Barres, nourriture en poudre... Comment allons-nous manger demain ? Barres, nourriture en poudre... Comment allons-nous manger demain ?

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Barres, nourriture en poudre... Comment allons-nous manger demain ?

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Publié le Lundi 30 Septembre 2019

Alors que la food tech cartonne dans le monde entier, la france n’est pas en reste. Parmi les 500 start-up locales qui planchent sur la bouffe de demain, feed caracole en tête. Ses barres et ses repas en poudre visionnaires lui ont permis de lever des millions. Un pari osé au pays de la haute gastronomie.

Il n’est pas loin de midi derrière les fenêtres des bureaux de Feed. Pause déjeuner oblige, sur les trottoirs, les Parisiens s’agitent et les queues se forment aux caisses des boulangeries. "À moins de vivre dans le Luberon, d’avoir un potager et d’être retraité, tu n’as généralement pas le temps de cuisiner trois repas sains et équilibrés par jour. Ce serait super si c’était le cas, mais la vraie vie, c’est plutôt ça", soupire Anthony Bourbon, 30 ans, avec un geste flou vers la fenêtre.

En janvier 2017, pour aider ces jeunes actifs qui courent, Bourbon a lancé Feed. Une start-up – une des dernières-nées de la "food tech" française – qui a connu un succès immédiat et dont les produits sont aujourd’hui distribués dans de nombreux supermarchés, à Paris, en province, et dans une trentaine de pays étrangers. Feed est un meal replacement sous forme de poudre ou de barres – et non un "substitut de repas", qui est le terme homologué pour les produits de régime -, qui, comme nous en informe son site web, vise à "apporter 100% des valeurs nutritionnelles dont nous avons besoin en un repas dans un nouveau format plus pratique". Une idée venue de l’ancienne vie de cet avocat qui n’a jamais exercé parce que "ça l’ennuyait".

À l’époque, jonglant avec plusieurs business en même temps, il en venait à ne plus trouver le temps de se nourrir. Lors d’un voyage aux States, il découvre les repas en poudre : "le concept était pratique, mais le goût vraiment immonde. Ce sont des produits fabriqués en labo, remplis d’OGM." En rentrant, équipé d’un fichier Excel recensant les apports nutritionnels que doit couvrir un repas, Anthony teste ses propres recettes dans sa cuisine : des vitamines achetées à la pharmacie, des amandes, des flocons d’avoine, de l’huile de colza... Et si le goût n’est pas tout de suite au rendez-vous, l’entrepreneur se lance quand même, entouré de médecins et de spécialistes de l’agroalimentaire. Son produit final sera végan, sans gluten, sans lactose et surtout, accessible. "Il fallait être le plus inclusif possible, le plus responsable, et que le prix soit raisonnable. Issu d’une famille pauvre, je ne voulais pas faire un produit pour bobos parisiens, mais pour le peuple."

POUDRE MIRACLE
Après un rapide test, voici notre verdict : Les barres – banane chocolat, citron, pomme – sont bien pratiques lorsqu’il faut déjeuner rapidement. Elles calent réellement jusqu’au soir et sont plutôt bonnes même si certains regretteront les parfums exclusivement sucrés. Si les bouteilles de poudre (qu’on mélange à de l’eau) ne font pas franchement envie, le concept fait économiser les précieuses minutes qu’on perd d’ordinaire dans la queue de la boulangerie ou à trouver une table en terrasse. Et puis, c’est plus équilibré que des frites. Si le goût peut diviser, une chose est sûre, Feed est "bon" pour la santé. Caroline Rio, diététicienne au Centre de recherche et d’information nutritionnelles, le confirme : "Cela permet de manger vite et nutritif. La présence de protéines explique la satiété et les micronutriments sont intéressants." Pour ceux qui seraient rebutés par l’option poudre et qui ont besoin de mâcher, elle recommande de compléter son repas avec un fruit et déconseille tout de même d’en avaler tous les jours. Anthony Bourbon est habitué au scepticisme : "Au début, tout le monde se moquait. Mais si ça fonctionne, c’est qu’on répond à un besoin." Car c’est aux chiffres que Feed a choisi de faire confiance : un quart des Français n’a pas assez d’argent pour s’acheter des fruits et légumes, 50 % des adultes sont en surpoids et un tiers d’entre eux souffrent de carences. Pour l’aider à faire passer ce message, Feed s’est trouvé un allié de poids : le chef star Thierry Marx, avec qui la marque a lancé une collaboration, garantie 100 % bio. "Nos détracteurs ont changé de discours quand il a eu le courage d’associer son nom au nôtre. Car comment remettre en cause un visionnaire comme lui ?"

LE TURFU, C’EST MAINTENANT
Si la food tech se développe vitesse grand V ces dernières années en France, elle reste très en retard par rapport à d’autres pays comme les États-Unis. Outre-Atlantique, la start-up Motif Ingredients s’appuie sur l’intelligence artificielle pour trouver des alternatives aux protéines animales : elle vient d’ailleurs de lever 90 millions de dollars dont ceux de Jeff Bezos, Xavier Niel ou Bill Gates. De son côté, Impossible Foods affirme avoir créé en laboratoire un burger reproduisant exactement le goût de la viande. Perfect Day, une autre start-up américaine, utilise quant à elle un procédé scientifique pour fabriquer du lait et des produits laitiers sans l’aide d’aucune vache. L’entreprise Nima commercialise un détecteur portable de gluten ou d’arachides pour venir en aide aux allergiques, alors que les Anglais de Skipping Rocks Lab promettent carrément d’éliminer les bouteilles en plastique avec leur "bulle d’eau" qui s’avale. "La food tech est primordiale car elle touche à la santé, à la planète et à la vie animale", résume Anthony Bourbon. L’homme d’affaires n’est pas le seul à avoir flairé le filon : en France, les investissements dans la food tech sont passés de 22 millions d’euros en 2013 à 150 millions en 2017. "Le potentiel pour les entrepreneurs est énorme, confirme Agathe Esposito, cheffe de projet au sein de l’écosystème La Food Tech. Certains modèles d’agriculture, de production et de distribution s’essoufflent et ont vraiment besoin de renouveau. Les attentes des consommateurs sont très fortes." La traçabilité, l’antigaspillage, les protéines alternatives et la nutrition personnalisée sont désormais les quatre grandes tendances qui définissent le futur. "Même sur les innovations qui permettent de faire simple et rapide, la tendance healthy demeure", précise-t-elle encore. Dans quelques années, on ne devrait plus, non plus, tous manger la même chose. "La personnalisation, c’est une vraie clé pour le futur », insiste Anthony Bourbon. Les repas quotidiens seront adaptés à la morphologie, aux habitudes sportives et aux besoins de chacun. C’est logique, on a tous des besoins différents !"

Si Feed a contribué à placer la France sur la carte de la food tech mondiale en levant, l’été dernier, pas moins de 15 millions d’euros pour booster son développement à l’étranger, se distinguent également deux start-up : Algama qui confectionne des produits à base d’algue, et Jimini’s, expert dans l’élaboration de snacks à base d’insectes. Et de nouvelles entreprises ne cessent de voir le jour. Est-ce que les estomacs des Français sont prêts à avaler tout ça ? Ça, c’est une autre histoire.

Article paru dans le numéro 9 de GLAMOUR

Hélène Coutard

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