"I May Destroy You" : la série choc de Michaela Coel sur le viol "I May Destroy You" : la série choc de Michaela Coel sur le viol

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"I May Destroy You" : la série choc de Michaela Coel sur le viol par Emilie Semiramoth

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Publié le Jeudi 11 Juin 2020

Créatrice, co-réalisatrice et interprète principale de ce drame, Michaela Coel s’impose de plus en plus comme une voix singulière dans le paysage sériel. Ce récit basé sur sa propre expérience fait l’effet d’un coup de poing à l’estomac.

Un soir comme les autres
Arabella (Michaela Coel) est une jeune londonienne d’origine ghanéenne et surtout un pur produit de son temps. Perruque rose et vestiaire de fashionista, son ordinateur et son smartphone ne sont qu’une extension d’elle-même. Son cercle d’amis constitue sa famille. Et elle est en train de vivre sa meilleure vie. Arabella a une voix qui porte, laquelle a rencontré une certaine popularité sur Twitter. Puis après avoir publié un article qui a touché les Millennials, elle est devenue le porte-voix d’une génération. Cette fraîche notoriété lui a permis de signer un contrat dans une prestigieuse maison d’édition et la jeune femme s’apprête à devenir une autrice à part entière. Comme tous les rédacteurs qui se respectent, Arabella doit rendre une version préliminaire et à mesure que l’échéance se rapproche, l’inspiration se fait la belle. Frustrée, elle décide alors de rejoindre des amis lors d’une soirée bien arrosée et bien poudrée.

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Et là, le récit bascule. Arabella est dans un sale état

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 Et là, le récit bascule. Arabella est dans un sale état. Au petit matin, de retour à son bureau comme un bon petit soldat, elle envoie son texte comme promis. Mais elle a une tête de déterrée, une plaie ouverte au-dessus de l’arcade sourcilière et l’écran de son téléphone est désormais cassé. Que s’est-il passé ? Ses idées sont confuses. Elle semble incapable de s’orienter dans les rues de Londres. Incapable de donner le change lors de l’entretien avec ses éditeurs après leur avoir envoyé son texte. De retour chez elle, un flash vient troubler son esprit. Un homme s’agite violemment d’avant en arrière.

© HBO

Un récit autobiographique
Entre Michaela Coel et Arabella, son double fictif dans I May Destroy You, il y a peu de différences. L’histoire d’Arabella est bien celle de Michaela Coel. Et ce viol a eu lieu alors qu’elle écrivait seule, dans des bureaux mis à sa disposition, la saison 2 de Chewing Gum, sa première création, une sitcom hallucinée où une jeune femme très croyante décide de perdre sa virginité. La reconstruction pour Michaela Coel passe par la création. Dans I May Destroy You, elle décortique la violence du traumatisme et toutes ses conséquences. Comment reprendre possession de son corps après un viol ? Pour Arabella, cela passe par retrouver aussitôt une activité sexuelle. Et se raser la tête. Mais elle n’est pas la seule que la question du consentement concerne. Son entourage proche, ses deux meilleurs amis Terry (Weruche Opia) et Kwame (Paapa Essiedu), sont eux aussi confrontés à des violences sexuelles. Sur les douze épisodes que comporte cette saison, le récit paraît décousu. Michaela Coel ne respecte pas les règles d’une narration logique et linéaire. Certains épisodes entiers sont des digressions, une manière inégale mais en même temps juste d’illustrer les errements de l’esprit choqué.

© HBO

Une série sensorielle
Le monde des séries a réagi vivement au bouleversement #MeToo mais I May Destroy You se distingue par son approche sensorielle. Un peu de la même manière que le cinéaste plasticien Steve McQueen (Hunger, 12 Years a Slave), Michaela Coel s’intéresse à la matière, à la texture et au son. On n’est pas seulement témoin du traumatisme d’Arabella, on le vit avec elle. Que ce soit les flashbacks qui surgissent à n’importe quel moment, les acouphènes quand son esprit se trouble ou la sensation de désorientation… Tout nous ramène à quelque chose de palpable. Michaela Coel joue aussi sur l’incroyable expressivité de son visage. Et allège parfois son propos avec des expressions cartoonesques. Le format court, 30 minutes par épisode, et l’humour incisif de la créatrice permet de rendre l’expérience de visionnage un peu moins éprouvante. Mais qu’on ne s’y trompe pas. I May Destroy You est une série dérangeante et c’est sa vocation première.

"I May Destroy You", une série créée par Michaela Coel avec Michaela Coel, Weruche Opia, Paapa Essiedu… Disponible sur OCS City et sur OCS Go.

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