Amy Winehouse documentaire Amy Winehouse documentaire

"AMY", un documentaire intense et dérageant

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Publié le Mardi 7 Juillet 2015

C’est un documentaire étrange, intense et dérangeant. "Amy" d’ Asif Kapadia remet la musique au coeur du débat.

Amy est un documentaire qui fait corps avec son sujet, à tous points de vue : sublime quand l’incroyable voix d’Amy Winehouse remet la musique au cœur du débat, triste à pleurer quand le cirque de la folie médiatique crucifie son idole, émouvant quand il revient sur l’histoire d’amour déchirante de la chanteuse avec Blake, son infernal mari, discutable quand il abuse d’images et de vidéos volées pour illustrer la "descente aux enfers" de la jeune fille célèbre trop tôt, trop vite.

Pour raconter son histoire, Asif Kapadia a rencontré les amies d’enfance d’Amy Winehouse, sa famille, mais aussi le fameux Blake, et mis la main sur des vidéos d’archive inédites. On y découvre une adolescente rondelette, pleine de bagout et d’ambition, remplie à ras bord de son amour pour le jazz, potentiellement bad girl mais au final plutôt équilibrée. À la sortie de son premier album, Frank, tout est sous contrôle –le sujet du film comme sa manière : Winehouse fait la musique qu’elle aime, le succès est raisonnable. En 2005, elle déménage dans le quartier de Camden et sa vie bascule : au Trash, le club cool où les Libertines croisent Razorlight et The Kills, elle rencontre Blake. L’amour fou, le chagrin d’amour fou ; le cœur brisé, elle enregistre Back to Black. Fragilisée, elle est propulsée dans la stratosphère par un succès qui la dépasse.
 

D’impudique à inquisiteur, le documentaire bascule dès lors et flirte avec le caniveau : Amy retrouve Blake et l’épouse. Ensemble, ils se droguent, boivent trop, entrent et sortent de désintox, sa choucroute gonfle à mesure que le trait d’eye liner s’allonge jusqu’à la démesure… Dans les coulisses, un manager également tourneur fait tourner à fond la machine à billets ; son père ramasse la monnaie. Tous deux ont participé au documentaire et racontent leur version des faits. Difficile, dès lors, de croire à la sincérité des cris d’orfraie du bon papa effarouché ces dernières semaines : comme s’il ne savait pas de quoi il s’agissait, Mitch a annoncé vouloir porter plainte pour diffamation. Et la réalité rejoint la fiction, le passé n’est donc jamais passé.
Mais au final, que regarde-t-on ? Quelle est la complicité du spectateur, mis face à la mise en scène d’une dégringolade fabriquée à partir d’images volées par des paparazzi avides ? Sans remords apparent, Amy joue de cette mise en abîme sordide, mise une dernière fois sur notre voyeurisme honteux, sans réelle tentative de sublimation ou sans ambition de s’élever au-dessus du récit tabloïd de la vie ruinée d’une jeune fille trop fragile. Malaise.
Après l’ultime rupture avec Blake, Amy Winehouse semble reprendre du poil de la bête et renoue même avec ses proches largués au fil des ans dans les remous de la gloire. Las, une cuite de trop et c’est la fin. Ne nous épargnant rien, Asif Kapadia reprend les images du sac mortuaire porté sur un brancard hors de la maison Winehouse, le 23 juillet 2011 et va jusqu’à intégrer à son film des images volées de l’enterrement de la pop star. Fascination, nausée, tristesse… Ce film n’est pas anodin et réaffirme avec un cynisme certain que les vies des gens connus appartiennent à tout le monde. Bienvenue dans l’ultra moderne solitude.



Amy, de Asif Kapadia. Sortie le 8 juillet.

Clementine Goldszal

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