"Mindhunter" : une saison 2 qui tue toujours autant "Mindhunter" : une saison 2 qui tue toujours autant

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"Mindhunter" : une saison 2 qui tue toujours autant par Emilie Semiramoth

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Publié le Lundi 19 Août 2019

"Mindhunter" revient après presque deux ans d’attente. La série qui porte partout la patte de David Fincher, producteur et réalisateur de trois épisodes, continue son exploration de l’esprit méandreux des tueurs en série. Toujours aussi fascinante et encore plus puissante.

On ne tarissait pas d’éloges lorsque la première saison de Mindhunter est sortie et c’est fébrile qu’on attendait la terrible épreuve de la saison 2, toujours soumise à une plus grande pression. Justement, la pression ne retombe pas dans ce nouvel opus pour le trio Holden Ford (Jonathan Groff), Bill Bench (Holt McCallany) et le Dr Wendy Carr (Anna Torv). Ils poursuivent leurs entretiens avec des tueurs en série dans le but d’établir une bible du profilage qui leur permettra d’arrêter ceux qui sévissent encore et séviront plus tard. Contrairement aux épisodes précédents où cette nouvelle méthodologie était plus ou moins appréciée par la hiérarchie, ils se retrouvent avec un nouveau directeur au FBI, grand fan de leurs travaux mais aussi en attente de résultats probants.

Plus humaine
Dans son approche très didactique, la première saison pouvait apparaître comme très, voire trop clinique. Elle se focalisait sur la fascinante découverte que les sciences humaines pouvaient apporter à la traque de tueurs en séries, mais manquait parfois un peu de subtilité et de profondeur dans le traitement des personnages principaux. Elle se concluait cependant sur Holden Ford, terrassé par une monumentale crise de panique après une visite à l’hôpital d’Ed Kemper. Cette scène annonçait finalement la tendance de la nouvelle saison. Désormais, les auteurs s’appliquent à creuser la psyché des profileurs et à montrer l’impact de leur métier sur leurs vies personnelles, tant dans la gestion des émotions que dans leurs rapports à l’autre. Cela donne lieu à un développement passionnant de Bill Bench. On se rend compte que chaque rencontre avec ces tueurs en série s’avère radioactive. Comme lors d’une contamination sur un site radioactif, on ne remarque pas tout de suite le mal qui s’insinue. Ici, il pénètre sournoisement l’esprit de Ford et Bench jusqu’à ce qu’on les voit lutter au quotidien pour ne pas se faire dévorer de l’intérieur. Ce léger décadrage sur les profileurs plutôt que sur les tueurs – même si ces derniers gardent une place prépondérante – n’est pas moins hypnotisant. Au cours des entretiens, la caméra s’attarde plus sur Holden et Bill, mais aussi Wendy qui fait une entrée remarquée sur le terrain. L’objectif s’applique à capturer un regard qui se trouble, une mâchoire qui se contracte, des muscles qui se tendent. C’est dans ces instants qu’ils se révèlent finalement le plus, au moment où ils sont censés être dans un contrôle absolu mais où l’inconscient fait parler le corps. C’est une narration muette qui se met alors en place. Elle met au jour les secrets et les zones vulnérables. Ici, le regard de Fincher se veut intrusif, sans être voyeur pour autant. Un véritable exercice d’équilibriste ! Il dévoile au grand jour ce qu’on ne verrait pas d’ordinaire…

La question raciale
Au cours d’un séjour à Atlanta, Holden ouvre presque par hasard un dossier concernant une série de disparitions et de meurtres d’enfants noirs. Cette arche narrative est peut-être moins sensationnelle que les rencontres – désormais très attendues – avec Le Fils de Sam ou encore Charles Manson. Pourtant, elle poursuit l’exercice de déconstruction qui semble être le travail de fond de la série. Lors la première saison, il s’agissait de la figure masculine soumise à la culture de la masculinité toxique. Ici, c’est la question raciale qui passe sous le microscope. L’enquête sur ces meurtres d’enfants souffre de l’incurie des forces de l’ordre et ce, malgré l’obstination des mères des victimes qui finissent par mener elles-mêmes les investigations. Les préjugés raciaux qui rongent l’Amérique s’exposent sans fard. On retrouve des situations déjà bien connues : le double standard appliqué à la communauté noire, la défiance à l’égard des policiers dont un bon nombre à la fin des années 70 était d’anciens membres du Ku Klux Klan, la prédominance du politique lors d’affaires sensibles concernant la communauté noire… Ce qui change cependant, c’est la prise de conscience dans le traitement du sujet. Les auteurs ne se contentent pas de pointer du doigt ces disparités. Cette seconde saison analyse les mécanismes des préjugés raciaux avec finesse et honnêteté. Il y a parfois un certain malaise qui s’installe dans cette approche très froide, typique de David Fincher, de sujets pourtant brûlants. Mais c’est peut-être cette distance et cette observation sans affect, alors que tout tourne autour des errements de l’âme, qui en fait une œuvre d’excellence.

Mindhunter", une série créée par Joe Penhall avec Jonathan Groff, Holt McCallany, Anna Torv… Depuis le 16 août sur Netflix.

 

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