Valeria Bruni-Tedeschi et Fillipo Timi : frère et sœur dans Un Château en Italie

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Valeria Bruni-Tedeschi et Fillipo Timi : frère et sœur dans "Un Château en Italie"

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Publié le Mercredi 22 Mai 2013

Pour son troisième film en tant que réalisatrice, Valeria Bruni Tedeschi réunit Louis Garrel, sa mère, Marisa Borini et l'acteur italien Filippo Timi, dans son "Château en Italie". Rencontre à Cannes avec Valeria et Filippo pour parler du film.

Règle n°1 pour survivre dans la jungle cannoise : savoir s’adapter. On pensait rencontrer Valeria Bruni-Tedeschi et son acteur Louis Garrel pour leur film Un Château en Italie, présenté lundi en compétition officielle. Mais l’apollon germanopratin, attendu sur un tournage, avait quitté la Croisette avant l’heure. Dépit… Jusqu’à ce que l’autre beau gosse du casting, le Transalpin Filippo Timi (déjà vu et apprécié à Cannes en 2009 dans le Vincere de Marco Bellochio), prenne place aux côtés de la réalisatrice et nous décoche un sourire à regonfler notre sens du devoir professionnel. Ensemble, ils nous ont parlé de ce Château en ItalieValeria joue la fille d’une grande famille bourgeoise taraudée par la maternité, et Filippo son frère, malade du Sida.

Valeria, on parle beaucoup d’autofiction à propos d’un Château en Italie, où vous livrez une part de votre histoire et faites jouer votre famille et vos proches. Ce terme vous convient-il ?
Pas du tout. Parler d’autofiction ou d’autobiographie, c’est comme annuler tout le travail d’imaginaire qu’on a fait depuis le début de l’écriture il y a cinq ans. A partir d’un matériel de départ, qui est ma vie, mon envie de parler de ce château, de cette famille, on s’est amusés, on a élaboré. Je ne me suis pas assise à mon bureau pour raconter ma vie. Et puis l’autofiction, ça fait référence à quelque chose de voyeuriste qui ne me plaît pas.

Fillipo, vous êtes un des rares acteurs du film qui ne font pas partie de la vie réelle de Valeria. Comment vous êtes-vous intégré ?
Valeria trouvait que je ne ressemblais pas du tout au rôle – elle voulait un acteur blond, plus aristocratique –, mais elle m’a quand même fait répéter, comme un jeu. Et là, on s’est trouvé une familiarité artistique. Petit, je bégayais beaucoup. Quand Valeria m’a fait faire des essais avec sa maman (Marisa Borini, également mère de Valeria dans le film), je me suis remis à bégayer en italien. Sa mère s’est écriée : "Ce n’est pas un acteur, lui !". J’étais adopté. Valeria et moi, on a une même manière de penser le jeu d’acteurs. Elle cherche l’accident, la chose qui n’était pas prévue, et en même temps elle sait exactement où elle veut que vous alliez. Je la situe quelque part entre Bellochio et Chéreau.

Votre personnage oscille entre l’arrogance d’un enfant bien né et la vulnérabilité d’un homme guetté par la mort. Comment avez-vous trouvé sa justesse ?
En perdant 18 kilos ! Et je peux vous dire que j’ai détesté ça. J’étais à Paris, dans des conditions agréables, mais je ne pouvais ni boire, ni manger, ni faire l’amour parce que j’avais trop peu d’énergie ! Quand on ne pense qu’à manger toute la journée, ça change votre caractère. Un nerf s’est mis à battre dans ma jambe, j’ai eu le pied paralysé… Cette expérience physique et les réflexions sur la mort que j’ai pu mener ont donné de l’épaisseur à mon approche du personnage.

C’est digne de l’Actors Studio !
Oui et non. Je peux être intéressé par ce genre de démarche, qui consiste à descendre très profond pour préparer un rôle. Mais je déteste quand la performance prend le pas sur l’émotion. Je ne veux pas être un de ces acteurs qui fonctionnent à l’épate.

A ce propos Valeria, vous faites dire au personnage de Louis Garrel que son métier d’acteur le dégoûte. C’est un sentiment que vous avez pu éprouver ?
Oui, ça a pu m’arriver de me sentir comme une marionnette, de ne pas savoir pourquoi je faisais ça. J’adore jouer, mais régulièrement je perds le désir. Et je trouve cette perte intéressante, passionnante même. Je ne sais pas pourquoi… Peut-être parce que je suis actrice ?

Actrice, et maintenant réalisatrice, la seule en compétition officielle cette année. Pensez-vous qu’au-delà des résistances de la société, les femmes elles-mêmes aient plus de mal à se considérer comme sujet filmant ?
Oui, il y a peut-être encore un peu de ça, les femmes ont plus l’habitude de se laisser regarder que de regarder elle-même… Mais les choses ont déjà bien changé quand même ! Il y a beaucoup de grandes réalisatrices cette année à Cannes, comme Claire Denis dont j’admire le travail, et leurs films ne sont pas moins bons parce qu’ils ne sont pas en compétition officielle. En tant que femme, je n’ai pas l’impression que ce soit plus difficile de faire un film pour nous que pour les hommes. Et puis je trouve le travail de réalisatrice très féminin. En le faisant, je me sens comme une mère avec les acteurs et l’équipe, maternante mais sévère. En tant qu’actrice, je me sens plus comme un petit bébé.

Un Château en Italie de Valeria Bruni Tedeschi, prochainement.

Caroline Veunac

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