Pédophilie : 4 infos à retenir du documentaire "Surviving R. Kelly" Pédophilie : 4 infos à retenir du documentaire "Surviving R. Kelly"

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Pédophilie : 4 infos à retenir du documentaire "Surviving R. Kelly" par Coline Clavaud-Mégevand

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Publié le Mercredi 9 Janvier 2019

Du 3 au 5 janvier 2019, la chaîne étasunienne Lifetime diffusait "Surviving R. Kelly". Un docu dans lequel plusieurs de ses victimes témoignent, de son ancienne épouse, violentée et privée de liberté pendant des années, à des femmes mineures au moment où elles furent violées. Voici ce qu’il faut en retenir du film qui vient de déclencher l'ouverture d'une enquête contre la star.

#1 Un docu polémique

La semaine dernière, Lifetime diffusait le documentaire Surviving R. Kelly ("Survivre à R. Kelly"), de dream hampton, Nigel Bellis et Astral Finnie. Six volets à la réalisation relativement sobre, où se succèdent proches de la star, musiciens et experts, mais qui vaut surtout pour la place laissée aux survivantes. Leurs témoignages courageux et poignants n’ont pas empêché, sur les réseaux sociaux, une vague de soutien envers la star, devenue un modèle de réussite pour la communauté afro-descendante aux États-Unis. R. Kelly serait-il ici victime de racisme, quand tant d’artistes blancs soupçonnés de crimes similaires n’ont pas eu droit à un documentaire ? L’argument est irrecevable pour Tarana Burke, créatrice originelle du mouvement Me Too et intervenante dans le documentaire, qui a rappelé dans un tweet le caractère essentiel du projet.


D’autres se sont insurgés du fait que les victimes témoignent après des années de silence, ou encore que les parents, dont certains apparaissent dans le film, n’aient pas vu que leur enfant était aux mains d’un pédocriminel. Mais c’est justement l’une des forces de Surviving R. Kelly : montrer comment l’artiste a su construire un véritable système, lui garantissant d’agir en toute impunité pendant deux décennies.

#2 Des enfants noires et pauvres

Manipulation, privation de liberté, coups, sévices divers, viols… La liste des accusations contre R. Kelly est longue. Lui-même ayant été victime d’abus sexuels étant enfant, comme il l’avait expliqué en 2012 dans son livre Soulacoaster: The Diary of Me, et comme le confirme ici l’un de ses frères, également abusé par une femme de leur entourage. Sans dédouaner l’artiste, le documentaire tente de comprendre comment celui-ci est passé du statut de proie à celui de prédateur – un moyen, selon les psychologues interrogés, de ne plus jamais se retrouver dans la même posture que par le passé. Mais si ces faits dramatiques sont évoqués, c’est surtout la vie des victimes qui est au centre du documentaire : celle de femmes, mais aussi de petites filles noires et issues de milieux populaires, dont certaines ont été abordées par R. Kelly alors qu’elles n'avaient qu'une douzaine d’années. La survivante Mikki Kendall explique ainsi comment l’artiste de Chicago, dont la carrière était alors naissante, revenait dans son ancien lycée de Kenwood afin de "recruter" ses futures victimes, au vu et au su de tous... "Personne n’en avait rien à faire, car nous étions des filles noires et pauvres", analyse celle qui est aujourd’hui devenue auteure. Parents comme survivantes évoquent également leur rêve que la star puissent aider une carrière d’aspirante danseuse, rappeuse ou chanteuse, ainsi que leur fascination pour sa célébrité et sa richesse. L’homme était alors au-dessus de tout soupçon.



#3 Le système R. Kelly

Comment en effet ne pas avoir confiance en l’auteur et interprète d’I Believe I Can Fly, le tube du film pour enfant Space Jam ? C’est un des aspects les plus saisissants du film : la démonstration d’un "système" R. Kelly – un entourage protégeant la star et l’aidant à abuser de ses victimes, mais aussi, une carrière artistique construite pour dissimuler ses crimes. Pour cela, le chanteur a misé sur les paradoxes : des clips remplis de jeunes femmes hypersexualisées, une attitude ordurière sur scène, des paroles plus qu’explicites d’un côté. Et de l’autre, des instrus à base de gospel, doublés d’une image d’homme pieux et impliqué au sein de sa communauté. Le meilleur moyen, selon la journaliste Ann Powers, de "se cacher alors qu’on est en pleine lumière". Pire : certains titres de la star, où il évoque sa sexualité débridée, ne sont que des versions romantisées d’abus bien réels, selon plusieurs survivantes. Le titre You Are Not Alone, écrit par R. Kelly à Michael Jackson en 1995, ayant même été inspiré par la fausse-couche de son ex-compagne Lizzette Martinez, rencontrée quand elle avait 17 ans et victime de terribles violences.
 


#4 Des institutions qui protègent un monstre

Mais si R. Kelly apparaît dans le docu comme un mégalomane capable de duper son monde grâce à un storytelling bien huilé, pas de quoi exempter l’industrie musicale ni même la justice, qui savent depuis longtemps de quoi il est accusé. Pygmalion de la chanteuse Aaliyah, rencontrée en 1993 alors qu’elle avait 12 ans, R. Kelly l’a ainsi épousée deux ans plus tard, alors qu’il avait 27 ans. Un secret de polichinelle, des interviews du duo prouvant que les médias connaissaient à l’époque la nature plus qu’ambiguë de leur relation – en 1994, R. Kelly avait écrit à l’adolescente le tube Age Ain't Nothing but a Number ("L’âge n’est rien d’autre qu’un nombre"). En 2013 survenait un autre fait glaçant, que rappelle le documentaire : son procès pour des faits de pédophilie, après la divulgation d’une vidéo le montrant en train d’uriner dans la bouche d’une fille de 14 ans. Celle-ci n’ayant jamais voulu témoigner, il avait été innocenté, malgré le fait que quatorze témoins (dont sa tante) avaient identifié l'adolescente.

L’une des séquences les plus pénibles du documentaire reste d’ailleurs le témoignage de Jerhonda Pace, qui explique avoir rencontré son idole alors qu’elle avait 14 ans et assistait à ce procès pour le soutenir… avant de devenir, deux ans plus tard, sa victime. Victimes aussi, les femmes enrôlées dans une "secte sexuelle" dont il est le gourou, et dont l’existence avait été révélée en 2017 par le site Buzzfeed. Sans que cela ne conduise à une arrestation ou, a minima, à un arrêt de sa carrière. Après le visionnage du documentaire, ce sont d’ailleurs les deux questions qui restent en suspens : quand R. Kelly sera-t-il enfin lâché par l’industrie, son label RCA Records et les plateformes de streaming en tête ? Mais surtout, que deviennent les femmes qui sont, aujourd’hui encore, sous son emprise ? Elles pourraient bientôt s'en défaire : Kim Foxx, procureure de l'Illinois dont dépend Chicago, a tenu mardi 8 janvier une conférence de presse pour lancer un appel à témoin.

 


 

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