Expo DAU (part 1), non, ce n’est pas un fiasco ! Expo DAU (part 1), non, ce n’est pas un fiasco !

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Expo DAU (partie 1), non, ce n’est pas un fiasco ! par Erick Grisel

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Publié le Lundi 28 Janvier 2019

Si on vous dit "partie 1", c’est parce que cette nuit, lors de notre visite de DAU, à Paris, seule une partie des infrastructures était ouverte. Vivement la suite, car cette première immersion au Théâtre de la Ville, l’un des trois lieux accueillant cet évènement culturel hors-normes, ne nous a pas déçus.

Les rumeurs, ça nourrit son homme. Et celles entourant l’ouverture de l’expo DAU à Paris nous avaient mis l’eau à la bouche. En vrac, cela donne : DAU (prononcez Daho) est la plus grosse escroquerie culturelle de la décennie ; un mécène russe alimente le projet à coup de millions d’euros ; le personnel, peu formé et engagé sur le tard, est totalement perdu ; au bar/resto, du caviar est inclus dans un menu végétarien à 30 euros ; certains films projetés contiennent de vraies scènes de torture ; le chaos annoncé est savamment orchestré etc. L’annulation à la dernière minute de la journée d’ouverture avait achevé de nous exciter. Quand le go a été donné – enfin, il n’a pas été donné, c’est le bouche-à-oreille qui a fonctionné - on s’est précipité sur ce DAU (du nom de Lev Landau, physicien russe dont la vie a inspiré ce projet).  

Ce qui fait tout le charme de cette visite immersive dans un monde totalitaire, c’est justement son organisation chaotique. Même franchir la porte d’entrée ne va pas de soi : on pénètre dans l’expo par la porte de sortie, ce qui met le personnel en émoi ("Mais comment avez-vous fait ?" – "Bah, on a choisi une porte, au hasard, et on est entré.") Dans une bonne odeur de bortsch, plat typique russe, nous voilà gentiment sommé de montrer notre visa (obtenu au DAU Center, place du Châtelet) et de laisser notre portable à l’entrée. Bonne idée, parce que pendant toute la visite, on n’aura aucune idée du temps passé sur les lieux (3H 30, avons-nous réalisé en récupérant le maléfique objet à la sortie).

Précautions d’usage : ne pas visiter l’expo un samedi après-midi, opter pour une visite de nuit, l’atmosphère y est mystérieuse avec des sons étranges. Personnes en bas âge, en haut âge, ou souffrant d’arthrose s’abstenir ! Il faut de bonnes jambes et un bon souffle pour atteindre les étages supérieurs du théâtre de la Ville où l’on découvre un décor soviétique période coco hardcore avec, dans chaque pièce remplie de meubles et bibelots sinistres, des figures de cire très réalistes et des comédiens qui s’animent sans prévenir. Une joute verbale entre deux mecs sur le thème "Un tyran peut-il être heureux ?" nous arrête net. Super bons, les acteurs. Au bout du couloir, où des tas de gens parlent russe, on attend de rencontrer un chaman (pour lui dire quoi ? Quelle tête il a ? On a la flemme d'attendre).
Dans une cuisine, une dame en tablier nous offre du thé dans une gamelle en fer tandis qu’un vieil homme rigolard sort des sons bizarres d’un instrument tout aussi bizarre. Un étage plus haut, un concert de piano a déjà commencé. Ne jamais demander à quelle heure quelque chose commence, personne n’en sait jamais rien, on tombe sur des performances au gré de ses déambulations. Au sous-sol du Théâtre de la Ville, des cabines de projections recouvertes d’aluminium semblent bien vides. Sont-elles déjà hors d’usage ? Une jeune femme en combi soviet nous encourage : si si, allez-y ! Dans la cabine, on clique sur un carrousel d’images, de préférence sur des gens peu vêtus car, à minuit, des bouts de films avec plein de bavardages nous semblent rébarbatifs. Les extraits sont assez glauques (mais ce n’est pas une surprise).

Ainsi, ce serait ça, ces fameuses 700 heures de rushes tirés d’une expérience de trois ans vécue par 400 volontaires dans un camp laboratoire des années 1930 reconstitué en Ukraine. Ces scènes sont-elles jouées ou vécues ? On n’a toujours pas compris, on se dit qu’elles sont jouées, en tout cas on l’espère pour la dame toute nue aux prises avec un tortionnaire. On a de la peine pour un singe et un cochon qui en bavent un max. Sonné, on sort de la cabine pour rejoindre la grande salle où est projeté un film de deux heures et demie plutôt bien foutu dont on s’échappe cependant pour s’étendre sur un divan, non loin du bar. C’est un peu le clou de l’expérience : une séance de psy en pleine nuit dans une cabine individuelle, à l’issue de laquelle on décide ou non d’en effacer l’enregistrement. Et comme on doit attendre sagement notre tour, on fait connaissance avec des gens plutôt contents d’être là. Il fait nuit, tout le monde est relax. Le phénomène DAU, à défaut d’en comprendre totalement les tenants et les aboutissants, c’est une belle occasion de flirter.

DAU, jusqu’au 17 février 2019

Erick Grisel

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