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Roxane Gay, la "mauvaise féministe" qu’on aime bien

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Après son succès dans les librairies américaines, la traduction d’un des livres les plus pertinents en termes de féminisme arrive enfin en France. Glamour vous explique pourquoi Roxane Gay va devenir votre nouvelle BFF.

En 2014, le magazine Time estimait que l’année était celle de Roxane Gay. A juste titre : rassemblant nombre de ses chroniques originellement publiées dans les journaux Rumpus, Los Angeles Review, BuzzFeed ou encore Frequencies, Bad Feminist montre un autre visage du girl power. Celui d’une femme indépendante, bisexuelle, touche-à-tout, imparfaite et fière de l’être, qui n’a pas sa langue dans sa poche et déteste être enfermée dans une catégorie. Petit listing de tout ce qu’on aime chez Roxane Gay.

Son féminisme dénué de tout jugement

"La définition du féminisme que je préfère est celle qu’a proposé Su, une Australienne (…), qui a dit que les féministes sont simplement des femmes qui ne veulent pas qu’on les traite comme de la merde. Cette définition est succincte et sans équivoque, mais j’ai du mal quand je cherche à la développer ". C’est ça, le style Roxane Gay : cash, assez drôle, mais toujours sérieux. Même si rien n’est anodin, la légèreté ne fait jamais de mal. Ainsi, elle assume écouter à fond du rap aux paroles misogynes, s’en vouloir (un peu), adorer la couleur rose  après avoir longtemps affirmé qu'elle préférait le noir, aimer les robes et n’avoir aucune envie de changer le pneu d’une voiture. En cela, elle nous prouve qu’il n’y a pas qu’une seule possibilité d’être féministe, et que le cliché de la pasionaria castratrice n’est plus d’actualité. Et, si Roxane Gay dénonce volontiers le manque de sororité dans les rapports féminins et le conservatisme poisseux autour des notions de genre, elle défend également l’amitié féminine : "Oubliez le mythe culturel selon lequel toute amitié entre femme est nécessairement vache, malsaine ou concurrentielle. Ce mythe est comme les talons aiguilles et les sacs à main : mignon, mais conçu pour RALENTIR les femmes ". Amen !

Sa franchise déconcertante

Dans Ce dont nous avons faim, qui débute sur son appréciation de la série littéraire (puis des films) Hunger Games, elle révèle le cinglant traumatisme qui a changé sa vie du tout au tout : quand le jeune garçon dont elle était amoureuse l'a piégée dans les bois avec ses copains, lui faisant subir un viol collectif. Si Roxane Gay est aux aguets quand il s’agit de ce qu’elle appelle "le langage désinvolte de la violence sexuelle", refusant qu’on prenne à la légère les agressions où certains réussissent à faire passer les victimes pour des coupables (et inversement), elle nous livre son expérience avec une simplicité poignante. Aucun pathos dans ce récit pourtant tragique, qui lui vaudra de grossir plus que de raison, pour faire de son corps "une forteresse", quitte à ce que ses parents l’envoient dans une colonie "pour gros", ce qu’elle raconte dans En quête de catharsis –  non sans humour : "C’est délicieux, les frites, et en plus je suis fainéante de nature, ce qui n’aide pas". On attend d’ailleurs avec impatience la traduction française de Hunger, son essai sur le (sur)poids qui balaye encore un bon nombre d'idées reçues. 

Son analyse percutante d'une pop culture trop blanche

Alors qu'une série comme Girls est devenue l'apanage des gens de bon goût en termes de séries TV, Roxane Gay, elle, met les pieds dans le plat : "les femmes de couleur dépriment facilement quand elles regardent une série comme Girls, dont elles sont exclues".  Ses origines haïtiennes et son éducation au sein d’un environnement plutôt blanc et méprisant lui ont donné une petite idée de ce qu’était la minorité non visible… Or, ce n'est pas pour ça qu'elle va chanter systématiquement les louanges de films étiquetés black empowerment : en témoigne sa chronique de 12 years A Slave, qui, selon elle, entre autres défauts, utilise "la souffrance d'une femme pour faire avancer la narration de l'histoire d'un homme". Voilà l’une des grandes qualités de Roxane Gay : réussir, malgré une subjectivité notoire et un style qui n’appartient qu’à elle, à faire la part des choses. Ce n’est pas parce qu’il y aura un personnage de couleur noir, homosexuel ou de sexe féminin qu’il faut se réjouir. Mais il ne faut pas non plus bouder son plaisir… Ainsi, on lui sait gré de ne pas suivre aveuglement les recommandations de la majorité... ou d'une minorité intellectuelle bien pensante. Brillante chercheuse, professeure accomplie, journaliste de haut vol et fondatrice d’un collectif littéraire, Roxane Gay n’a rien à prouver et c’est pour cette raison qu’elle porte une attention toute particulière à la culture de l’entertainment. Mieux encore, elle nous donne toutes les bonnes raisons d'aimer Hunger Games, Skinny ou, surtout, Beverly Hills 90210… Merci Roxane!

Roxane Gay, Bad Feminist, Denoël

Sophie Rosemont

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