"L’Amie prodigieuse" : l’émouvante adaptation en série "L’Amie prodigieuse" : l’émouvante adaptation en série

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"L’Amie prodigieuse" : l’émouvante adaptation en série par Emilie Semiramoth

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Publié le Vendredi 14 Décembre 2018

"L’Amie prodigieuse", la tétralogie de la mystérieuse Elena Ferrante, passe tout naturellement de la saga littéraire à la série télé. Dans une belle production italo-américaine, les inséparables Lila et Lenù prennent vie sous nos yeux ébahis.

Une amitié indéfectible
C’est l’histoire d'une amitié, jalonnée par la passion, la jalousie, la rivalité et un attachement aussi profond que viscéral, que la série raconte. Cette première saison reprend le premier tome de L’Amie prodigieuse : l’enfance puis l’adolescence d’Elena, la narratrice, dite Lenù et son amie Raffaella appelée Lila. Lenù est aussi blonde et docile que Lila est brune et farouche. Leurs caractères opposés les attirent l’une à l’autre comme un aimant. Le génie spontané qui émane de la petite Lila, qui a appris à lire et écrire seule, exerce une fascination presque intimidante pour Lenù. Une amitié qui sonne comme une évidence pour ces petites filles particulièrement intelligentes et déjà conscientes de l’environnement dans lequel elles grandissent. Un quartier pauvre du Naples des années 50 où, après la guerre et le fascisme, la misère et la mafia viennent pourrir la vie des habitants. Elles savent la violence inouïe qui peut surgir à n’importe quel instant et frapper telle la foudre. Elles connaissent aussi le patriarcat, l’assujettissement de leurs mères et l’avenir qui les attend en tant que femmes avec le peu d’espoir d’être autre chose qu’une matrice ou qu’un objet. Cette amitié tient aussi de l’énigme tant elles sont différentes l’une de l’autre et en même temps, indispensables l’une à l’autre.

Une fresque classique

Coproduction de la Rai - la chaîne publique italienne - et de HBO, la série colle au plus près du roman. Elena Ferrante a d’ailleurs participé à l’écriture, toujours dans l’ombre, annotant les scenarii par email. Elle a elle-même choisi Saverio Costanzo (Hungry Hearts) qui supervise l’écriture et réalise cette première saison. Les cités pauvres de Naples, avec ces immeubles formés autour d’une cour où tout le monde s’espionne, sont restituées avec brio. On y parle napolitain plus qu’italien. On y voit des physiques qui ont pratiquement disparu de la télévision, des corps abîmés par le travail ou encore usés par des grossesses qui s’enchaînent. La poussière habille les visages comme les murs. Quelque chose de presque trop parfait dans cette reconstitution nous tient à une certaine distance. Une pudeur surprenante au milieu de cette Italie volcanique et fourmillante. Il nous aura fallu un peu de temps pour l’accepter et comprendre peut-être aussi que cette froideur apparente n’est que le système de protection de ces deux petites filles : car l’histoire est racontée à leur hauteur, avec les frayeurs réelles d’enfants qui voient le mafieux du quartier comme un ogre, et très certainement parce qu’elles sont en permanence rattachées à un instinct de survie, ce qui les distingue de fait de tous les autres.

Ce qu’on ne vous a pas encore dit, c’est que cette série c’est aussi une histoire de lutte des classes, que Lenù – qui a la chance de pouvoir aller à l’école – et Lila qui est autodidacte n’ont que le savoir comme seul espoir d’échapper à leur destin. Les petites filles qui les incarnent enfants sont stupéfiantes de justesse et les actrices qui reprennent leurs rôles à l’adolescence sont tout aussi impressionnantes. La musique, signée Max Richter, vient compléter ce tableau quasi parfait où l’émotion surgit par fulgurances et ne se dépare jamais d’une certaine pudeur. Bouleversant.

Une série créée par Saverio Costanzo avec Ludovica Nasti et Elisa Del Genio puis Gaia Girace et Margherita Mazzucco. Le jeudi à 21h sur Canal Plus et MyCanal dès le 13 décembre.

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