"El Camino" : Un film Breaking Bad ou l’exercice délicat des adieux "El Camino" : Un film Breaking Bad ou l’exercice délicat des adieux

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"El Camino : un film Breaking Bad" : une fin dont on aurait pu se passer par Emilie Semiramoth

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Publié le Mardi 15 Octobre 2019

Six ans après le final de "Breaking Bad", Vince Gilligan sort un film surprise, ni attendu, ni espéré qui met un point final aux aventures de son (anti) héros martyr, Jesse Pinkman. Ce film était-il dispensable ? Oui.

Passion Breaking Bad
Il est toujours compliqué de conclure une série, surtout quand celle-ci a acquis du temps de sa diffusion une stature et une notoriété qui en font un objet de culte. Vince Gilligan, le créateur de la géniale Breaking Bad, a eu ce luxe – accordé par la chaîne AMC – de pouvoir achever sa série au moment qu’il jugeait le plus opportun. Nul besoin d’étirer une histoire quand il n’y a plus rien à raconter si ce n’est pour continuer à en tirer un maximum de bénéfices et satisfaire des fans un brin puérils qui ne veulent pas dire adieu à leurs personnages préférés. La fin de Breaking Bad était parfaite. Sans ambiguïté et sans polémique, contrairement à celle des Soprano. C’était l’aboutissement logique d’une métamorphose hors normes qui ne pouvait que mal finir. Walter White était totalement devenu Heisenberg et trouvait une mort logique. Quant à Jesse, il a eu droit à une fin sublime qui donne la chair de poule à tous les fans à sa simple évocation. Réduit en esclavage, traité pire qu’un chien, il retrouvait la liberté dans un plan qui marquera à jamais l’histoire des séries télé. On l’a vu une dernière fois derrière le volant de sa voiture, hurlant sa rage, sa souffrance, son espoir, sa frousse… Tout en même temps. Et c’était magnifique.

Passion Aaron Paul
C’est pile à cet endroit que El Camino démarre. La fuite au volant vers l’inconnu est finalement toute tracée. Gilligan n’a pas réussi à se résoudre à rester sur cette fin crépusculaire. Le bonhomme au grand cœur a voulu absolument apporter un peu de lumière à ce personnage favori qui, il est vrai, aura méchamment morflé au fil des cinq saisons. Au cours de ces deux heures, Jesse continue de souffrir mais il s’agit surtout pour lui de commencer à se reconstruire. Tel un chaman chimiste, Gilligan veut éviter l’effet de contagion et sauver Pinkman d’une métamorphose "heisenbergienne". Sur ce chemin, les fantômes du passé (lointain pour nous) vont venir faire leur tour d’honneur. Skinny Pete et Badger, en tête, vont faire ressurgir des souvenirs complices. Quelques flashbacks, longuets et maladroits, en convoquent d’autres. Mais ces évocations nostalgiques restent indéniablement assez vaines. Même le passage avec "Mr. White" – comme l’appelle Jesse – laisse un petit goût amer. Seul Todd, toujours impressionnant Jesse Plemmons, impressionne dans une séquence parfaitement décalée où il chante un vieux tube dans sa voiture alors qu’il vient (encore) de commettre un crime abject. Bien sûr, Aaron Paul reste cet acteur grandiose capable de nous retourner les tripes en un regard. Bien sûr, la mise en scène de Gilligan parvient encore à nous raccourcir le souffle comme lors de ce duel aux allures de western à la toute fin du film. Néanmoins la puissance de la fiction réside aussi dans l’imagination qu’elle inspire une fois conclue. Le destin de Jesse n’appartenait plus à Vince Gilligan, mais aux desiderata de chacun dans son for intérieur.

"El Camino : Un film Breaking Bad" de Vince Gilligan avec Aaron Paul, Jesse Plemons, Robert Forster… Depuis le 11 octobre sur Netflix.

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