"Les testaments" : la suite de "La Servante écarlate" est une totale réussite "Les testaments" : la suite de "La Servante écarlate" est une totale réussite

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"Les testaments" de Margaret Atwood : la suite de "La Servante écarlate" est une totale réussite par Sophie Rosemont

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Publié le Vendredi 8 Novembre 2019

En offrant une suite mémorable à "La Servante écarlate", son roman devenu culte grâce à la récente série éponyme , Margaret Atwood reprend son flambeau féministe. Et gagne la partie !

On vous prévient, plus trace ici de l’héroïne principale de La Servante écarlate, June alias Defred. Ou presque. Trente-cinq ans après la parution du premier volet de ses sinistres aventures au sein du royaume misogyne de Galaad, et deux ans après la diffusion du premier épisode de The Handmaid’s Tale sur Hulu et OCS, la suite nous parvient enfin. Pourtant, Margaret Atwood s’y était longtemps refusée, n’étant pas sûre de vouloir faire revivre ses personnages et la pseudo-république de Galaad, où les femmes deviennent des esclaves sexuelles illettrées et sans aucune autonomie.

Quand le réel inspire la fiction… ou le contraire ?
Mais le succès de la série comme la politique contemporaine ont finalement inspiré l’écrivaine canadienne, connue pour ses prises de positions féministes… "Les citoyens de nombreux pays, y compris ceux des États-Unis, subissent aujourd’hui des tensions bien plus fortes qu’il y a trois décennies », écrit Margaret Atwood dans sa postface, avant d’évoquer la chute de Galaad, qui s’avère le principal propos des Testaments : "Il arrive que les totalitarismes s’effondrent, minés de l’intérieur, parce qu’ils n’ont pas réussi à tenir les promesses qui les avaient portés au pouvoir ; il se peut aussi qu’ils subissent des attaques venues de l’extérieur ; ou les deux." On ne vous dira pas quelle méthode a eu raison de la violence machiste de Galaad qui, depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, semble étrangement familier aux Américains… mais pas que. C’est aux quatre coins de la planète que les femmes sont ignorées, brimées, agressées, persécutées, assassinées. À 80 ans et dotée d’une longue carrière d’observatrice des mœurs actuelles, Atwood le sait parfaitement. Elle sait aussi que malgré tout, la condition de la femme a évolué, forte d’engagements et de solidarité exemplaires.

Trois destins de femmes
En témoigne Les Testaments, via trois personnages féminins à forte personnalité, trois voix qui résonnent encore après la lecture du roman. On y rencontre les deux jeunes filles rebelles. D’une part, Agnès Jemima, qui a grandi à Galaad et veut échapper au mariage forcé qui l’attend. D’autre part, Daisy, ado canadienne qui rêve d’émancipation. Face à elles, la glaçante Tante Lydia (qu’on connaissait, de loin, depuis La Servante Ecarlate, et incarnée par Ann Dowd dans la série), l’une des plus grandes figures politiques et morales de Galaad. Leurs chemins respectifs sont voués à se croiser, et davantage encore. Les prises de paroles varient, les tons et les points de vue tout autant, le suspense et l’anxiété ne cessent de croître… Sans oublier l’humour, souvent mordant et toujours présent chez l’écrivaine canadienne. Car, au bout du tunnel, le plus sombre et interminable soit-il, demeure une lueur d’espoir. Récompensé par le Booker Prize, Les Testaments confirme non seulement le souffle romanesque si singulier de Margaret Atwood, dont le réalisme peut faire froid dans le dos, mais aussi sa capacité à nous redonner confiance. Ce dont on a tou.te.s besoin, non ?
Margaret Atwood, Les Testaments, traduction de Michèle Albar

Sophie Rosemont

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