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"Vents contraires" : une pièce formidable, implacable par Erick Grisel

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Publié le Mercredi 20 Novembre 2019

Dans le cadre, entre autres, du monde de la mode, des couples se forment où se déchirent. Magnifiquement écrite et mise en scène par Jean-René Lemoine, cette pièce à la fois cruelle, drôle et sexy décrit, par à-coups sombres et électriques, un monde en déliquescence où tout se marchande, même les corps. En tournée dans toute la France.

"Il ne faut jamais dire aux gens qu’on les aime quand on les aime, parce que c’est le premier qui avoue qui doit purger sa peine". Des soupirs approbateurs et fatalistes (dont les nôtres) ont fusé dans la salle de la MC93 de Bobigny lorsque le personnage de Leila a prononcé cette phrase au milieu d’une déclaration d’amour déchirante. Styliste dépossédée de son nom par un grand groupe de luxe, Leila (jouée par la géniale Anne Alvaro) est réduite à vendre des vêtements dans une boutique sophistiquée où elle rencontre Salomé, créature sublime, plus jeune qu’elle, qui la chavire au point qu’elle quitte sa partenaire de longue date. Ce qu’elle ne sait pas encore, c’est que Salomé vend son corps à Rodolphe, un steward à la fois délaissée par Marie, la femme qu’il aime, et convoitée par Marthe, une collègue hôtesse de l’air qui s’avère être une riche héritière. Marie va alors passer un drôle de marché avec l’amoureuse transie : lui laisser son homme en échange d’une forte somme d’argent qui lui permettra de fuir Paris.

Animés de passions ou de répulsion violentes, les couples se forment et se déchirent au cours de saynètes qui font l’effet de décharges électriques. Si les vaincus s’effondrent littéralement aux pieds des vainqueurs, ces derniers ne sont pas mieux lotis. Et tous de reprendre en chœur un tube de Mylène Farmer, "Génération désenchantée", dont les paroles prennent ici une dimension philosophique.

Comme Bret Easton Ellis dans ses romans, Jean René Lemoine montre dans ces Vents contraires à la fois son dégoût et sa fascination pour tout ce que l’on convoite : les corps désirables, les objets de luxe, les beaux vêtements,  la réussite, au détriment de ce que l’on refuse de voir – la misère et la mort – et fait se fracasser, dans un chaos remarquablement agencé, tragédie grecque et pop culture. Autour d’Anne Alvaro, tour à tour facétieuse et désespérée, et de la trop rare Nathalie Richard dont l’état émotionnel dès son entrée sur scène laisse pantois, les acteurs sont tous parfaits, de la jeune Océane Cairaty au sexy sexagénaire Alex Descas, les deux se payant l’audace d’une scène de cul magnifique. Si l’on ressort essoré de ces chassés-croisés amoureux et vénéneux, on est aussi étrangement émoustillés.

Vents contraires de Jean-René Lemoine, jusqu’au 24 novembre à la MC93 de Bobigny. Du 28 novembre au 7 décembre à Strasbourg. Le 8 et 9 janvier à Amiens. Du 14 au 18 janvier à Tours. Puis à Bourges, Nîmes et Marseille.

Erick Grisel

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