Yuka, Mapstr, Geev : comment ils ont réussi à créer des applications à succès ? Yuka, Mapstr, Geev : comment ils ont réussi à créer des applications à succès ?

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Yuka, Mapstr, Geev : comment ils ont réussi à créer des applications à succès ? par Sophie Bouchet

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Publié le Lundi 15 Juillet 2019

Mapstr, Yuka, Geev… Ces applications françaises font partie des meilleures du moment. Si bien qu’elles ont été sélectionnées dans le top 10 d’Apple, baptisé la crème de la crème. Mais comment fait-on pour créer une application qui rassemble des millions d’utilisateurs ? Voici les do’s and dont's des fondateurs célébrés par la marque à la pomme.

#Sébastien Caron de Mapstr
Mapstr permet de répertorier ses adresses sur une carte, de les classer par catégories personnalisées et de la partager avec ses amis.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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Comment est née l’appli ?
Je suis ingénieur de formation. Je suis diplômé de l’École Polytechnique et j’ai travaillé dans la finance pendant huit ans.
Dès le début, je ne voulais pas faire Mapstr parce que je croyais qu’une application comme ça existait déjà. Et je n’avais pas vraiment envie me lancer dans cette branche. J’ai demandé autour de moi et personne ne connaissait. Et surtout, tout le monde me disait que ça serait trop cool de créer cette application. Je me suis donc lancé. J’ai du tout apprendre pour ce projet. Par exemple, j’ai beaucoup lu la documentation Apple pour les développeurs et ça m’a beaucoup aidé. C’est parfait pour ceux qui n’y connaissent rien. Pendant la version bêta, quand j’étais encore seul à travailler dessus, l’app a atteint les 10 000 utilisateurs. Les retours étaient tous positifs donc je me suis dit qu’il fallait que j’y aille. Sans cette communauté, je n’aurais pas insisté. Et ça a fonctionné grâce au bouche à oreille.

Combien de temps pour lancer l’appli ?
Entre l’idée et le prototype, j’ai passé trois à quatre mois à faire du design. Je testais l’application auprès d’utilisateurs que je ne connaissais pas. J’allais même dans des bars pour avoir un feed-back. Pour faire la version beta, j’ai mis un peu moins de six mois, ce qui est rapide. Elle était lilliputienne et il n’y avait rien dedans. C’était juste une carte avec les favoris, et les tags. Ensuite, il a encore fallu huit mois pour transformer l’appli en première version avec un résultat léché, un bel écran de bienvenue, etc. C’est à ce moment-là que j’ai embauché. Donc entre l’idée et le produit fini, on a mis un an et demi pour avoir une vraie V1.

Le plus difficile depuis le début du projet ?
C’est de trouver le financement pour me lancer en 2015. En France, les projets sans revenu, c’est compliqué. J’ai eu de la chance, j’ai eu tout de suite des business angels pour me soutenir. Des individus qui étaient des utilisateurs de Mapstr et qui m’ont soutenu avec un petit chèque. Dans le domaine du mobile, c’est difficile de faire une levée de fond quand on n’est pas un e-commerce.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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Comment développer un tel business ?
Aujourd’hui, on est cinq dans l’équipe. Ce qui n’est pas beaucoup. Cela fait deux ans qu’on est à station F, on a fait le programme Facebook et le programme Havas. Cela nous aide à grandir. En ce moment, on fait le programme Apple. Ils nous aident pour la partie communication et cela nous permet de rencontrer des gens qui font du mobile et de partager sur nos problématiques.
Actuellement, on n’est pas du tout rentable. On gagne de l’argent en vendant certaines cartes. Et des marques viennent nous voir pour faire des opérations spéciales. Kiabi a fait une chasse au trésor à Naples avec nous, on est partenaire d’Evian pendant tout l’été… On va sortir une version premium, pour des utilisateurs expert avec la possibilité de superposer les cartes d’amis et voir tous les amis d’un coup, voir le top de mes amis. Il sera aussi possible d’ajouter des adresses par coordonnées, avoir des commentaires illimités. Et l’application sera personnalisable.
On a de la chance parce que le fonctionnement de l’application incite les utilisateurs à la conserver et à la faire vivre. Ce n’est pas difficile de recruter de nouveaux utilisateurs. Avant on faisait des mises à jour qui ne se voyaient pas. Mais depuis le début 2019, on fait des évolutions qui se voient. On a envoyé des emails les prévenir les utilisateurs. Et les retours sont positifs.

Et après ?
On a pour objectif d’être mondialement connu. L’idée est d’être l’application n°1 dans le monde. On veut être le premier réseau social à impact positif. Le premier réseau social qui te sort de ton téléphone et qui te pousse à explorer le monde. On voudrait être une plateforme mondiale pour relier les services. Ce serait génial si on pouvait directement commander dans un restaurant depuis Mapstr. En juin 2019, on a plus d’un million d’utilisateurs actifs. On va bientôt entamer une levée de fond parce qu’on va avoir besoin d’argent pour se lancer aux Etats-Unis.

-> Rendez-vous sur Mapstr

#Julia Chapon de Yuka
Yuka permet de scanner des produits pour comprendre sa composition afin de mieux consommer.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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Comment est née l’appli ?
Je suis associée à deux frères, François et Benoît. L’idée vient de Benoît qui a des enfants et cherchait à les nourrir avec de meilleurs produits. Il s’est retrouvé dans un supermarché à essayer de décrypter les étiquettes des produits et à comprendre la composition et il s’est dit que c’était trop compliqué. Il a parlé à son frère d’un objet qui pourrait expliquer l’impact des produits sur la santé. On s’est inscrit tous les trois à un concours qui s’appelait le Food Hackathon à la Gaité Lyrique. Et on a gagné avec cette idée de scanner.
A la base, ce n’était pas une application mobile mais un objet connecté, aimanté sur le frigo qui permettait de scanner ses produits quand on rentrait de course. Au bout de quelques mois, on a vite changé parce qu’on s’est rendu compte des limites de l’objet connecté : c’est trop tard de scanner à la maison, le temps et le coût de développement trop élevé (70 euros) ce qui ne le rend pas accessible au plus grand nombre, ça coûte 60 ou 70 euros. Du coup, on coupe une partie de la population qui voudrait accéder à l’information.

Combien de temps pour lancer l’appli ?
On a passé toute l’année 2016 à développer le projet, on avait tous les trois un travail, donc on se retrouvait le soir et le weekend. On a lancé en janvier 2017. L’un de mes associés était développeur. Le deuxième était dans les achats en banque et assurance et s’est formé avec l’aide de son frère. Il s’est reconverti à l’âge de 35 ans et il a appris à coder et est devenu développeur. Les deux ont fait l’application : l’un a fait IOS et l’autre Android. J’ai fait tout le reste, soit la communication, l’acquisition, la création de contenus, la gestion du service client. Je pilote tout ce qui n’est pas technique. On s’est rendu compte qu’on était complémentaire.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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Comment développer un tel business ?
Au début, c’était un hobby et ça a pris de l’ampleur rapidement. Grâce aux médias qui en ont parlé et aussi un énorme bouche-à-oreille. Encore maintenant, c’est ce qui nous permet d’attirer de nouveaux utilisateurs. C’est une application dont on parle facilement à un dîner ou un repas. On fait de gros pics le vendredi et le samedi soir. Et aussi le soir de Noël et le soir du 31 décembre. En janvier 2018, on a passé le cap du million d’utilisateurs alors qu’on s’était fixé un objectif de 20 000 personnes. En juin 2019, on est à onze millions. Ça a vraiment été exponentiel. On a fait une levée de fond en juin 2018, la première et normalement la dernière. Des particuliers sans pouvoir de décision nous ont aidé financièrement. Ce sont des business angels, comme Guillaume Gibault du Slip Français. Céline Lazorthes de Leetchi, qui ne nous demande pas de comptes.
En 2019, on a commencé le développement à l’international. On a commencé en février et mars par Belgique, la Suisse et le Luxembourg, soit des pays francophones plus faciles d’accès pour nous. En juin et juillet, on a lancé l’application en Espagne et aux Royaume-Uni. Notre objectif c’est de répliqué à une échelle plus grande ce qu’on a réussi à faire en France : l’impact que l’on a sur les industries de la cosmétique et de l’alimentaire. Ils changent la composition de leurs produits, ils essayent d’être clean, plus sains. 
Aujourd’hui, on est neuf CDI. Financièrement parlant, on est quasiment stable. C’est encore aléatoire parce que le business plan se développe encore. Notre source principale de revenue est la version premium. Sur l’app store, on la vend 14,99 euros par an. Elle permet d’accéder au scan sans réseau, à une barre de recherche pour trouver un produit sans avoir le code barre. On est en train d’ajouter tout une fonction personnalisée pour détecter des allergènes ou aliments indésirables, comme le gluten et l’huile de palme. Ça représente 75% de notre chiffre d’affaire. En dehors de l’application, on a un blog sur lequel on écrit à propos de la nutrition. On propose un programme pour développer des habitudes alimentaires plus saines en dix semaines, que l’on vend 59 euros.

Le plus difficile depuis le début du projet ?
C’est un problème sans vraiment l’être, mais on n’avait pas anticipé la croissance. Dès que l’on parlait de nous à la télévision, l’application plantait et n’était plus utilisable. Les gens nous écrivaient pour se plaindre et on se prenait de mauvaises notes sur l’app store. On ne savait pas comment gérer. On a du tout reconstruire de zéro. 
Il y a aussi le problème du service client. C’est bête mais quand on a un million d’utilisateurs, il y en a 5% qui nous contactent, ce qui est énorme. Pendant un an, je me suis retrouvée à répondre aux mails toute la journée. Aujourd’hui, on a deux personnes à temps plein qui sont en charge du service client.

Et après ?
On a le projet de lancement un calendrier physique de fruits et légumes de saison, à recevoir chez soi. On ne fait rien de spécial pour retenir les utilisateurs. On les a aussi sensibilisé à lire les étiquettes et ils savent décrypter les additifs qui sont controversé. Le vrai succès, ce sera le jour où on n’existera plus parce qu’il n’y aura plus besoin de décrypter les compositions, elles ne seront pas nocives.
On a la projet de continuer la monétisation de l’application pour avoir un être viable à long terme. Et d’ici la fin de l’année, on a pour ambition de se lancer au Canada et aux Etats-Unis. C’est l’année de l’international pour nous. 

-> Rendez-vous sur Yuka


#Hakim Baka de Geev
Geev permet de moins gaspiller en donnant ou en récupérant des objets ou de la nourriture.

Comment est née l’appli ?
Quand avec mon associé Hakim Baka, on a sauté le pas de démissionner et de se consacrer à plein temps, on avait déjà créé une petite communauté sur Facebook. Si on voulait passer à l’étape supérieure, on devait consacrer plus de temps et d’énergie à notre projet. On avait une idée et la preuve que ça allait marcher. Après sept ou huit idées qui n’ont pas été concluantes, j’ai enfin trouvé la bonne pour deux raisons essentielles. Parce qu’on a pensé aux utilisateurs et leurs usages avant de penser au produit en lui-même. Les utilisateurs nous ont donné des indices et ont construit le produit avec nous. Au final, l’application et son nom sont arrivés assez tard dans le processus. Et le deuxième élément est de se mettre à temps plein. On peut avoir la meilleure idée du monde, si on n’y consacre pas 400% de son temps, ça n’a aucune chance de fonctionner. Plus on travaille, plus on va vite. Et si on veut embarquer des gens (institutions, investisseurs, partenaires potentiels) avec nous, on doit être capable de tout risquer.

Combien de temps pour lancer l’appli ?
On a lancé l’application en avril 2017. On a migré notre communauté amateur de Facebook vers le produit. Ce qui a été très rapide parce qu’on apportait une solution concrète, construite sur les retours et les frustrations des membres. Surtout, on n’essayait pas de vendre quelque chose.

Le plus difficile depuis le début du projet ?
Aucun de nous deux n’était développeur. Rien que démêler ce qui sera une technologie intéressante a représenté un travail assez costaud. Et il y a une petite part de chance. On a eu de l’instinct et on est tombé sur les bonnes personnes pour développer l’application dès le début. Mais le plus dur, ce n’est pas de développer, mais de développer pour les bonnes raisons. Le projet de départ est toujours surdimensionné par rapport à ce qu’on va lancer en premier. Construire une application réaliste, fonctionnelle est vraiment le cœur du business. Le mieux est de lancer une application réduite mais de le faire bien. Après on a fait évoluer la partie technique pour que ça aille plus vite et que la navigation soit plus fluide. Même au niveau du design l’application a déjà bien changé depuis la première version. On se consacre à un sujet éco-responsable et engageant. Mais notre mot d’ordre est de déculpabiliser l’utilisateur : c’est simple, c’est pratique, et c’est tout. On ne veut pas insister sur le fait que le monde ne va pas bien. Tout le monde le sait très bien.

Comment développer un tel business ?
On a une version premium qui nous rapporte de l’argent mais on se finance surtout avec la publicité. Aujourd’hui, on est une quinzaine alors qu’on a commencé à deux associés. Pour le moment, on n’est pas du tout rentable mais ce n’est pas encore notre objectif. On a fait deux levées de fonds, de 3,5 millions d’euros. On voudrait créer un produit national, voire européen, ce qui demande des ressources. Si on réduisait nos investissements et notre développement, comme des postes, on pourrait être plus rentable. Mais on est sur une bonne lancée. Plus on se développe, en Europe par exemple, et plus on s’éloignera de la rentabilité.

Et après ?
On a pour objectif de créer notre propre business model, comme Spotify et Deezer l’ont fait avant nous. On voudrait être moins dépendant de la publicité et gagner de l’argent grâce à notre produit. On a déjà lancé au Canada pour tester le marché nord-américain. Mais on vise plus un développement européen. Et si on se projette plus loin, les Etats-Unis mais c’est un marché qu’il faut attaquer avec des gros fonds

-> rendez-vous sur Geev

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