BD : très chère Claire Bretécher… BD : très chère Claire Bretécher…

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Claire Bretécher : ses bulles, c'était du champagne ! par Erick Grisel

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Publié le Mercredi 12 Février 2020

"Agrippine" fut son personnage fétiche. Et mon héroïne préférée : une ado paresseuse, de mauvaise foi, ingrate envers sa famille, mais terriblement finaude et attachante. Vous ne la connaissez pas ? Jetez-vous sur les BD de Bretécher, d’"Agrippine" aux "Frustrées ", ce sont de petits chefs-d’œuvre !

Comment réagirait Agrippine en apprenant la mort de celle qui l’a créée d'un coup de crayon magique ? À coup sûr serait-elle "giga" triste et "prendrait vapeur" pour reprendre ses expressions favorites tirées d’un dialecte insensé. À son meilleur pote/premier amant Modern Mesclin qui tenterait de la consoler, elle filerait des coups de pieds avant de s’effondrer en pleurs dans les bras de sa copine Bergère. Dieu que j’ai pu ricaner en lisant les BD de Bretécher ! Les gnangnan, neuf albums d’Agrippine, cinq albums des Frustrées, les Mères, Tourista, le Destin de Monique… autant de petits chefs-d’œuvre qui composent un exact état des lieux de notre société, à la fois satire sociale et hyperbole bouffonne, des années 1970 à nos jours. Au fond, rien n’a vraiment changé. Il suffit de relire Les Frustrées, publiées à partir de 1975, pour se dire que ce sont les mêmes galères auxquelles sont confrontées les femmes aujourd’hui : l’obligation d’enfanter, de rester jeune, de se maquer, de ne pas fumer ou boire lorsqu’on est enceinte, d’être une bonne mère et bonne tout court. Trente ans avant #metoo, Claire était de toutes les batailles antisexistes, antiracistes, anti-homophobes, qu’elle menait, via ses dessins, avec un humour corrosif, sans jamais se poser en moraliste ou en donneuse de leçons. Je n’ai jamais rencontré Claire Bretécher, bédéiste à la beauté impressionnante, aussi talentueuse dans ses textes que dans ses dessins. À deux reprises, j’ai bien failli. Une fois, quand je travaillais au magazine 20 ans, mon chef de service avait confié son interview à quelqu’un d’autre, et cela m’avait valu mon unique engueulade avec lui. Et puis récemment, une ex-collègue de Glamour, pour la sortie de son mook book, avait invité Claire. Elle devait venir. Et elle n’était pas venue. Elle était déjà souffrante. Lire une seule page de ses BD constitue toujours, pour moi, une bonne façon de commencer la journée. Et j’aurai toujours un faible pour Agrippine. C’est vraiment une vilaine fille.

Erick Grisel

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