Festival de Cannes, le théâtre des petites humiliations Festival de Cannes, le théâtre des petites humiliations

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Festival de Cannes, le théâtre des petites humiliations par Erick Grisel

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Publié le Lundi 14 Mai 2018

A Cannes, si l’on est star, on trouve toujours plus star que soi. D’où de petits désagréments qui peuvent faire d’une prestigieuse montée des marches un calamiteux chemin de croix

Le trait était outré mais il n’avait pas tort. Lors de la cérémonie d’ouverture du festival de Cannes 2018, le 9 mai dernier, Edouard Baer se moquait du public endimanché qu’il avait devant lui : "Qu’est-ce qui s’est passé ? A quel moment ça a merdé dans votre carrière ? Vous êtes là au festival de Cannes, mais clairement vous n’êtes pas du bon côté."  Celui des membres du jury, confortablement installés sous la lumière des projecteurs, voulait-il dire. Eh oui, à Cannes, même si l’on croit être dans "The place to be", on finit toujours par réaliser qu’il y a une situation plus enviable que la sienne. Cela vaut pour les journalistes qui n’ont pas décroché le bon badge (le bleu et pas le rose) pour voir les films en sélection officielle ou la bonne invitation pour la bonne soirée ("Et merde, Kristen Stewart est à la plage Magnum, et pas chez Albane. T’as pas une place ?"). Cela vaut aussi pour les présentateurs valets de Canal Plus (Didier Allouch and co) qui tentent désespérément d’harponner les stars à leur sortie de limo et n’ont parfois même pas droit à un regard. Mais cela vaut surtout pour les actrices qui voient des mannequins (Chantel Jeffries, Kendall Jenner…) leur voler la vedette lors de l’exercice dit de la "toupie", qui consiste à tourner sur soi-même en robe de bal devant les photographes, juste avant la montée des marches. Tournicoti, tournicoton ! A ce moment précis, tous les autres invités doivent s’arrêter pour laisser les derviches tourneuses s’exprimer, et parmi ces invités, d’autres actrices moins connues qui n’ont pas le droit de tournicoter seule sur le red carpet et qui rongent leur frein en souriant.

Pourtant elles devraient se réjouir d’échapper à cette épreuve qui n’est pas sans danger. Lors de la montée des marches précédant la projection du film d’Asghar Farhadi, Julianne Moore et Isabelle Adjani ont bien failli se rentrer dedans tant elles tournicotaient, chacune se demandant si les applaudissements étaient pour l’une ou pour l’autre. A un moment, Isabelle a fait à Julianne la grâce de l’attendre pour une pose en duo (est-ce que Julianne savait qui était Isabelle ? Pas sûr…). Et puis en haut des marches, patatras ! Le maître d’hôtel Thierry Frémaux s’est attardé davantage avec Julianne qu’avec Isabelle qui, après une bise furtive à Pierre Lescure, avait l’air de se demander à quel saint se vouer et par quelle porte entrer. Bien sûr tous ces petits moments de solitude captés ça et là par la caméra n’échappent pas aux mauvais esprits qui voient surtout, au-delà de ce défilé de célébrités plus ou moins bien habillées, une écœurante foire aux vanités. Car nous savons très bien, au fond, que le seul endroit enviable à Cannes, c’est la salle de cinéma, quand les lumières s’éteignent et que retentissent les premières notes du Carnaval des animaux de Saint-Saëns.

Erick Grisel

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