Le livre de la semaine : "La vie qu'on voulait" de Pierre Ducrozet Le livre de la semaine : "La vie qu'on voulait" de Pierre Ducrozet

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Le livre de la semaine : "La vie qu'on voulait" de Pierre Ducrozet

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Publié le Jeudi 27 Juin 2013

Au sortir d'une jeunesse bercée par la Beat Generation et des idéaux plein de poésie, la désillusion qui frappe un groupe de cinq amis, à l'aube de la trentaine, est amère. Ensemble, ils partent alors retrouver cette jeunesse qui s'étiole.

Jeunesse bourgeoise-arty et idéaux façonnés par la poésie de Lautréamont et les fugues beat de Kerouac, Théo, Éva, Lou, Manel et Quentin sont des enfants de la crise, nés à l’aube des 80's. La vingtaine en 2000 et l’Europe en terrain de jeu, pendant 10 ans, ce club des cinq gentiment trash s’est étourdi de nuit, de vie et d’envie. Une décennie plus tard, les cendriers sont pleins, les bouteilles vides et les rêves écornés. La trentaine s’annonce désenchantée et amère, comme une mauvaise gueule de bois. Alors qu’on retrouve Manel évanoui sur les bords de Seine, la chemise ensanglantée et la mémoire qui flanche, le petit groupe se réunit et se lance sur les routes d’Europe à la poursuite de sa jeunesse qui s’enfuie et de ses illusions qui flétrissent.

Trois ans après son remarqué Requiem pour Lola rouge (Grasset, 2010), Pierre Ducrozet revient avec un "road novel" polyphonique et cadencé où la mélancolie que l’on sent poindre entre les lignes n’enlève rien au charme qui s’en dégage. D’une plume poétique et imagée, le jeune Lyonnais explore ici la tristesse contemporaine d’une jeunesse européenne qui peine à mûrir. A travers sa galerie de héros désœuvrés, on observe et découvre la dualité de cette génération de trentenaires coincés entre une fougueuse envie s’élever et le manque tragique de perspectives. Inspiré, juste et enjôleur, Pierre Ducrozet signe un roman un brin désabusé mais résolument séduisant.

Extrait choisi :
"Tu n’existes plus. D’ailleurs, tu n’existes pas, ta présence, ici, sur un lit d’hôpital, ne prouve rien. Je t’ai peut-être aimé, mais rien n’est moins sûr. Ta vie sent la tombe Manel, tu crois grandir, tu ne fais que pourrir. Tu m’entends, ducon ? Oui, c’est ça, regarde le ciel. Il ne te reste que ça. Le jeunesse n’est pas morte, Manel, elle n’a jamais existé, tu cours après un train fantôme, regarde les horaires : il ne passe plus par cette gare."

La vie qu’on voulait, de Pierre Ducrozet, Grasset, 245 p., 19,90 €.

Léonard Billot

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