"Les Sauvages" sur Canal+ : une série à voir malgré ses défauts Les Sauvages sur Canal+ : une série à voir malgré ses défauts

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"Les Sauvages" sur Canal+ : une série à voir malgré ses défauts par Emilie Semiramoth

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Publié le Mardi 24 Septembre 2019

Adaptée des romans éponymes de Sabri Louatah, Les Sauvages relève un défi inédit dans le paysage audiovisuel français. Celui de parler d’une fracture sociale et identitaire. Si cette conversation s’avère indispensable, la série n’évite pas certains écueils. Explications.

2019. Il aura fallu attendre 2019 pour qu’une série prenne à bras le corps la question de la représentation de la société française dans son entièreté, sa pluralité et aussi celle de la crise identitaire qui asphyxie une partie de la population. Une série à caractère politique donc. Pas le point fort de nos créateurs et/ou de nos diffuseurs tant notre culture télévisuelle a du mal avec l’art délicat de l’autocritique, surtout sur des sujets politiques hautement inflammables. Avec Les Sauvages, la question ne se pose plus. La série met d’emblée les deux pieds dans le plat.

Radiographie
Cette mini-série de seulement six épisodes raconte deux familles françaises, d’origine maghrébine, à un moment de crise. D’un côté les Chaouch. Ils appartiennent à l’élite. Le père, Idder Chaouch incarné par Roschdy Zem, est élu président de la république. Son épouse, Daria (Amira Casar), est une cheffe d’orchestre reconnue mondialement. Et leur fille, Jasmine (Souheila Yacoub), est directrice de campagne et conseillère de son père. De l’autre, les Nerrouche. Fouad (Dali Benssalah) est un acteur star d’une série télé, en couple avec Jasmine Chaouch. Et depuis qu’il rayonne sous la lumière des projecteurs, il s’est éloigné de sa famille qui vit en bas de l’échelle sociale à Saint-Étienne. Il a rompu aussi avec son frère Nazir, tombé dans la radicalisation, interprété par Sofiane Zermani alias Fianso stupéfiant et méconnaissable. Tout bascule lorsque Idder Chaouch est victime d’un tir à bout portant le soir même de son élection. Le tireur n’est autre que le jeune cousin de Fouad.

C’est ce postulat qui sert de détonateur à une radiographie du pays, telle qu’elle n’a jamais été présentée dans une série télé. Se dévoile sous nos yeux une France déchirée par la précarité et un mal-de-vivre-ensemble dû à un racisme snobé par les institutions politiques. Alors qu’’dder Chaouch est censé incarner l’espoir d’un renouveau où il n’y aurait plus de laissés-pour-compte, le pays sombre dans le chaos au lendemain de son attentat. Une tension généralisée qui rappelle les émeutes de novembre 2005. De cette peinture de la France, on retiendra essentiellement une tristesse profonde de "Français de troisième classe" mais aussi un appel vibrant à un réveil général. 

Un thriller mâtiné de soap
À l’œuvre derrière cette adaptation, Sabri Louatah et Rebecca Zlotowski ont uni leurs forces pour mener tambour battant cette mini fresque, Rebecca Zlotowski assurant la réalisation des six épisodes. Sa caméra, énergique et fluide, capte parfaitement toutes les tensions tues depuis trop longtemps. Elle fait parler les regards, ceux remplis de colère comme ceux étreints de désespoir. Par son rythme effréné et son état d’urgence permanent, Les Sauvages emprunte beaucoup à 24 heures chrono. Fouad mène l’enquête au sein de sa propre famille afin de comprendre ce qui a pu amener son cousin à commettre un tel acte. Certes il n’est pas Jack Bauer mais il s’attèle à la tâche avec la même dévotion sacrificielle. Et Idder Chaouch, l’homme providentiel de la série, évoque bien sûr David Palmer puisqu’il incarne le premier président français d’origine algérienne, comme Palmer était le premier président afro-américain. C’est aussi une figure charismatique qui emprunte tout à Barack Obama. Quant au choc des familles Nerrouche et Chaouch, il n’est pas sans rappeler les soaps américains avec ces familles ennemies qui se déchirent sans pitié. C’est ce mélange des genres qui porte préjudice à la série. Malgré une bonne volonté tout à fait louable, celle-ci ne suffit pas à gommer la sensation de vouloir tout boucler très vite. Trop vite. Six épisodes ne suffisent pas au développement de personnages qui ne font que courir après le scénario. On se demande même ce que Marina Foïs est venue faire dans cette série, tant son personnage est dévolu à ne s’occuper que du menu fretin.

On regrette également que le personnage d’Idder Chaouch ne soit cantonné qu’au rôle de symbole. La série ne capitalise que sur son image. Un comble pour un acteur du calibre de Roschdy Zem. Il éblouit seulement à la toute fin dans une scène puissante où il fait un discours splendide sur la France, sa grandeur, sa beauté, ses richesses mais aussi ses contradictions et ses heures sombres sur lesquelles elle pose un mouchoir. Il nous reste de ces six épisodes un goût d’inachevé d’autant plus amer que l’œuvre d’origine de Sabri Louatah se décline sur quatre tomes ! Une série à voir malgré ses défauts parce qu’elle pose des questions justes qui bousculent. 

"Les Sauvages", une série créée par Sabri Louatah et Rebecca Zlotowski avec Roschdy Zem, Marina Foïs, Dali Benssalah… Dès le lundi 23 septembre à 21h sur Canal+ et en intégralité sur MyCanal.

 

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