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Trois raisons d’adorer le livre choc de l’été par Sophie Rosemont

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Publié le Jeudi 2 Août 2018

Guerre, homosexualité, religion et quête de soi… des thèmes avec lesquels Chinelo Okparanta nous emporte dans la ronde de son premier roman, "Sous les branches de l'Udula", l’un des récits d’apprentissage les plus forts de la rentrée.

Elle vient en France en septembre, et son agenda est déjà rempli du matin au soir... Normal, tout le monde veut rencontrer ce nouveau phénomène de la littérature américaine. Après un recueil de nouvelles ultra prometteur, Le Bonheur comme l’eau (2015), où Chinelo Okparanta arborait déjà les questions de genre, d’origines et de classe sociale, de relations familiales et de religion, elle publie aujourd’hui son premier roman, Sous les branches de l’Udela. Une révélation ! Voici trois raisons de succomber à son charme sans plus attendre.

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Tout nous transporte dans ce roman.

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Parce ce qu’on y trouve un grand souffle romanesque 
Tout nous transporte dans ce roman. Le style, d’abord, très fluide, sans fioritures, parfois lancinant. Il se nourrit de toutes les influences littéraires de l’écrivaine, parmi lesquelles on trouve Kazuo Ishiguro, Saint-Exupéry, Chinua Achebe, Marguerite Duras, Rohinton Mistry, Maupassant… L’intrigue ensuite, qui ne nous lâche plus dès la première page. Au début, Sous les branches de l’Udala devait être une saga familiale, comme nous l’explique Chinelo Okparanta : "Le patriarche mourait, et toute la famille retournait à la maison pour l'enterrer. Mon but initial était de raconter les histoires individuelles de chacun afin d’offrir un portrait complet de toute la famille. Mais plus j'écrivais, plus l'histoire d'Ijeoma me sautait aux yeux. C'était l'histoire dont je me souciais le plus : une jeune fille qui tombe accidentellement amoureuse d'une autre femme pendant la guerre. "

Enfin, si le récit nous touche autant, c’est parce qu’il transpire la vérité et nous parle directement, même s’il nous fait voyager dans une autre époque et un autre continent. La fiction puise dans le vécu. "La mort du père d’Iejoma s’inspire de l’enfance de ma grand-mère, raconte l’auteure. Petite fille, elle a perdu son père durant la guerre du Nigeria-Biafra (1967-1970). Dépouillés de leurs biens, pour joindre les deux bouts, elle et ses frères et sœurs ont été envoyés comme domestiques dans des familles qui les maltraitaient souvent."

Si elle est Américaine d’adoption, Chinelo Okparanta se sent "très nigérienne" : "Une femme n'oublie pas l'endroit qui l'a créée, juste parce qu'elle n'y vit plus. Je mange du riz jollof, je parle la langue, je danse sur la musique de la chanteuse d’afropop Yemi Alade… Mon écriture coule toute seule quand je suis au Nigéria, comme si un robinet me transmettait toute la vie et l’énergie du pays. " Ce qui se ressent à la lecture de ses livres.

Parce qu’il parle aussi du fabuleux destin de Chinelo Okparanta 
Née au Nigéria en 1981, elle déménage à Boston à l’âge de 10 ans, quand son père a l’occasion de terminer ses études en Amérique. Les enfants aident les parents qui, pour vivre décemment, gagnent de l’argent supplémentaire en assurant le ménage des six étages de leur immeuble. Malgré les quolibets de ses camarades de classe et son manque de l’Afrique, Chinelo se réfugie dans ses devoirs et la littérature. A 11 ans, elle remporte un concours d’écriture et aujourd’hui, elle enseigne l’anglais et la création littéraire à l’université. Dans ses écrits, elle parcourt deux thèmes qui la questionnent elle-même depuis longtemps : la foi et la sexualité. "J’ai grandi dans une famille très religieuse, raconte-t-elle. Mes parents étaient des Témoins de Jéhovah, mon père l’est encore… Je me souviens d'avoir interrogé la Bible comme le fait Ijeoma, en lisant ses pages pour essayer de la comprendre. Pendant mes études en Iowa, il y a une dizaine d'années, sous la direction de la célèbre théologienne Marilynne Robinson, je lui ai posé toutes sortes de questions. Pourquoi Dieu a interdit aux lépreux d'approcher de son autel ? Pourquoi certaines choses sont considérées comme des abominations ? Elle m’a répondu que je devrais prendre la Bible avec un grain de sel, c'est-à-dire avec une conscience de ses différents contextes. Un conseil très sage ! " Ainsi, si des citations bibliques émaillent le roman, ses personnages en font finalement ce qu’ils veulent. Comme elle, qui, via sa jeune héroïne, relate ses propres états d’âme : "Ado puis jeune adulte, j’ai moi aussi lutté contre la notion populaire de l'amour romantique et hétérosexuel par nature. Ijeoma m'a aidé à élucider mes pensées sur le sujet. "

Parce que c’est un roman résolument féministe 
Hétérosexuelles ou pas, les personnages féminins du roman doivent lutter contre l’adversité, se faire une place dans la société et, surtout, éviter la colère comme la violence de l’homme. En cela, même si l’action se déroule en Afrique, le propos est universel, fédérateur. Il rappelle aussi le besoin de solidarité : "Je pense que le féminisme devrait signifier que les femmes soutiennent leurs semblables, déplore Chinelo Okparanta. Parfois, j'ai constaté que les femmes étaient si marginalisées qu'elles apprennent à se dresser les unes contre les autres. En ce sens, elles deviennent leurs propres pires ennemies ! "

En tout cas, si certains critiquent injustement ce qu’ils appellent "la mode" du féminisme, gênés par cette récente et embarrassante prise de parole, ce n’est pas le cas de l’écrivaine. "J’ai toujours été féministe, se souvient-elle. Enfant, je demandais à ma mère pourquoi mon frère devait choisir son plat avant moi. Ou pourquoi mon père se sert lui et pas elle ?" Par la suite, elle comprend toutes les nuances du combat : "J’ai une amie pour qui le féminisme signifie travailler dans une entreprise Fortune 500 et servir de soutien financier à sa famille. Mais pour une autre, le féminisme consiste à rester à la maison, cuisiner et prendre soin des enfants. C'est ce qu'elle a toujours voulu, toute sa vie. D’après moi, les femmes doivent bénéficier des mêmes opportunités que les hommes, et pouvoir choisir leur mode de vie. Ce qui veut dire toucher le même salaire !" Il y a quelques années, Chinelo a participé à une conférence au cours de laquelle elle a par hasard découvert qu’elle était moins payée que ses homologues masculins ! "La lutte continue", conclut-elle. Notamment grâce à des romans aussi forts que Sous les branches de l’Udela.

Chinelo Okaparanta, Sous les branches de l’Udela, Belfond. Traduit par Carine Chichereau. Parution le 23 août 2018.

Sophie Rosemont

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