Mrs. Fletcher : la série comique vise juste Mrs. Fletcher : la série comique vise juste

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"Mrs. Fletcher" : la série comique vise juste par Emilie Semiramoth

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Publié le Lundi 4 Novembre 2019

Lancée sur OCS, cette comédie douce-amère voit une femme divorcée revivre après le départ de son fils unique pour l’université. Kathryn Hahn sublime sa prestation avec un appétit féroce pour ce rôle qui aurait pu être facilement caricatural.

(R)éveil à la sexualité
Le syndrome du nid vide s’annonce souvent comme l’automne de la vie pour des parents qui voient leur rejeton quitter le cocon familial. La sanction est encore plus dure pour des femmes seules à l’approche de la ménopause. Mais pas pour Eve Fletcher – interprétée par Kathryn Hahn, magnifique et touchante – une MILF qui s’ignore. Cette mère de 45 ans, directrice d’une maison de retraite, a totalement occulté sa vie de femme pour se dévouer à son fils Brendan (Jackson White), un ado ingrat qui ne pense qu’à culbuter tout ce qui bouge. En découvrant un site pornographique dédié aux performances de ces MILF, Eve laisse ses fantasmes l’envahir et donne une nouvelle dimension à son imaginaire sexuel telle qu’elle ne l’avait jamais envisagée auparavant. Cela donne lieu à des scènes cocasses de masturbation avec l’ordinateur qui valse ou de fantasme dans un supermarché avec une démonstratrice sexy.

Trouver sa voie/voix
Mais le talent de Mrs. Fletcher est loin de résider dans un exutoire facile de saynètes racoleuses. C’est tout ce qu’il se passe entre ces séquences qui dit la difficulté de vivre en harmonie entre ses fantasmes et la réalité selon la sensibilité des uns et les tabous des autres. Cette difficulté se révèle aussi bien pour Eve que pour Brendan et les autres personnages autour. Aussi voit-on toute une galerie de personnages des plus attachants, notamment dans ce petit groupe d’écriture auquel participe Eve. Que ce soit Margo la prof transgenre, Curtis un radiologue introverti ou encore Julian, un gamin d’une beauté folle qui succombe immédiatement au charme d’Eve… Tous portent en eux cette petite faille qui montre avec une justesse bouleversante leur vulnérabilité. C’est toute la subtilité de Tom Perrotta qu’on retrouve dans ces portraits de personnages. L’écrivain, qui avait déjà collaboré à l’adaptation de son roman The Leftovers avec Damon Lindelof, prend cette fois seul les rênes de l’écriture. Son empathie pour ses personnages transparaît entre toutes les lignes. Une infinie tendresse se dégage des sept petits épisodes qui composent cette première saison.

La pornographie à double tranchant
Mrs. Fletcher est peut-être la première série à proposer une réflexion intéressante autour de la pornographie, loin des jugements à l’emporte-pièce. Pour Eve, elle agit comme un révélateur. La désinhibition la métamorphose petit à petit, aiguisant son sex-appeal. Pour Brendan, c’est au contraire un paradigme qui le contraint aux pires comportements avec ses partenaires. Même si on ne le voit jamais en regarder, ses pratiques et ses fantasmes sont l’expression d’un apprentissage à travers des films pornos qui ont totalement perverti son rapport à la sexualité et aux femmes. On ne ressort pas tout à fait intact au terme de la saison. Cette comédie a priori légère, qui a l’air d’une petite douceur acidulée, dit mille fois plus de nos tourments intérieurs et de nos peurs / frustrations autour de l’intimité que bon nombre de drames sérieux qui souvent ne font que tourner autour du pot. Ici, Mrs. Fletcher vise juste.

"Mrs. Fletcher", une série créée par Tom Perrotta avec Kathryn Hahn, Jackson White, Jen Richards… Depuis le lundi 28 octobre sur OCS City.

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