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Jeune & Jolie : Ozon en mode mineur

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Publié le Vendredi 17 Mai 2013

Le magnétisme de Marine Vacht n’a pas suffi : le quinzième film de François Ozon, présenté ce matin en compétition officielle, nous a laissé sur le carreau. On s’explique.

Une vision inexistante
L’initiation sexuelle d’une jeune fille, du dépucelage estival à la prostitution occasionnelle. Beau sujet, mais Ozon, à force de s’échiner à fuir la psychologie (on ne comprendra jamais vraiment ce qui pousse cette Isabelle des beaux quartiers à vendre son corps) et à contourner la sociologie ("je fais des passes pour payer mes études", très peu pour lui), finit par oublier d’avoir un point de vue. S’il adopte un instant celui du petit frère, fasciné par la féminité naissante de son aînée, c’est pour mieux le délaisser au premier virage. On reconnaît au réalisateur d’éviter l’écueil moralisateur. On lui en veut surtout de ne pas aller jusqu’au bout en épousant pleinement la subjectivité de son héroïne. Sur le papier, Jeune & Jolie veut revendiquer le droit des filles à faire leurs expériences sexuelles, et à disposer de leur corps, avant, peut-être, de tomber amoureuses. A l’image, ce beau projet disparaît au profit d’un regard fasciné par la plastique (certes fascinante) de Marine Vacth. De ce qu’elle voit du corps des hommes, de ce qui l’excite elle et lui procure sa jouissance, on ne saura jamais rien.

Un concept bidon
Après 5x2 (2004), où François Ozon remontait l’histoire d’un couple en cinq moments clés, Jeune & Jolie pourrait être sous-titré 4x1. Quatre saisons de la vie d’une fille de 17 ans, rythmées par quatre chansons de Françoise Hardy égrenant espoirs et bleus à l’âme. Le spleen intemporel de la jeunesse se double d’une vague ironie, dans le décalage entre la naïveté des ritournelles sixties et les rapports tarifés d’Isabelle. Mais encore ? Refusant obstinément d’explorer la singularité et la contemporanéité de son personnage, Ozon se réfugie derrière l’éternel adolescent. Sans craindre les poncifs, il convie même Rimbaud à la fête, dans une séquence où une galerie de lycéens nous récitent On n’est pas sérieux quand on a 17 ans. D’une paresse et d’une roublardise inouïes, ce dispositif ne parvient pas à masquer le manque de vraies idées de cinéma. Et la pauvreté d’une mise en scène aussi chic que creuse. ###twitter###
Une actrice seule à bord
Indéniable révélation de ce film raté, le mannequin Marine Vacth (égérie d'Yves Saint-Laurent et déjà aperçue chez Klapisch) perd sa virginité cinématographique devant nos yeux avec grâce et courage. De sa beauté stupéfiante, que son premier métier lui permet sans doute de connaître sous toutes les coutures, la jeune femme de 23 ans fait son arme d’actrice. Alternativement douce et métallique, petite fille et femme fatale, timide et sauvage, elle en décline les facettes avec un savoir-faire bluffant. "Moi, je garde un souvenir plutôt douloureux et difficile de mon adolescence", a-t-elle confié lors de la conférence de presse. Est-ce pour cela qu’elle nourrit son personnage d’une noirceur lumineuse, dont le film échoue malheureusement à saisir la profondeur ? Filmée avec adoration, à défaut d’être sujet du film à part entière, Marine Vacht parvient malgré tout à imposer, par-delà son physique, un impressionnant tempérament d’actrice.

Jeune & Jolie de François Ozon, sortie le 21 août.

Caroline Veunac

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