Cannes 2015 : "Carol" et "Mon roi", la sélection souffle le chaud et le froid Cannes 2015 : "Carol" et "Mon roi", la sélection souffle le chaud et le froid

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Cannes 2015 : "Carol" et "Mon roi", la sélection souffle le chaud et le froid

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Publié le Lundi 18 Mai 2015

Cate Blanchett glacée chez Todd Haynes, Vincent Cassel chaud bouillant chez Maïwenn… Aujourd’hui, le Festival de Cannes a du mal à trouver la bonne température.

Trop froid : "Carol" de Tood Haynes

En 2002, Todd Haynes réalisait Loin du Paradis, superbe pastiche des mélos Fifties à la Douglas Sirk. En housewife vibrante de désir pour son jardinier noir, Julianne Moore y brûlait sous la glace des conventions de l’Amérique WASP. Et le film, reproduisant minutieusement des codes et une esthétique datés tout en grattant la surface de la norme sociale, livrait un commentaire postmoderne sur le verrouillage de la société d’hier, et d’aujourd’hui encore, à la manière de la plasticienne Cindy Sherman dans ses séries de photos. On avait en quelque sorte le beurre, l’argent du beurre et les larmes de la crémière : beauté formelle, matière à réfléchir et l’émotion en prime. Si Carol est le jumeau en projet de Loin du Paradis, il ne porte de la réussite de son prédécesseur que des traces fugitives.

Dans le New York beatnik des années 50, on y assiste à la rencontre amoureuse entre Therese, une jeune aspirante photographe, et Carol, une bourgeoise mariée pour la forme, mais qui préfère les femmes. Il y avait là de quoi tirer un nouveau mélo flamboyant, mais cette histoire d’initiation saphique, adaptée d’un roman de Patricia Highsmith, reste inerte dans son corset trop serré. La faute à la mise en scène : tout est irréprochable mais scolaire, sans la pointe d’ironie, l’excès d’intensité qui fait basculer le joli dans le beau. La faute aussi à Cate Blanchett, qui tient, face à la convaincante Rooney Mara, le rôle de Carol : toute engoncée dans son statut de diva, l’actrice ne tombe jamais le masque pour se montrer peau nue. Pas même dans LA scène de sexe, empotée au possible, où elle semble plus occupée à tourner à la caméra certaines parties de son corps qu’à découvrir celui de sa partenaire. On sera bien plus émoustillé trois-quarts heure plus tard, dans une scène de bureau où, revendiquant ses préférences au risque de perdre la garde de son enfant, elle se révélera enfin sensuelle et bouleversante. Mais trop tard.

"Carol" de Todd Haynes, avec Cate Blanchett, Rooney Mara, Sarah Paulson... Sortie prochainement.

Trop chaud : "Mon roi" de Maïwenn

Maïwenn ne fait pas toujours le même film, mais ses films, étrangement, suscitent souvent les mêmes émotions contradictoires : agacement et respect, c’est une équation qui fonctionne. Car autant le dire tout de suite : si Mon Roi, son dernier film, présenté à Cannes en compétition officielle, n’est pas un chef d’œuvre de finesse, il demeure un film recommandable. Tout commence en fait pour le mieux : une scène de discothèque magistrale, des dialogues au cordeau, terriblement justes, tranchants et drôles. Emmanuelle Bercot et Vincent Cassel tombent amoureux, c’est la passion. Mais la passion brûle, mord, fait mal et surtout, tout le monde le sait, n’est pas pérenne. Une passion qui dure détruit tout sur son passage, et c’est cela que Maïwenn filme : l’échec d’un amour à faire couple. Cassel campe un amoureux pervers et destructeur, Bercot une trentenaire hystérisée par son amant cyclothymique (rien à dire sur son jeu, mais difficile de croire au personnage de jeune fêtarde, quand ses traits trahissent une quarantaine bien sonnée). Quand l’enfant vient, le couple devrait échouer à faire la transition vers la vie de famille.

Le film est souvent drôle, souvent aussi très juste, et exprime la violence du désir avec une admirable acuité. Le problème est cependant toujours le même avec Maïwenn : plus passionné que passionnant, perpétuellement hystérique, le tout s’essouffle au bout d’une heure et passe pour une parodie de film français comme le caricaturent les Américains. Ça pleure, ça hurle, ça fait claquer les portes, et tout ça au nom de l’Amour. Dans la salle, le spectateur se lasse de cette histoire de couple, alors que les deux protagonistes semblent, eux, n’en avoir jamais assez. Heureusement, Louis Garrel, pour une fois exploité dans son versant drôle et cocasse, apporte une dose de légèreté à un film qui pèse quand même des tonnes.

"Mon roi" de Maïwenn, avec Vincent Cassel, Emmanuelle Bercot, Louis Garrel... Sortie le 21 octobre 2015.

Clémentine Goldszal et Caroline Veunac

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