On est allé sur le tournage de la série "Scènes de Ménages" On est allé sur le tournage de la série "Scènes de Ménages"

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"Scènes de Ménages" : pour les 10 ans de la série, on est allé sur le tournage par Erick Grisel

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Publié le Jeudi 7 Novembre 2019

Dix ans d’existence et de succès, ça se fête ! On est allé dans les studios de la Plaine Saint Denis rencontrer les stars de la série phare de la chaîne M6. Et aussi ses deux producteurs, un binôme gagnant qui officie dans l’ombre… Sans scènes de ménage.

"Ah bon, tu vas faire un truc sur Scènes de ménages ?" m’a-t-on dit à la rédaction. Eh oui, on peut aimer Little Big Lies, Homeland ou The Politicians et apprécier aussi Scènes de ménages, série populaire où les disputes des cinq couples stars reposent, non pas sur du vent, mais sur de véritables faits de société : militantisme écologique, cohabitation de différentes classes sociales, dommages collatéraux liés au chômage, invisibilité des personnes âgées etc.

Emma, Raymond, José, Liliane, Philippe et les autres nous rappellent forcément quelqu’un de notre entourage. Et parfois nous-mêmes. À l’occasion des dix ans d’anniversaire de Scènes de ménages, dont l’acmé sera le prime du 7 novembre 2019, on est allé sur le tournage de la série en banlieue parisienne. Ce jour-là, dans un coin de campagne reconstitué entièrement en studio, avec murets de jardin et meubles sur roulettes, on a assisté aux échanges comico-caustiques entre Emma (Anne-Elisabeth Blateau) et Fabien (David Mora), notre couple préféré depuis le départ d’Audrey Lamy et de Loup-Denis Elion. Quand on est invité sur un tournage, on se sent généralement comme un chien dans un jeu de quille. Et sans doute que l’on dérangeait un peu, mais ni les acteurs ni les techniciens ni le réalisateur présents ce jour-là ne nous l’ont fait sentir. Et l’ambiance cordiale s’est carrément débridée quand Frédéric Bouraly (José dans la série) et Grégoire Bonnet (le pharmacien Philippe), copies conformes de leur personnage dans la vie, sont arrivés sur les lieux pour saluer leurs collègues. "Ah, c’est vous les journalistes ? s’est exclamé Grégoire avec la verve qu’on lui connaît à l’écran. Eh bien regardez, là, ce sont les toilettes où Luc Besson fait caca !"  (ndr : les studios de la plaine Saint-Denis, à la cité du cinéma, appartiennent à Luc Besson).

Ce n’est pas tous les jours que les cinq couples se rencontrent. Et à l’occasion des dix ans, ils semblaient plutôt contents de se voir. Cocktail et petits fours… Pendant que les acteurs répondaient aux questions des autres journalistes, nous nous sommes mis dans un coin avec un binôme moins connu mais essentiel à la bonne marche de la série, celui formé par la productrice artistique Aude Thévenin et le producteur exécutif Mathieu Laurentin. Deux quadras arrivés à peu près en même temps au moment de la création de la série dans des conditions plutôt modestes. Car au départ, il n’était pas question d’enchaîner les saisons ni de faire des "prime". Juste de traduire en français les sketchs initialement créés pour la télévision espagnole "On s’est vite rendu compte que l’adaptation littérale des sketchs espagnols n’était pas la bonne solution, nous a raconté Aude. L’humour, c’est très culturel. Celui des Espagnols sur ce projet était très appuyé. Et on n’a retenu du format initial que l’idée des trois couples de générations différentes. Pour le reste, il a fallu tout réinventer ". Avec l’aide d’une équipe de plus en plus fournie au fil des années. Aujourd’hui, comme au football, ce sont deux ligues – vingt personnes en tout - qui forment la team des auteurs : celle des "historiques" présente depuis le début du projet, et quasiment immuable. Et celle des "jeunes pousses" qui peuvent basculer en ligue 1 si elles réussissent à "vendre" leurs textes, lesquels sont "achetés" par un comité constitué des comédiens, des réalisateurs, des directeurs d’écriture et de la productrice artistique Aude Thévenin : "En ligue 2, si on sent que ça ne fonctionne pas, ça ne sert à rien que les gens s’épuisent, nous a précisé cette dernière. C’est très dur et très chronophage pour les auteurs d’écrire toutes les semaines. Comme il y a trois séances de lecture par semaine, il faut fournir beaucoup. Quand ça marche, c’est très gratifiant. Quand ça l’est moins, c’est très décourageant. Les auteurs eux-mêmes disent qu’ils ont l’impression de passer leur bac chaque semaine. Ils envoient leurs texte le matin et ils ont le résultat le soir. " Et si leurs textes ne sont pas retenus, ils ne sont pas payés. "C’est aussi formel et brutal que ça" nous a confirmé Mathieu, en charge de toute la logistique.

Réalisateur.trice.s de comédies françaises et comédien.es de stand-up le savent : depuis dix ans l’humour en France a évolué et il y a des thèmes qu’on ne peut aujourd’hui aborder qu’avec des pincettes. "Au fil des années, on a de moins en moins tendance à verser dans la caricature car les personnages existent davantage, nous a expliqué Mathieu. On affine le trait. Plus on connaît un personnage, ses failles, ses contradictions, plus il devient subtil." Et Aude de confirmer "Ça s’est beaucoup vu avec José et Liliane. Au début, José, c’était le beauf et Liliane la ménagère. Elle est devenue quelqu’un de plus névrotique et lui a développé des folies au-delà du simple fait d’être un mec qui regarde le foot en buvant de la bière. Ce changement-là, on le doit beaucoup aux comédiens qui se sont emparés de leurs personnages et y ont mis beaucoup d’eux-mêmes." Pour chaque personnage il y a donc une bible qui s’intensifie et devient plus complexe au fil du temps. Emma était d’abord vendeuse de téléphone portables. Elle est devenue vendeuse chez Bricolex. Fabien n’était pas prof. Il l’est devenu en cours de route. Le tempérament des personnages féminins s’est avéré de plus en plus dominant, et le comportement des hommes de plus en plus pataud : "ll y a un effet comique évident dans le contraste entre une homme bringuebalé tel un bouchon par le courant et une femme qui souffle la tempête, nous a dit Mathieu. Un mec qui emporterait le morceau trop souvent avec, à ses côtés, une femme un peu soumise, ce ne serait pas drôle et un peu embarrassant. Cette configuration est arrivée d’elle-même grâce, sans doute, à la forte personnalité des comédiennes."   

Une série féministe, Scènes de de ménage ? Oui, sans nul doute. Et même si elle n’aborde pas frontalement des thèmes chargés tel que la religion, elle s’autorise quelques embardées du côté de la politique et de la sexualité "hors normes". Camille est visiblement une femme de gauche, Philippe est un homme de droite.  Emma soutient les zadistes, José est en campagne électorale. Lui et sa femme Liliane semblent avoir une sexualité versée sur l’échangisme. On attend l’arrivée d’un couple homo ou lesbien, lequel n’arrive toujours pas. "Au-delà du fait d’être des partenaires du même sexe, il faut qu’ils aient des raisons d’avoir des scènes de ménage, et que l’endroit où ils se trouvent génère des conflits." nous a confié Aude avant de nous annoncer l’arrivée d’un twist inattendu lors de la prochaine saison : "La fille de Philippe va avoir un enfant avec sa copine. Et Philippe va embrasser leur cause avec beaucoup de véhémence, beaucoup trop même, il va voir des injustices partout, même là où il n’y en a pas"   Philippe, le pharmacien coincé, soutenant la cause LGBTQI+ ? On a hâte de voir ça.

Le prime spécial anniversaire le jeudi 7 novembre à 21H05 sur M6.

Erick Grisel

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