Pourquoi il faut lire "Le Ciel sous nos pas" de Leïla Bahsaïn Pourquoi il faut lire "Le Ciel sous nos pas" de Leïla Bahsaïn

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Pourquoi il faut lire "Le Ciel sous nos pas" de Leïla Bahsaïn par Sophie Rosemont

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Publié le Mercredi 13 Mars 2019

Avec un premier roman effronté, cette écrivaine franco-marocaine livre un beau récit d’émancipation à la plume agile.

"C’est sur une place qui porte le nom d’une femme souveraine et pirate, la Dame libre (Sayyidâ al-Hurra) que nous habitons, Tifa, mère officielle et moi." C’est au Maroc qui que commencent les aventures de la narratrice, adolescente rebelle et insoumise aux diktats du patriarcat… qui la mèneront jusque dans une cité de banlieue parisienne, rejoindre une sœur devenue intégriste.

À la plume de ce premier roman à la fois abrupt et poétique, romantique et militant, Leïla Bahsaïn, 35 ans. Née au Maroc, installée en France depuis une dizaine d’années, elle a déjà été remarquée pour ses nouvelles, dès 2011. Le Ciel sous nos pas confirme aujourd’hui son talent… Et son engagement. D’abord en terres littéraires : "Je pensais avoir simplement raconté une histoire et accompli un travail sur la langue car c’est cela d’abord être une écrivaine, explique Leïla Bahsaïn. Je me rends compte que la dimension féministe de ce roman est indéniable. Je ne l’ai cependant pas écrit dans l’objectif d’exprimer des revendications. Je narre avant tout l’histoire d’une jeune fille de notre époque, issue de la "génération de la mondialisation", un parcours de vie individuel et singulier mais porteur d’aspects universels. Quand le contexte de ce vécu est ancré dans une réalité où les femmes subissent des injustices, le triste constat jaillit et apparaît tout de suite et aisément au grand jour. "

Refusant d’être une victime, "flamboyante et non larmoyante" comme le dit Leïla Bahsaïn, la jeune héroïne nous fait tour à tour rire et pleurer. Malgré les coups durs et une précarité prégnante, elle ne baisse jamais la tête. Son objectif premier ? Etre libre, ni modèle à suivre, ni soumise au bon vouloir masculin dont elle se joue avec une fraîcheur appréciable. Elle boit de l’alcool sous son voile, s’offre un dépucelage avec un prof, ne s’encombre que de peu d’objets, voit loin. Elle lit et étudie – ce qui est crucial aux yeux de Leïla Bahsaïn, qui a co-fondé l’association Zitoun en 2009, dans un village marocain du Haut-Atlas où vivaient jadis ses grands-parents : "La majorité des femmes y étaient analphabètes, souffraient souvent d’exclusion économique et sociale. Nous avons commencé par des cours d’alphabétisation la première année. Le nombre de bénéficiaires a ensuite augmenté de manière exponentielle et notre territoire d’action s’est étendu géographiquement. Cette année, ce sont 330 femmes et 30 hommes que nous alphabétisons." Zitoun propose aussi des aides à la scolarisation et à la professionnalisation des jeunes. C’est nourrie de ses expériences au Maroc comme en France que Leïla Bahsaïn a construit Le Ciel sous nos pas, dont le style dynamique reflète le mode de vie de son auteure.

Quand on lui demande à l’écrivaine si son héroïne s’inspire d’elle (ce qui nous semble évident), Leïla Bahsaïn ne nous contredit pas tout à fait : "Si l’on s’en tient au point de vue objectif de "l’état civil", ma vie est différente de celle du personnage de fiction que j’ai créé (j’ai un père et j’ai un frère...). En revanche, je crois lui avoir insufflé une part de mon esprit, de mon âme aussi, de ce point de vue-là, elle serait mon alter ego. Nous avons en commun un goût immodéré pour la justice et la liberté, ainsi que la capacité à s’émerveiller. Le sens de l’amitié et un amour des livres et de la littérature qui relève de la sacralisation aussi." Pour Leïla Bahsaïn qui, enfant, se relevait la nuit "pour écrire des petits poèmes", l’écriture est en elle-même un manifeste, qui montre et démontre le charisme des femmes puissantes – l’enjeu vital du Ciel sous nos pas, dont le titre nous rappelle que tout est possible en dépit d’un monde qui a bien du mal à se défaire de ses pulsions sexistes.

Leïla Bahsaïn, Le ciel sous nos pas Albin Michel.

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