Interview Coppola

Sofia Coppola : filme bien et tais-toi...

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Publié le Samedi 18 Mai 2013

On adore son cinquième film, The Bling Ring, virée flippante et grisante dans le L.A. de la fausse célébrité et du vide intersidéral. En interview, la talentueuse réalisatrice s’avère bien moins éloquente. Ou comment on a galéré.

Virgin Suicides (1999), Lost in Translation (2003), Marie-Antoinette (2006), Somewhere (2010), et aujourd’hui The Bling Ring : en cinq longs-métrages, Sofia Coppola a amorcé ce qu’on appelle une œuvre, traversée de thèmes et de motifs récurrents. Variations sur la figure de la jeune fille et le spectre de l’ennui bourgeois, ses films ont tenu tête à ceux qui la traitaient de pistonnée, en assumant le regard autobiographique et spleenesque d’une fille à papa socialement privilégiée, dans un style langoureux qui n’appartient qu’à elle. Fans de la première heure, on est impatiente de la rencontrer sur une terrasse cannoise pour parler de The Bling Ring, présenté à Un Certain regard. Inspiré de l’histoire vraie d’un gang d’ados de Los Angeles dévalisant les dressings des stars pour le fun, le film marque un virage plus électrique dans son cinéma. Aussi sobre que The Bling Ring est brillant, impassible au milieu de l’effervescence alentour, la réalisatrice écoute poliment nos questions. Mais il faut tendre l’oreille pour entendre ses (courtes) réponses.

La célébrité est-elle une religion pour les ados du film, qui idolâtrent Paris Hilton et Lindsay Lohan comme des saintes ?
Je n'avais pas vu ça sous cet angle... (ça commence mal).

Peut-on voir Paris Hilton comme la nouvelle Marie-Antoinette ?
Je ne l’ai pas vu comme ça… Il y a sans doute un excès qui est de même nature.

Après Spring Breakers, on peut dire que les gang de filles sont à la mode…
Il y a sûrement quelque chose dans l’air, oui...

En même temps, la jeune fille, ça a toujours été votre thème de prédilection, non ?
J’ai un point de vue féminin, ce qui est relativement rare au cinéma. Mais j’aime aussi les personnages masculins. Par exemple, dans The Bling Ring, Marc est celui auquel je m’identifie le plus. J’ai vraiment essayé de réfléchir à la manière dont il s’était retrouvé embarqué dans cette histoire.

Cette histoire justement, que dit-elle sur la société dans laquelle on vit ?
Quand j’ai lu l’article de Vanity Fair racontant ce fait divers, je me suis dit que c’était le conte parfait de notre temps. Je voulais parler de la manière dont ces jeunes sont affectés par la culture ambiante de la célébrité, la téléréalité, le partage permanent des informations sur Facebook… Tout ça a pris tellement de place.

Vous avez tourné dans le vrai dressing de Paris Hilton : une manière de nous mettre face à notre propre avidité pour la vie privée des people ?
Elle a été adorable, beaucoup plus réelle que ce qu’on peut croire. C’était très étrange de se retrouver là…On a tous en nous une petit part de curiosité vis-à-vis des célébrités, l’envie de jeter un œil de temps en temps. Mais chez les jeunes du film, c’est vraiment excessif.

Dangereux même ?
Je ne peux pas l’affirmer. Je préfère laisser les gens se faire leur propre opinion. 

C’est ironique : tous les magazines féminins vont parler de votre film alors qu’il sont les premiers à participer à la culture de la célébrité…
C’est intéressant. Mais je ne peux pas parler à leur place.

The Bling Ring est plus rapide, plus découpé que vos films précédents. Pourquoi ce changement de style ?
C’est venu de la volonté d’être avec mes personnages, dans leur monde. L’histoire justifiait une énergie plus intense. Je l’ai trouvée grâce à la musique, en choisissant des morceaux plus rapides, puis en salle de montage pour trouver un rythme plus cut.

Comme vos film précédents, The Bling Ring parle de l’ennui et de ce qu’on tente de faire pour y échapper. Est-ce un sentiment que vous connaissez bien ?
L’ennui ? L’isolement peut-être… Mes personnages cherchent de l’excitation. Mais est-ce qu’ils s’ennuient ? Non, je ne crois pas.

The Bling Ring de Sofia Coppola, sortie le 12 juin.
 

Caroline Veunac

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