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Qui est Laurent Sciamma, l'humoriste féministe ? par Solenn Cordroc'h

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Publié le Jeudi 26 Décembre 2019

Bouffée d'air frais dans le paysage du stand-up français, Laurent Sciamma, frère de la réalisatrice Céline Sciamma, officie chaque lundi soir au Café de la gare pour présenter, devant un large public d'hommes et de femmes, son spectacle Bonhomme... Sur le féminisme !

Laurent Sciamma questionne la masculinité toxique, dézingue le patriarcat et s'intéresse aux déterminismes de genre. Qui plus est, il utilise l'humour avec intelligence pour prôner l'égalité tout en n'offensant personne. Piqué par la curiosité, Glamour a souhaité s'entretenir avec Laurent Sciamma sur son engagement féministe dans la vie, comme sur scène.

Comment es-tu parvenu à l'idée de concilier féminisme et humour ?
J’ai toujours cherché à fabriquer de la comédie engagée, en dialogue direct avec l’époque. Quand #MeToo a eu lieu, j’ai ressenti qu’il fallait que je mette le féminisme au centre parce que, de fait, il faisait l’actualité, mais aussi parce que le combat pour l’égalité femme-homme m’avait toujours habité. Après, il a fallu beaucoup travailler pour trouver les bons angles, ne pas avoir l’air donneur de leçon ou moralisateur, sans pour autant être tiède… Ou pas drôle !

As-tu ressenti le syndrome de l'imposteur ou étais-tu plutôt sûr de ta légitimité à prendre place sur scène pour évoquer le féminisme?
Bien sûr que j'ai éprouvé ce syndrome, alors j'ai travaillé et retravaillé les textes jusqu'à ce qu'ils sonnent justes et que je sois suffisamment à l'aise à l'idée de les dire sur scène. J'ai bossé avec l’obsession de ne jamais essentialiser ou parler sur le mode du général. C’est ma sensibilité que je partage et c’est le système dans lequel elle existe que j’essaye de déconstruire.

Comment as-tu construit ton éducation au féminisme ? Grâce à tes soeurs Isabelle et Céline ?
Oui, en grande partie. Elles ne m'ont pas proprement formé au féminisme au départ… C’est surtout en ayant la chance de les côtoyer, non pas de simplement cohabiter avec elles, que le féminisme m’est apparu comme une évidence. Nous nous aimons très fort depuis tout petit, on adore être ensemble… Clairement, notre proximité et notre harmonie ont été déterminantes dans ma construction. Comme si ça incarnait un programme politique.

Les hommes qui mènent une réflexion sur la masculinité et qui évoquent le féminisme sont plutôt rares, pourquoi selon toi ?
J’imagine que quand on appartient au camp des oppresseurs, c'est toujours difficile de se regarder dans la glace. On préfère se voiler la face et feindre qu’on a atteint l’égalité. Pourtant, il y a des dominants et des dominés. Quand on parle de féminisme en France en 2019, on parle encore de sauver des vies. Cette vérité, ça demande un effort de l’observer, qui plus est dans une culture qui a toujours tout fait pour la minimiser.

Qu'est-ce qu'un homme pro-féministe ?
Pour moi c’est un homme solidaire, qui prend conscience de ses privilèges et qui se place en soutien actif de la lutte. C’est un allié acteur, pas juste un mec qui serait cool auprès de sa mère, sa soeur ou sa copine - ça ça voudrait juste dire gérer sa bonne conscience. Ce n'est pas parce que je n'opprime pas directement que le patriarcat n’existe plus. Depuis #MeToo, des hommes font plus attention à leur comportement, ce sont des petites victoires et avancées… Mais il faut politiser le sujet, sinon on n'aboutira à rien. Il faut penser notre responsabilité collective et non plus juste individuelle.

Qu'espère-tu déclencher avec ton spectacle Bonhomme ?
J'espère toucher les gens et leur faire du bien, que les spectateurs et spectatrices passent un beau moment de rire, d’émotion aussi… Et qu'une énergie politique circule dans la salle. L’humour en spectacle vivant, c’est un moment collectif fort. Rire ensemble, ça n’est pas rien !

Quelles sont les figures de femmes qui t'inspirent ?
Il y en a beaucoup… Je crois d’ailleurs que c’est décisif pour les hommes que d’admirer des femmes en dehors de leur simple entourage. Lire des livres écrits par des femmes, regarder des films réalisés par des femmes, écouter de la musique composée par des femmes… je trouve que ça nourrit énormément le désir d’égalité. Celle que je convoque souvent, c’est Sister Corita Kent. Elle était américaine, religieuse et graphiste. Je suis tombé en amour de son travail parce qu'il y a tout ce que j'aime dedans : la pop culture, la politique, l'engagement, l'amour, la beauté, les couleurs… Je pourrais habiter dans ses sérigraphies.

C'est l'heure du bilan de l'année 2019, quel a été ton meilleur souvenir ? Un film, une musique, un livre et un podcast préférés ?
Mon meilleur souvenir reste, sans aucun doute, la projection du long-métrage de ma soeur à Cannes, "Portrait de la jeune fille en feu". J'ai rarement été émue à ce point dans ma vie par une oeuvre d'art. Et je sais que ce n’est pas juste lié au contexte ou à notre relation. Pour la chanson, je dirais "Nothing breaks like a heart" de Miley Cyrus et Mark Ronson. Les paroles sont trop bien et le beat parfait pour danser ! Niveau podcast, je pense de suite aux quatre épisodes des "Couilles sur la table" avec comme invité Virginie Despentes, que je pourrais écouter parler pendant des heures. Enfin en livre, je pense à l'ouvrage de Paul B. Preciado "Un appartement sur Uranus". C'est un recueil de tous ses textes publiés dans le journal Libération. Il m'a marqué par la radicalité de sa politique autant que de sa poétique.

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