Environnement : la mode se rachète-t-elle une conscience ? Environnement : la mode se rachète-t-elle une conscience ?

Les gens de la mode

Environnement : la mode se rachète-t-elle une conscience ? par Anthony De Pasquale

Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de visiteur Icône utilisée pour page visite

PLUS LUS

Icône de montre Icône utilisée pour voir le temps de lecture de ce contenu

Temps de lecture

2 minutes

Publié le Jeudi 15 Août 2019

Dior, Burberry, Ralph Lauren, Prada,... en matière d'environnement, le "fashion faux pas" n’est plus envisageable. Remise en question de la fast-fashion, proscription de la fourrure et des peaux exotiques, recyclage, le luxe passe en mode détox. Alors, opération de communication ou réel engagement environnemental ?

Début août, la maison Dior présentait un coffret de six pailles en verre soufflé et peintes à la main réutilisables au prix de 130 euros (22 euros l'unité). Une initiative qui rejoint la nouvelle politique du groupe LVMH qui, ces dernières années, a adopté de nouvelles mesures éthiques comme l'installation de lampes LED dans ses magasins et le sponsoring de programmes de l'UNESCO en faveur de la biodiversité. Le 15 juillet 2019, le groupe LVMH annonçait avoir conclu un accord avec Stella McCartney - considérée comme l'une des pionnières en matière de mode éco-responsable - afin d'accélérer le développement du groupe. Hélène Sarfati-Leduc, consultante indépendante en développement durable auprès d'entreprises de la mode, de l'habillement et du luxe et fondatrice de French Bureau explique : "pour être pertinent, les actions doivent être concentrées sur le corps de métier qui est la mode. Le luxe ne peut pas passer à côté de la question de la biodiversité et de la préservation des matières premières, à défaut de ne plus pouvoir produire".


Dans le même temps, la griffe britannique Burberry a lancé une collection réalisée en nylon régénéré Econyl, fabriqué à partir de filets de pêche, de chutes de tissus et de nylon industriel recyclé. Pam Batty, vice-présidente responsabilité sociétale des entreprises (RSE) chez Burberry, expliquait que cette démarche s'inscrivait dans la volonté du groupe d'atteindre un bilan carbone neutre d'ici 2022. Burberry, qui a été épinglée pour avoir brûlé ses invendus l'an dernier, avait déjà soutenu qu'à l'avenir elle ne détruirait plus ses stocks restants, au profit du recyclage. Pour Hélène Sarfati-Leduc, tout ça s'explique par le rythme effréné imposé par la fast-fashion : "en réalité, le luxe, qui n'est pas censé être à la mode, multiplie ses collections et se retrouve avec des quantités d'invendus qui finiront par être détruits. Le modèle économique de la fast-fashion est à remettre en question : les enseignes continuent d'inonder la planète avec des milliers de commandes pour réduire les coûts, et au final ce sont des quantités considérables de vêtements qui finissent par être brulées". En juin dernier, c'est Prada qui présentait une ligne durable de sacs emblématiques fabriqués là-aussi avec du fil régénéré Econyl, tandis que Ralph Lauren commercialisait pour la première fois le Earth Polo, un polo conçu exclusivement à partir de bouteilles en plastique recyclées. 

Les enseignes de la fast-fashion, qui entraînent une production intensive et massive de vêtements, ne peuvent plus passer à côté du phénomène. En début d'année, dans un rapport publié par le journal Environmental Health, Christine Ekenga, professeure assistante de l’Université de Washington aux États-Unis, explique que la production massive de fast-fashion est à l’origine d’une crise environnementale et sociale dans les pays qui produisent des vêtements à bas coût. "Certes, la fast fashion offre aux clients la possibilité d’acheter plus de vêtements pour moins cher, mais ceux qui travaillent et vivent dans, ou à proximité des installations de production portent un fardeau bien trop lourd en termes de risques environnementaux et sanitaires », précise-t-elle. Le numéro deux mondial du prêt-à-porter, H&M, a été accusé de greenwashing ce 2 août 2019 par l'Autorité norvégienne de la consommation, lui reprochant de ne pas donner assez d'informations sur le caractère "durable" de ses vêtements. Selon Hélène Sarfati-Leduc, "les consommateurs attendent aujourd'hui plus d'honnêteté de la part des marques. Ce qu'on préconise, c'est l'upcycling, réutiliser les vêtements qu'on possède déjà pour réduire l'impact sur la planète". En juillet 2019, Zara a annoncé que d'ici 2025 ses collections seraient fabriquées avec du tissus 100% durable. Alors coup marketing ou véritable engagement environnemental ? L'avenir nous le dira.

Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu

* champs obligatoires