Un Goncourt 2019 qui vaut le (s) détour(s) Un Goncourt 2019 qui vaut le (s) détour(s)

Livres

Un Goncourt 2019 qui vaut le (s) détour(s) par Erick Grisel

Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de visiteur Icône utilisée pour page visite

PLUS LUS

Icône de montre Icône utilisée pour voir le temps de lecture de ce contenu

Temps de lecture

3 minutes

Publié le Mercredi 20 Novembre 2019

Fut un temps où le mot "Goncourt" nous filait des boutons, augurant un bouquin bien plombant. Ce qui est loin d’être le cas avec "Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon" de Jean-Paul Dubois. Un roman plein d’humour et d’amour.

Ce n’est pas qu’on rêverait de faire un séjour en prison. Mais quand même ! On aimerait être au côté de Paul Hansen, concierge condamné pour violence, afin d’observer de près son compagnon de cellule, un hells angel prêt à en découdre avec la terre entière, paniquant devant une souris ou les ciseaux d’un coiffeur mais regagnant de sa superbe une fois assis sur le trône : "Tout à l’heure, après s’être mise en place, Patrick a produit un long effort couronné de succès. Tout au long de l’opération il m’a regardé fixement, arborant cet air gauche et perplexe qu’adoptent souvent les chiens surpris dans l’accomplissement de leurs œuvres" Pas mal, non, pour décrire quelqu’un qui fait caca ? L’écriture de Jean-Paul Dubois est comme ça : à la fois si précise et imaginative que tout ce qui pourrait être trivial prend soudain une tournure magnifique.

Bon, lorsque l’auteur délaisse la prison pour faire un saut dans le passé, on se rebiffe un peu. Au moment où on s’acclimate à un personnage, hop, on doit se payer tout son arbre généalogique ! Mais voilà que Dubois nous captive à nouveau en faisant vivre sous nos yeux deux personnages merveilleux : les parents du héros, un pasteur danois qui "ne parle jamais autant de la foi que depuis qu’il l’a perdue. » Et une mère avant-gardiste, gérante d’une salle de cinéma art et essai en province qui fout en rogne son mari en décidant de programmer Gorge profonde, un film porno. De Toulouse à la ville de Québec, en passant par le Danemark, on ne quitte pas d’une semelle Paul Hansen, ce héros qui, malgré l’injustice subie, parvient à mettre de la poésie dans du glauque.  Dommage qu’à mi-parcours, après la disparition d’un des personnages, le roman devient plus narratif, moins "ressenti ", et on reste un peu froid devant le couple formé par Paul et Winona l’aviatrice. Mais il suffit de quelques retours en prison en compagnie de l’inénarrable Hells Angel pour que l’on reste en haleine jusqu’au bout. Et que l’on se réjouisse de la terrible dérouillée infligée par Paul à un adversaire bien méchant. Ce qui lui vaut, hélas pour lui, deux ans de prison. Et pour nous, lecteurs, quelques délicieux moments à l'ombre.

"Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon ", Editions de l’Olivier

Erick Grisel

Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu

* champs obligatoires