Cannes 2015 : "La Loi du marché", un film brutalement contemporain avec Vincent Lindon Cannes 2015 : "La Loi du marché", un film brutalement contemporain avec Vincent Lindon

"La Loi du marché", un film brutalement contemporain

Cannes 2015 : "La Loi du marché", un film brutalement contemporain avec Vincent Lindon

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Publié le Mardi 26 Mai 2015

Dans son film, présenté au Festival de Cannes, Stéphane Brizé met en scène un homme "ordinaire" confronté au chômage et à la dégringolade sociale. Bilan : un film admirable, incarné par le tout aussi admirable Vincent Lindon. Autopsie d’un choc.

Il affiche une petite cinquantaine et peine à garder son calme, face à l’employé de Pôle Emploi qui se perd dans des explications tordues concernant un énième stage qui, de toute évidence, ne servira à rien… Ce bureau, Thierry le fréquente depuis 18 mois. 18 mois de chômage à traquer les petites annonces et à peaufiner son CV de senior condamné au hors jeu. 18 mois à espérer, à déchanter, à combattre, à s’angoisser, à redouter la chute, à recommencer. 18 mois à conjurer l’ennui autant que faire se peut et à tenter de rester digne aux yeux de ses proches et à ses propres yeux. 18 mois à dealer avec son banquier qui s’inquiète de voir ses comptes plonger dans le rouge, à revendre ses maigres biens pour assurer les fins de mois, à regarder la vie avancer et à se sentir exclu. Quand Thierry, enfin, retrouve un boulot pour quelques centaines d’euros mensuels (vigile dans un supermarché), d’autres problèmes surviennent. Chargé de surveiller et de punir les clients qui piquent dans les rayons et les caissières qui, parfois, conservent des bons de réduction pour des produits alimentaires, ce héros de notre temps (de notre triste temps) se retrouve confronté à de sévères conflits moraux. Peut-on tout accepter pour garder son job ? Faut-il bousiller les plus faibles que soi pour espérer conserver la tête hors de l’eau et ne pas échouer de nouveau dans la case chômage ?

Attention : film brutalement contemporain… Dans le bien nommé La Loi du marché, Stéphane Brizé (Mademoiselle Chambon, Quelques heures de printemps) met en scène au plus près un homme d’aujourd’hui, ballotté par une logique sociale, qui ne fait aucun cadeau à celles et à ceux qui se retrouvent au bord de la route, sacrifiés sur l’autel des restructurations économiques et de la rentabilité maximale. Pour mettre en scène cette histoire simple et glaçante, le cinéaste refuse le misérabilisme, les surenchères et se concentre sur quelques moments (moments banals seulement en apparence) où le héros se cogne contre la violence de son temps : au taf où il croise plus pauvre que lui, face à ses banquiers qui l’étranglent, dans un deal avec un type qui souhaite acheter son mobil home et discute le prix à n’en plus finir…  Pour mener à bien l’aventure de ce film à nul autre semblable, le cinéaste a opté pour des choix radicaux. En premier lieu celui d’engager autour de son acteur principal (Vincent Lindon, juste bouleversant en mec taiseux qui tente de rester fidèle à ses valeurs) des comédiens non professionnels, tous sidérants d’authenticité et d’émotions à vif. La Loi du marché, film brûlant et capital, est présenté cette semaine en compétition au Festival de Cannes, parallèlement à sa sortie en salles. Le retrouver dimanche prochain très haut au palmarès ne serait que justice.

"La Loi du marché" de Stéphane Brizé, avec Vincent Lindon. Sorti le 19 mai.

Olivier De Bruyn

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