Censure d’artistes sur Instagram : "Des filles posent en lingerie pour faire bander Monsieur et les comptes ne sont pas supprimés" Censure d’artistes sur Instagram : "Des filles posent en lingerie pour faire bander Monsieur et les comptes ne sont pas supprimés"

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Censure d'artistes sur Instagram : la photographe Romy Alizée signe une tribune dans Libération par Romane Hassoun & Coline Clavaud-Mégevand

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Publié le Lundi 17 Décembre 2018

Le 24 novembre 2018, le compte Instagram de la photographe et travailleuse du sexe Romy Alizée a été supprimé suite à la publication d’une photo érotique. Elle pointe aujourd’hui du doigt l'hypocrisie de cette censure et le manque à gagner financier pour les artistes, qui s'en servent comme vitrine.

Comme beaucoup de photographes de sa génération, Romy Alizée a l’habitude de montrer son travail sur Instagram, en dissimulant vulves, fesses et seins derrière des émojis, afin de respecter les règles d'utilisation. Un des derniers clichés qu’elle a posté ? Une image en noir et blanc qui la montre aux côtés d’une autre jeune femme, ou plus exactement, "un autoportrait où je pose avec une amie et un long double gode", précise l’artiste. De quoi entraîner la suppression de son compte quelques heures après la publication, sans le moindre mail explicatif de la plateforme appartenant à Facebook... Romy Alizée a alors décidé d’échanger avec d'autres utilisateurs.trices, et a réalisé que de nombreux artistes s’intéressant au corps ou à l’érotisme, mais aussi, de modèles photo et de travailleurs.euses du sexe, ont comme elle été victimes de censure. "Ce que j’ai remarqué, c’est qu’Instagram laisse des contenus montrant des corps, mais s’ils se conforment à une certaine norme, notamment marketing. Des publicités, des clichés type Playboy…, analyse Romy Alizée. Mais dès que les images revendiquent un propos politique, la suppression est inévitable."
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Une publication partagée par ROMY ALIZÉE (@romixalizee) le


Des milliers de comptes officiels (marques en vue, médias mainstream…) postent en effet des photos de femmes nues et filiformes chaque jour, sans que cela ne pose problème. "Des filles posent en lingerie pour faire bander Monsieur et les comptes ne sont pas supprimés, ironise l’artiste. Je pense que c’est dû à la relation d’argent entre les géants du Net et les entreprises américaines, et à une certaine connivence entre eux." Romy Alizée note aussi qu’à ce jour, aucun homme n’a eu à déplorer la suppression de son compte suite à la publication d’un selfie torse nu…"Là, ça ne pose aucun problème, mais dès qu’on voit le sein d’une femme, l’indignation des gens se réveille car on y voit un péché." Une discrimination sexiste que dénonce aujourd’hui la jeune femme dans une tribune publiée dans Libération, co-signée par plusieurs artistes, performeurs.euses et travailleurs.euses du sexe.
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Une publication partagée par ROMY ALIZÉE (@romixalizee) le


L’autre but de ce texte ? Dénoncer le manque à gagner financier énorme pour les personnes concernées, alors qu’elles fournissent gratuitement le contenu qui aliment les plateformes chaque jour… "Je n’ai pas fait d’école d’art ni eu de formation spécifique, mais grâce à Instagram, j’ai réussi à attirer du monde sur mon compte et même reçu des propositions d’embauches, insiste Romy Alizée. Si on me retire cet outil, ça deviendra très compliqué !" Depuis sa création, ce réseaux permet en effet à des milliers d’artistes de gagner en visibilité et représente une source de revenu essentielle, certains.es vendant même leur travail directement via la plateforme. Point positif de la suppression du compte de Romy Alizée ? Trois jours plus tard, elle a finalement reçu un message de la plateforme qui s’est excusée de son "erreur", et plusieurs gros médias relayent actuellement son message. Ou quand une colère légitime fait trembler un géant du Web.
 

 

 

 

 

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