"Vernon Subutex" : mission réussie pour la série de Canal + "Vernon Subutex" : mission réussie pour la série de Canal +

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"Vernon Subutex" : mission réussie pour la série de Canal + par Emilie Semiramoth

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Publié le Mardi 9 Avril 2019

Canal+ lance ce pari fou : l'adaptation de la vertigineuse trilogie "Vernon Subutex", le best-seller de Virginie Despentes. Entre moments de grâce et inévitables trahisons.

Vernon Subutex. Il n'a pas 50 ans et pourtant c'est déjà un dinosaure. Dans une autre vie, il était disquaire. Toute la planète rock se retrouvait dans sa boutique. Il y a lié des amitiés pour la vie ou juste un bout, dont celle avec Alex Bleach star du rock vénérée. À l'heure du tout numérique, Vernon indolent face à la révolution technologique se laisse glisser. Jusqu'à tout perdre. D'abord sa boutique. Puis son appartement. C'est le glissement d'un homme vers la déchéance dont l'histoire nourrit l'angoisse et les nuits blanches d'un trop grand nombre. C'est la chute lente d'un garçon qui avait tout, puis plus rien et que son entourage regarde sombrer sans vraiment s'en rendre compte.

Adapter c'est trahir
Il est osé de s'attaquer à la comédie humaine contemporaine de Despentes. Sa verve sonne comme le seul écho dans la nuit littéraire qui donne de la voix aux déclassés. Ses personnages, multiples et hétéroclites, nous invitent dans un monologue intérieur à suffoquer au rythme de leurs angoisses, leurs petitesses ou leurs rêves aigris. Au fil des pages, une gigantesque fresque se dessine. Elle représente le nouveau monde, celui qui avance à l'aveugle, à toute vitesse et laisse ceux de l'ancien temps sur le bas-côté. Un manifeste anti-bourgeois. C'est donc Cathy Verney (Hard, Fais pas ci Fais pas ça) qui s'est attelée à la tâche. Quatre ans d'écriture à remastiquer l'œuvre de Despentes, accompagnée sur les deux dernières années par Benjamin Dupas (Dix pour cent).

Il en résulte neuf épisodes de 30 minutes chacun qui se concentrent sur le tome 1 et une partie du tome 2. La série chorale se resserre autour d'une enquête. Pour les besoins de l'intrigue, Vernon est présent lors de la mort d'Alex Bleach et la traque des cassettes - où le chanteur se livre une dernière fois - se met en branle dès le deuxième épisode. Deux arcs narratifs s'élaborent alors en parallèle. D'un côté, on assiste à la dérive de Vernon, de canapé en lit partagé à travers Paris, d'appartements bourgeois en piaules ou deux pièces proprets. De l'autre, on découvre La Hyène, un personnage fascinant – qui gagne en importance par rapport aux romans – mû par ses quêtes : la recherche des cassettes d'Alex Bleach et un jeu de poursuite amoureuse avec Anaïs, assistante productrice idéaliste.

De chair et d'os
Dans le rôle-titre, Romain Duris s'impose comme une évidence. Héros vieillissant du Péril jeune, aucun autre ne pouvait incarner ce zèbre d'un autre siècle. Amaigri, dans son jean skinny et son cuir étroit, il est ce rockeur décati à la Patrick Eudeline (qui fait d'ailleurs un cameo dans le premier épisode), mais on le devine composer cette silhouette toute faite. C'est en clodo ébouriffé à la barbe hirsute qu'il trouve l'essence de Vernon. En même temps qu'il plonge lentement mais sûrement dans un délire qui semble s'attraper au contact du bitume, il arbore une figure christique qui parvient à nous déboussoler. À chaque seconde, on reste suspendus au regard de Vernon, à la moindre petite ride qui plisse, au moindre nuage qui passe dans son regard. On rit avec lui. On pleure avec lui. On a mal pour lui.

Autour de lui, la distribution se montre plus inégale. On passera sur les personnages secondaires qui composent une galerie de bobos un peu niais un peu sympas ou carrément antipathiques, mais ce n'est pas grave du moment qu'ils font le show. C'est à cet endroit précisément que la série révèle sa plus grande faiblesse, le commentaire social acide de Despentes se transforme parfois en farce. Heureusement Céline Sallette incarne une Hyène d'une rare subtilité. Quand elle ne joue pas la fille revêche par goût du style, elle balance des punchlines avec un plaisir presque enfantin. Et c'est les fois où elle se surprend de son propre bouleversement au contact d'Anaïs – Flora Fischbach, une vraie révélation ! – qu'elle donne à voir toute la profondeur et la complexité de ce personnage qui aurait facilement pu sombrer dans la caricature. Le tout est arrosé d'une bande-son simplement magique. On vibre sur la B.O. de Subutex au même rythme que notre cœur bat pour Vernon, un garçon comme on n'en fait plus.

Une série créée par Cathy Verney avec Romain Duris, Céline Sallette, Flora Fischbach... Dès le 8 avril 2019 à 21h sur Canal+.

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