Le vrai et le faux dans la série "Hollywood" sur Netflix Le vrai et le faux dans la série "Hollywood" sur Netflix

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Le vrai et le faux dans la série "Hollywood" sur Netflix par Erick Grisel

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Publié le Mardi 12 Mai 2020

Dans l’Hollywood d’après-guerre, six jeunes artistes sont prêts à tout pour accéder à la gloire. Si cette série crée par Ryan Murphy est une fiction, certains éléments et certains personnages ont réellement existé. Plongée dans les arcanes des grands studios…

LE VRAI :
Une station-service transformée en plateforme du sexe

Dans les années 1940, la Richfield Gas Station, située sur Hollywood Boulevard, était tenue par un certain Scotty Bowers, qui dans son autobiographie Full Service parue en 2013, a raconté qu’il y arrangeait des rendez-vous entre des stars, des pontes des grands studios, de vieilles dames riches et de jeunes acteurs fauchés engagés comme pompistes. Mot de passe pour les intéressés : "dreamland" ! À l’évidence le créateur Ryan Murphy a fait de cette histoire le point de départ de sa série qui nous plonge dans l’âge d’or d’Hollywood. Interprété par Dylan MacDermott, le personnage d’Ernie est très largement inspiré de Scotty. À quelques détails près. Dans Hollywood, Ernie prend un pourcentage sur les passes. Dans son livre, Scotty prétend qu’il rendait service gracieusement, ce qui a été confirmé ensuite par ses ex-protégés et clients. Bisexuel assumé, l’homme, disparu à l’âge de 94 ans l’année dernière, semblait plutôt sympathique (on l'avait interviewé pour la sortie de son livre). Tout comme Ernie, malgré ses agissements de proxénète. "J’ai voulu créer un personnage entre Scottie Bowers et Clark Gable " a raconté l'acteur Dylan MacDermott. Mission réussie.

 

L’agent de stars qui couchait avec ses protégés
Plutôt odieux, en revanche, est le personnage d’Henry Willson, agent de star qui a vraiment existé et lancé la carrière de nombreux acteurs "beefcake" dont Rock Hudson, représenté aussi dans le film. Et la ressemblance entre Willson et l’acteur Jim Parsons qui l’incarne est étonnante ! Comme la série Hollywood le révèle, cet agent de star, complexé par son physique, a vécu une histoire d’amour avec l’un de ses protégés, Junior, qui est mort dans un accident de voiture. Jetant ensuite son dévolu sur le jeune Roy Scherer, il l’a rebaptisé Rock Hudson, l’a incité à se faire refaire les dents et alors que l’acteur souffrait d’une laryngite, l’a obligé à pousser des cris pendant vingt-quatre heures afin qu’il se casse la voix et devienne ainsi plus viril. Être un protégé de Wilson à l’époque – hétéro ou homo – dans les années 1940-50 était le signe que vous aviez couché avec lui pour faire avancer votre carrière. L’homme est mort en 1978 d’une cirrhose du foi dans la pauvreté la plus totale. Rock Hudson, lui, est mort du sida en 1985 juste après avoir fait son coming out ( voir vidéo ci-dessous)

 

Hattie McDaniel est la première femme noire à avoir décroché un Oscar
Vous souvenez-vous de la grosse dame disant "M’ââme Scarlett !" dans le film Autant en Emporte le vent ? Eh bien, c’était Hattie incarnée par l'actrice rappeuse Queen Latifah dans la série Hollywood. Pour son rôle de domestique au grand cœur, l’actrice décrocha l’oscar de la meilleure actrice dans un second rôle en 1940 (voir vidéo ci-dessous). Signe que sa carrière allait décoller ? Hélas, non ! Comme le regrette Queen Latifah/ Hattie dans la série, on ne lui proposa ensuite que des rôles de servantes à tablier blanc dans des films de seconde zone. Et lors d’une scène, sa joie de voir une jeune actrice noire accéder à la récompense suprême n’est qu‘un doux fantasme de Ryan Murphy. Il fallut attendre 2002 pour qu’une actrice noire - Halle Berry - décroche enfin l’oscar pour un premier rôle.

 

Le réalisateur George Cukor organisait des partouzes chez lui
My fair Lady, Le milliardaire, Sylvia Scarlett, Indiscrétions … George Cukor fut pendant trois décennies à Hollywood un pourvoyeur de grands rôles féminins. Pourtant, il préférait (sexuellement) les hommes. Et c’est l’un des passages les plus étonnants de la série: il organisait chez lui des dîners entre stars que venait rejoindre aux alentours de minuit toute une horde de beaux jeunes hommes. Ensuite, au bord de la piscine, c’était l’orgie. Parmi les invités récurrents : Tallulah Bankhead, Vivian Leigh (incarnées dans la série) mais aussi d’autres stars non citées tels que Katherine Hepburn et Spencer Tracy que Scottie Bowers, selon son livre, approvisionnait en jeunes filles (pour elle) et en jeunes hommes (pour lui). Et dire qu’ils passaient pour un couple hétérosexuel idéal !

LE FAUX :
Aucune femme n'a dirigé un grand studio pendant l’âge d’or d'Hollywood
.
Dans la série, le personnage interprété par la géniale Patti LuPone succède à son mari, mort d’un infarctus, à la tête d’un grand studio. On aurait bien voulu y croire. Mais c’était impossible à l’époque : les nababs s’appelaient Louis B. Mayer et Irving Thalberg (à la MGM), Jack L. Warner (à la Warner Bros), Harry Cohn (à la Columbia) et Darryl F. Zanuck (à la 20th Century-Fox). Seule Mary Pickford a été à la tête de The United Artists au côté de Charlie Chaplin. Mais c’était un studio indépendant, aux moyens beaucoup moins importants. On jubile quand Avis prend les rênes du pouvoir et, pas rancunière, reconduit même le contrat de la maîtresse de son mari mort en faisant l'amour avec cette dernière.

L’acteur Rock Hudson n'assumait pas son homosexualité.
Avec cette série, et tout comme Quentin Tarentino dans Il était une fois à Hollywood, Le créateur Ryan Murphy met en pratique l’Ucronie, un principe qui consiste à réécrire l’histoire à partir de la modification du passé. Si Rock Hudson était bien gay, il n’a jamais assumé publiquement ses relations amoureuses comme on le voit dans la série lorsqu’il foule le tapis rouge au bras de son boyfriend, un scénariste noir. Sous les conseils douteux d’Henry Willson il a même épousé sa secrétaire Phyllis qui s’est empressée de raconter après sa mort que c’était un mariage arrangé. Et l’actrice italienne Claudia Cardinale a révélé aussi qu’elle se faisait passer pour la petite amie de l’acteur à l’époque où ils tournaient ensemble.  Si les patrons des grands studios se fichaient de la vie privée de leurs  stars, il n'était pas non plus question pour elles d'enfreindre certaines règles. Un couple d'hommes sur le tapis rouge ? Pas question à l’époque ! Et un couple entre un noir et une blanche, ou l’inverse, tout aussi impensable ! Kim Novak et Sammy Davis Jr en savent quelque chose. Ils ont dû mettre fin à leur relation sous la menace de la mafia téléguidée par l’ultra conservateur Harry Cohn, patron de la Columbia où Kim était sous contrat. Dernière précision concernant Rock Hudson : c'était loin d'être un mauvais acteur comme le laisse supposer la série.

L'actrice asiatique Anna May Wong n'a jamais gagné d'oscar
Quelle bonne idée a eu Ryan Murphy d’avoir faire revivre cette actrice connue pour son rôle dans Shangaï Express en 1932. Anna aurait pu l’avoir, l’oscar, si elle avait décroché le rôle qu’elle convoitait tant dans Visages d’Orient, un film tiré d’un roman de Pearl Buck, où l’héroïne est asiatique. Frileuse, la Metro Goldwen Mayer a préféré au dernier moment confier le rôle à Luise Rainer qu’ils ont grimée en asiatique (voir l'époustouflante scène ci-dessous). Et le plus triste de cette histoire, c’est que Luise obtint l’oscar pour ce rôle. Anna ne se remis jamais de cet affront. Dans Hollywood, Ryan Murphy réhabilite l’actrice en lui faisant décrocher la statuette. Petite compensation.

Erick Grisel

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