Tina Turner, Alain-Fabien Delon: leur vie est un roman (croustillant) Tina Turner, Alain-Fabien Delon: leur vie est un roman (croustillant)

Livres

Tina Turner, Alain-Fabien Delon: leur vie est un roman (croustillant) par Sophie Rosemont

Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de visiteur Icône utilisée pour page visite

PLUS LUS

Icône de montre Icône utilisée pour voir le temps de lecture de ce contenu

Temps de lecture

3 minutes

Publié le Lundi 4 Mars 2019

Quand la grande Tina Turner raconte sa vie sans fards, le jeune Alain-Fabien Delon évoque la sienne sous couvert fictionnel dans "De la race des seigneurs". L’une est une reine, l’autre wannabe prince. Leurs points communs ? Exorciser leurs traumas grâce à l’écriture.

Le pitch
Tina
: Née en 1939 dans le Tennessee, non désirée par sa mère, Anna Mae Bullock doit apprendre à se débrouiller seule avec sa petite sœur Alline. Noire dans une Amérique ségrégationniste, femme dans une société régie par le patriarcat, aucun cadeau ne lui est fait. Sauf qu’elle est une chanteuse surdouée. Sa rencontre avec Ike Turner change sa vie: il la rend célèbre, mais aussi si malheureuse qu’il lui faudra des années et beaucoup de courage pour fuir avant de reconstruire sa carrière en solo. Aujourd’hui, elle vit des jours paisibles aux côtés de son mari Erwin… Mais vient d’affronter la douleur provoquée par le suicide de son fils aîné, Craig. Tina Turner est plus qu’une combattante, c’est une survivante.

Alain-Fabien: Alex Duval a 18 ans, et se lance dans le cinéma. Sauf que son père est un immense acteur, qu’il porte les mêmes prénom et nom que lui, qu’il lui en veut à mort pour l’enfance hautement dysfonctionnelle qu’il lui a fait subir et qu’il veut s’en sortir tout seul comme un grand. Sauf qu’il ne sait pas comment faire, d’autant qu’il doit lutter contre une sérieuse addiction à la drogue et une impulsivité souvent agressive… Récit d’apprentissage, De la race des seigneurs raconte la rédemption d’un sale gosse au cœur finalement tendre. Dans lequel on reconnaît son auteur Alain-Fabien Delon, 24 ans.

Degré de véracité
Tina
: 100% "J’ai fini par croire que je suis sur Terre pour une bonne raison. Peut-être pour vous raconter mon histoire", écrit-elle dans le prologue. Tout est vrai dans l’autobiographie de Tina Turner. Elle livre ici sans complexes – le décès d’Ike, en 2007, l’ayant sans doute libérée d’un certain poids. On soupçonne cependant que, ses enfants étant toujours vivants, elle relativise certains événements de sa vie. Car, en dépit d’une vie plus sereine depuis son premier divorce, la vie n’a pas été un long fleuve tranquille…

Alain-Fabien : 50% (au moins) Rien n’est censé être vrai dans le roman d’Alain-Fabien Delon, qui ne peut cependant pas renier les fortes similitudes avec sa propre vie. Partager les mêmes initiales d’un père aussi célèbre que le sien donne un point de départ à ce livre qui doit son titre, De la race des seigneurs, à une expression utilisée par… Alain Delon ! "Mon père est le plus grand acteur que je connaisse. Personne ne m’ôtera jamais cette fierté", dit Alex Duval dans le roman. On peut donc imaginer que la réalité a généreusement nourri la fiction.

Passages chocs
Tina
: "Dans ma poche, il y avait trente-six cents et une carte de crédit Mobil qui ne permettait d’acheter que de l’essence. J’avais le visage tuméfié, les vêtements souillés en ensanglantés… et j’étais noire. A Dallas." Ici, Tina Turner raconte la nuit où elle a réussi à s’enfuir, en pleine tournée. A l’époque, elle n’avait pas avoué ce qu’elle avait du traverser avec Ike. Après sa première autobiographie, en 1986, c’était le biopic qui lui était consacré en 1993 qui avait révélé l’inimaginable cruauté d’Ike.

Alain-Fabien: "Je suis allé dans l’apprenti, où se trouvent les machines à laver et le congélateur couleur métal. J’ai pensé : vodka fraîche. J’ai du tirer fort pour l’ouvrir. C’est là que je l’ai vu. Gaston. Le chat de Papa. Il l’avait congelé." Si Alain-Fabien Delon qu’il ne faut pas y voir une autobiographie déguisée, et on le croit volontiers dans De la race des seigneurs, il a néanmoins reconnu que ce passage était tellement incroyable qu’il ne l’aurait jamais inventé. On espère juste qu’Alain Delon n’est pas aussi violent ni aussi raciste que le père du livre…

L’aspect thérapeutique
Tina :
 "On peut changer le poison en remède. Le bon est sorti du mauvais, la joie de la souffrance, et je n’ai jamais été aussi heureuse qu’à présent". Même si la mort de Craig l’a dévastée, Tina lève la tête, pour la centième fois, et la garde haute. Se raconter lui a permis de savourer ses victoires sur l’adversité.

Alain-Fabien: "Rien n’est plus beau que l’aube qui se lève sur Paris", affirme, peu avant le dénouement, le personnage du psy qui recueille les confessions d’Alex. Et en effet, on sent l’auteur apaisé : son livre, pour lui aussi, a été une thérapie.

Tina Turner, Autobiographie, Harper Collins.
Alain-Fabien Delon, De la race des Seigneurs, Stock.

Sophie Rosemont

Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu

* champs obligatoires