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"The Immigrant" : elle est comment Marion Cotillard ?

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Publié le Samedi 25 Mai 2013

Le film de James Gray a déçu une partie des festivaliers. Le réalisateur signe pourtant un beau mélo clair-obscur qui offre à Marion Cotillard le premier rôle. Et l’occasion de nous rappeler l’étendue de son talent.

Enfin au premier plan
Fiancée du gangster chez Michael Mann (Public Enemies), fantasme évanescent chez Woody Allen (Midnight in Paris) ou Christopher Nolan (Inception)… Même si la môme a depuis longtemps la classe américaine, ses rôles aux Etats-Unis l’ont souvent laissée dans le fond du décor. Avec Ewa, l’héroïne de The Immigrant, une immigrée polonaise débarquant à New York dans les années 20, James Gray lui offre non seulement sa première tête d’affiche outre-Atlantique, mais aussi une partition plus complexe. Tiraillé entre sa foi catholique et la nécessité de survivre, qui la contraint à se prostituer, Ewa permet à l’actrice d’explorer une large gamme de sentiments contraires. Le réalisateur, qui avait déjà sublimé Eva Mendes dans La Nuit Nous Appartient et Gwyneth Paltrow dans Two Lovers, la filme comme une actrice du muet. "Elle a un visage extraordinaire, s’extasie-t-il. Elle me fait penser à Lillian Gish ou Louise Brooks." Portée par la beauté du regard qu’il pose sur elle et la finesse du personnage qu’il lui réserve, Marion atteint une subtilité qui lui fait parfois défaut dans des rôles moins bien écrits (voir sa prestation chargée dans Blood Ties).

Ultra-professionnelle
Fidèle à sa réputation de bonne élève, Marion Cotillard n’a pas fait les choses à moitié : pour rendre crédible son interprétation d’Ewa, elle a dévalisé la librairie polonaise de Paris et appris la langue dans ses moindres subtilités, jusqu’à conserver une pointe d’accent allemand typique de la Silésie, d’où le personnage est originaire : "Je n’avais pas le choix : je devais faire tout ce qui était en mon pouvoir pour que ce soit parfait." Un jusqu’auboutisme qui confine à l’immersion totale, et la rapproche de son partenaire Joaquin Phoenix (qui incarne Bruno, le mac amoureux d’elle), également connu pour se donner corps et âme à ses rôles. "Il m’a beaucoup impressionnée, confie Cotillard. Ce personnage était difficile pour lui, il luttait énormément. A la fin de certaines scènes, il venait s’excuser de ce que son personnage infligeait au mien." A l’écran, le face à face de ces deux bêtes de jeu est impressionnant.

Vraiment émouvante
Excellente technicienne, Marion Cotillard n’est heureusement pas que ça. Comme habitée par la bonté de son personnage, elle illumine la noirceur du film de James Gray, qui dresse un portrait particulièrement cruel du rêve américain. Des couloirs d’Ellis Island, où Ewa débarque sans rien que l’espoir d’une nouvelle vie, au lit de sa première passe où elle abandonne déjà ses maigres illusions, l’actrice donne au personnage une dignité bouleversante, un refus obstiné de se laisser avilir. L’émotion vient surtout de sa relation avec Bruno, qui glisse peu à peu de la haine au pardon. Si l’arrivée d’un magicien bienveillant (Jeremy Renner, également très bon) transforme un instant le duo en triangle, leur relation tortueuse est au final la grande histoire d’amour du film. Un amour empoisonné, impossible, qui ne se révèle complètement que dans la dernière scène, où Ewa offre à celui qui l’a exploitée un regard de compassion. Sublime.

Caroline Veunac

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