse.

Mon amie Georgina qui vit à Paris m’a surnommée Story, elle trouve que ce petit nom me va bien. Mon aventure du jour va sûrement l’amuser, je l’appelle je ne réalise pas qu‘ avec le décalage horaire pour elle il est tard dans la nuit, ce n’est pas mon genre pourtant... Je ne sais pas ce qui m’a pris. Elle décroche et je lui raconte Storyville, le cimetière, Marie Laveau, les photos... elle me dit: "Tu l’as croisée ? C’est formidable !" J’entends dans sa voix que quelque chose ne va pas. Elle me dit qu’une de nos amies qui vient d’accoucher a été gardée à l’hôpital pour être examinée. Georgina est inquiète elle est rentrée à la maison avec le bébé, elle lui donne le biberon il est 2h du matin c’est pour ça qu’elle est réveillée, elle trouve ça fou que je l’appelle maintenant. Elle me demande de prier pour notre amie, de concentrer nos forces de gentilles petites sorcières et puis de glisser un mot à Marie Laveau puisque elle n’est pas loin, et même si ce sont des foutaises, nous n’avons rien à perdre. Je pense fort à notre amie très fort, et je prie… Que voulez-vous? J’ai toujours eu au fond de moi une petite voix qui croit qu’on peut bien plus que ce qu’on imagine, que l’esprit est surprenant et qu’ un désir fort est puissant. Je veux qu’elle s’en sorte. Je finis par m’endormir.

Le lendemain matin mon téléphone sonne c’est Georgina, les résultats médicaux de notre amie sont bons, tout va bien, elle va pouvoir rentrer chez elle retrouver son petit. Je suis soulagée. Nous terminons de nous habiller quand dans la salle de bain ma fille Scarlett me dit: "Maman, il manque un diamant sur ton collier" Je lui réponds que non, je lui explique que c’est sa forme un peu particulière, que ma grand-mère me l’avait offert, en transformant une boucle d’oreille de sa mère en pendentif. Scarlett insiste : "Oui je sais, mais tu as perdu une pierre."Je me regarde dans le miroir, elle a raison, un diamant a disparu.

Icône de Quote Icône utilisée pour indiquer que ce texte est un rendez-vous

J’ai toujours eu au fond de moi une petite voix qui croit qu’on peut bien plus que ce qu’on imagine, que l’esprit est surprenant et qu’ un désir fort est puissant

Icône de Quote Icône utilisée pour indiquer que ce texte est un rendez-vous
Quand j’étais petite ma mamie me disait que lorsqu’on perdait quelque chose de précieux, c’était le bon dieu qui nous enlevait un objet pour ne pas nous enlever quelqu’un... J’ai toujours perdu mes affaires avec une grande détente... j’ai quitté la Nouvelle Orléans avec ce petit bout d’histoire. Ai-je croisé Marie Laveau ? Mamie Yvette ? Peut-être bien… Avant de partir, comme le veut la tradition vaudou, pour remercier l’esprit invoqué qui nous a aidées, j’ai laissé un verre de rhum, un cigare et un petit mot pour Marie L. sur un coin de trottoir du French Quarter. J’ai toujours préféré m’offrir des souvenirs plutôt que des mètres carrés, c’est sûrement mon côté cigale. Les histoires, les aventures sont mes refuges merveilleux, j’aime m’y perdre et m’y lover y inviter ceux que j’aime. Donner du sens à chaque chose. Peut-être que j’en vois plus qu’il n’y en a... Ça me va....

Epicer, sucrer chaque instant, les rendre magiques, plus forts, inoubliables, pour les garder un peu plus près de moi. Pour que la morosité et l’ennui ne nous effleurent pas, parce que la vie est courte je la veux riche de ça...

Vous pouvez suivre Aurélie Saada sur son compte Instagram, @aureliesaada, dans les bacs avec l'album Nues, et dans le nouveau clip du duo sur Youtube.

Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu

* champs obligatoires

En poursuivant votre navigation, vous acceptez l’utilisation de cookies pour disposer de services fonctionnels et d’offres adaptés à vos centres d’intérêts, dans le respect de notre politique de confidentialité. Cliquez ici pour en savoir plus