"Why Women Kill" : la nouvelle série de Marc Cherry n'est pas à la hauteur de "Desperate Housewives" "Why Women Kill" : la nouvelle série de Marc Cherry n'est pas à la hauteur de "Desperate Housewives"

Séries 

"Why Women Kill" : la nouvelle série de Marc Cherry n'est pas à la hauteur de "Desperate Housewives" par Emilie Semiramoth

Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de visiteur Icône utilisée pour page visite

PLUS LUS

Icône de montre Icône utilisée pour voir le temps de lecture de ce contenu

Temps de lecture

4 minutes

Publié le Mercredi 28 Août 2019

Créateur de "Desperate Housewives", l’une des séries phares des années 2000, et de "Devious Maids" (plus anecdotique), Marc Cherry revient avec un nouvel opus, "Why Women Kill", toujours consacré à son sujet préféré : les femmes. On vous dit ce qu’on en a pensé.

D’après le titre, Why Women Kill soit littéralement "Pourquoi les femmes tuent", on pourrait penser que la nouvelle série de Marc Cherry serait une sorte de Mindhunter au féminin… Ce ne serait pas passionnant de plonger dans la psyché de femmes tueuses ? Là, ce n’est pas vraiment le cas. On y suit certes des femmes, mariées et trompées, vivant toutes dans la même fantastique demeure de rêve à trois périodes différentes : les années 60, les années 80 et aujourd’hui. Ginnifer Goodwin interprète Beth Ann, une desperate housewife époque Mad Men. Tirée à quatre épingles et totalement dévouée à son mari Rob – qui tape du doigt sur sa tasse quand il veut plus de café – elle arbore un sourire figé qui masque une profonde détresse et la douleur d’avoir perdu un enfant. Rob, tel un Don Draper (en bien plus fade), s’encanaille auprès d’une jeune et jolie serveuse. Lucy Liu campe Simone, une galeriste d’art presque trop flashy et flamboyante pour les années 80... Elle ne vit que pour le paraître et lorsqu’elle apprend que son troisième mari Karl est en réalité gay, elle ne songe qu’à se préserver du qu’en dira-t-on. Enfin, Kirby Howell-Baptiste joue Taylor, une avocate accomplie. Dans son couple avec Eli, c’est elle qui tient les cordons de la bourse et a instauré une union libre qui lui permet d’avoir des amantes.

Drôle de féminisme
Si on en croit le postulat de départ, Marc Cherry voudrait nous faire croire que sa série a pour vocation de mettre les hommes au bûcher. Ces derniers ne sont épargnés en rien, ne faisant d’eux que des êtres simplets avec le cerveau au-dessous de la ceinture et le besoin compulsif d’aller butiner hors du foyer dès que l’occasion se présente. Une posture qu’on qualifierait volontiers de "post – #MeToo" tellement il semble évident que Why Women Kill a l’intention de capitaliser sur la colère des femmes. Sauf que cette colère – tout à fait saine et justifiée – est ridiculisée par des stéréotypes qui accablent les héroïnes. Beth Ann ne sait finalement pas « tenir » son mari parce que pas assez expérimentée voire intéressée par la chose. Simone est tellement égocentrique qu’elle ne se rend même pas compte des préférences sexuelles de Karl. Et Taylor est la caricature de la femme noire castratrice, qui plus est incapable de se satisfaire d’une relation monogame parce que bisexuelle… En résumé, elles sont toutes responsables d’une manière ou d’une autre de leurs propres malheurs ! Dans les deux premiers épisodes que nous avons vus, il est d’ailleurs assez étrange de constater que ceux-ci s’ouvrent avec des témoignages d’hommes. Quelle drôle d’idée pour une série censée être au service des femmes, en parlant de leurs expériences et de leurs émotions.

So Desperate…
Pourtant Why Women Kill ne manque pas d’attraits. La production, très camp (dans le sens gay flamboyant), est un véritable régal pour les yeux… sauf peut-être pour la partie 2019 qui manque de relief au point qu’on se demande s’il ne s’agit pas d’un colis délivré au mauvais destinataire. Derrière le rire sarcastique et l’humour vache, l’émotion n’est jamais bien loin, surtout pour les intrigues qui se déroulent dans le passé. Les performances de Ginnifer Goodwin et Lucy Liu sont en tous points irréprochables. Ginnifer Goodwin parvient, juste à la force de son jeu, a donné une nuance d’émotions indicibles. Quant à Lucy Liu, elle excelle dans les rôles de Queen B super bitchy. On regrette simplement que son personnage se console dans les bras du fils d’une de ses meilleures amies qui n’a pas encore soufflé ses 18 bougies. Très cliché et pas sans rappeler Gabrielle et le jardinier… Surtout, c’est présenté comme une façon pour elle de reprendre la main sur sa vie et sa sexualité alors qu’en réalité, cela ne fait d’elle rien d’autre qu’une prédatrice.

Mais voilà, on est en terrain familier. Le générique fait clairement écho à celui de Desperate Housewives en reprenant une iconographie à la Lichtenstein. La musique et les petites virgules guillerettes ponctuent juste comme il faut cette comédie noire. On se fait avoir – volontairement et en toute conscience – par l’humour, le ton, la drôlerie et tous les gimmicks qui rappellent les meilleurs moments de Desperate Housewives. Mais on se demande encore si Marc Cherry a vraiment quelque chose à dire. Si c’est le cas, il serait temps qu’il le manifeste dans les tous prochains épisodes.

"Why Women Kill", une série créée par Marc Cherry avec Ginnifer Goodwin, Lucy Liu, Kirby Howell-Baptiste… Depuis le 15 août sur CBS All Access, encore inédite en France.

 

Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu

* champs obligatoires