Cannes 2015 : Gaspar Noé déçoit Cannes 2015 : Gaspar Noé déçoit avec "Love"

"Love" : Gaspar Noé déçoit

Cannes 2015 : Gaspar Noé déçoit

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Publié le Jeudi 21 Mai 2015

Censé être le clou scandaleux du Festival, le porno sentimental concocté par le réalisateur d’Irréversible gâche ses beautés visuelles en dévidant une vision de l’amour digne d’Hélène et les garçons sous opium. Pas d’orgasme à l’horizon.

Il était plutôt réjouissant mercredi soir, à minuit tapante, de voir les festivaliers en smoking et robe du soir se bousculer pour aller voir un film de cul en 3D sur l’un des plus beaux écrans du monde. Même Benicio del Toro avait fait le déplacement. Que la perspective du sexe non simulé dans un film traditionnel – la proposition que fait Gaspar Noé avec Love – fasse se pointer les foules cinéphiles n’est pas étonnant, tant cette quête est celle d’une partie du cinéma d’auteur actuel, de Lars Von Trier à Vincent Gallo pour ne citer qu’eux. Que cet intérêt intellectuel se double visiblement chez les noctambules cannois d’une envie plus primaire de mater des acteurs à poil et des sexes en érection rend la chose encore plus sympathique dans un Palais des festivals où, le reste du temps, on se prend plus la tête qu’autre chose. Si tout se passait bien, ce plan à 2281 (la capacité d’un Grand Théâtre Lumière où il ne restait pas une place) allait être super-chaud. 2h20 plus tard, pourtant, l’orgasme collectif n’était pas advenu.

Pourquoi une telle débandade ? Parce que la beauté visuelle de Love n’a d’égal que sa pauvreté scénaristique. Murphy (Karl Glusman), coincé avec sa femme et leur bébé, ne se remet pas de la passion amoureuse qu’il a vécue deux ans plus tôt avec Electra (la sublime Aomi Muyock), dont il se repasse les images en boucle. Comme Gaspar Noé sait mieux que personne créer les conditions sensorielles d’une bascule dans l’état second, les voir faire l’amour est parfois superbe à regarder, d’un plan à trois d’une tendresse bouleversante à cette étreinte ultra-sensuelle dans un couloir éclairé au néon. Dans ces moments-là, le film, d’un érotisme à la fois doux et brûlant, tient son pari de "faire bander les garçons et mouiller les filles". Mais entre deux flambées d’excitation planante et parfois même éclaboussante, il faut se coltiner en voix off les réflexions franchement pas fufutes de Murphy sur l’amour et les conversations poussives entre les deux amants, dont l’histoire vire peu à peu à l’aigre. Pas très Love.

"Love", de Gaspar Noé, avec Karl Glusman, Aomi Muyock, Klara Kristin... Sortie le 15 juillet.

Caroline Veunac

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