"Mytho" : la série d’Arte à voir absolument "Mytho" : la série d’Arte à voir absolument

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"Mytho" : la série d’Arte à voir absolument par Emilie Semiramoth

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Publié le Vendredi 11 Octobre 2019

"Mytho", c’est un petit miracle dans le paysage sériel français. C’est l’adjonction de talents inespérés. Derrière la caméra, Fabrice Gobert ("Les Revenants") s’est associé à la romancière Anne Berest pour créer une dramédie drôle et inquiétante, servie par un casting impeccable.

Mensonge d’amour
La série s’ouvre sur un traveling qui filme la nuit tombée sur les pavillons d’une zone périurbaine. Cette parfaite petite banlieue, où pas un poil de gazon ne dépasse, voit sa tranquillité perturbée par les gyrophares de la gendarmerie et d’un camion de pompiers. Le tout avec la voix de Charles Aznavour qui interprète "Il faut savoir". La scène suivante, Elvira (Marina Hands) se réveille en catastrophe. Son alarme n’a pas sonné. Et elle part aussitôt réveiller toute la maisonnée, préparer le petit-déjeuner à un compagnon et des enfants ingrats qui la prennent pour l’intendante. En deux minutes, Mytho pose le décor : des maisons alignées et anonymes ; et à l’intérieur des vies dont l’ordinaire finit par étouffer les personnages. Surtout un, celui d’Elvira interprétée par une Marina Hands, géniale en mère et épouse transparente au bord du burn-out. À l’occasion d’un rendez-vous de contrôle chez son médecin, elle crée un merveilleux mensonge pour exister (un peu plus) aux yeux des siens. Elle leur fait croire qu’elle a un cancer du sein.

Desperate Housewife
Il y a de la folie dans Mytho, comme il y en avait dans Desperate Housewives. Une folie qui s’installe insidieusement dans la morne rengaine du quotidien. La vie de famille, les lessives, les courses, le ménage, les repas à préparer, un travail inintéressant dans les assurances… voilà tout ce qui accable Elvira. D’où ce gros mytho qu’elle met en place avec une aisance déconcertante. Il y a beaucoup d’amour et d’empathie dans ce portrait dressé d’une femme au bout du rouleau qui revit en faisant planer sur sa famille la menace de sa mort. Souvent hilarante, Mytho ne se moque pas tant de ces vies ordinaires – qu’on ne voit que trop rarement à l’écran – mais en montre l’absurdité, parfois. Comme lorsqu’Elvira fantasme sur la vie parfaite de ses voisins, sorte de Ken et Barbie au sourire Ultra Brite. À cela s’ajoutent toutes les étrangetés que capte la caméra de Fabrice Gobert, comme dans Les Revenants. Des jumelles âgées qui font penser curieusement aux gamines de Shining. Le sourire inquiétant d’une voisine à l’apparence trop paisible. La pharmacienne qui traverse la rue pour rentrer chez elle et sirote seule sur son balcon un verre de vin blanc. Et puis il y a ces moments de poésie, comme lorsque le standard "Stand By Me" fait retentir la solitude des personnages qui en fredonnent les paroles chacun dans leur coin.

Un collectif solide
Autour d’Elvira, une galerie de personnages tout aussi passionnants se décline sous nos yeux. À commencer par Mathieu Demy qui campe un mari volage, au look d’ado attardé, largué en toutes circonstances. Quant aux enfants, les trois sont de vraies perles. Carole, l’aînée, est la rebelle qui tire une tronche de six pieds presque par habitude. Sam, assignée garçon, est une jeune femme qui découvre avec une joie rafraîchissante les jeux de la séduction. Et Virginie est une petite fille à l’esprit vif et aux répliques qui font souvent mouche.

Quelque chose d’universel se dégage de Mytho – on est en France mais on pourrait aussi bien être ailleurs – et de moderne dans sa manière d’aborder les problématiques de ses personnages. Une vraie bouffée d’oxygène dans un paysage sériel français encore très rangé. C’est justement là que réside la force de Mytho. Dans ses personnages formidablement attachants qui vivent des vies trop bien rangées et qui décident de tout foutre en l’air.

"Mytho", une série créée par Anne Berest et Fabrice Gobert avec Marina Hands, Mathieu Demy, Jérémy Gillet… Les  jeudis 10 et 17 octobre à 20h55 sur Arte et en intégralité sur arte.tv.

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