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"Port Authority" + "Jolis Jolis monstres" : le voguing est en vogue par Sophie Rosemont

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Publié le Vendredi 13 Septembre 2019

Plongeant dans l’histoire des drags et du voguing, un film, "Port Authority" de Danielle Lessobitz et un livre, "Jolis jolis monstres" de Julien Dufresne-Lamy nous rappellent ce qu’est la liberté – contre vents et marées.

Dans Blue, l’un de ses plus beaux disques, Joni Mitchell chante "I wish I had a river so long, I would teach my feet to fly / Oh, I wish I had a river I could skate away on / I made my baby cry. " Les paroles de ce morceau, "River", se retrouvent dans Jolis Jolis Monstres., l’histoire d’une quête de liberté partagée par plusieurs personnages.

Le roman s’ouvre de nos jours, dans un bar new-yorkais où James, quasi sexagénaire, commande un whisky. Derrière le bar, Victor, un jeune latino fraîchement débarqué dans la métropole. Tous deux vont se raconter leur parcours, à la fois dissemblables et très proches. Dans sa jeunesse, James a été Lady Prudence, merveilleuse créature à plumes et à paillettes. Une drag queen de haute volée, une reine du voguing qui a brillé dans le New York des années 70 et 80. Festif, dangereux mais audacieux… puis dévasté par le SIDA. Victor, lui, est hétéro. Il a fait partie d’un gang à Los Angeles avant de comprendre que son salut se trouvait dans la scène queer.

Hommage au voguing
De Venus Xtravaganza à Madonna, d’Octavia St. Laurent à Junior Labeija, de Michael Alig à Keith Haring... Croisant lieux et époque, Jolis Jolis Monstres s’appuie sur des faits réels sans perdre son intérêt romanesque. Un subtil mélange qu’explique son auteur, Julien Dufresne-Lamy : "Mon livre raconte la trajectoire de deux personnages fictifs, Lady Prudence et Victor. Ils sont ma porte d’entrée sur un univers vrai. C’était important de rester dans l’invention, même quand le texte joue avec le réel. En me documentant sur le milieu drag, je me suis plongé dans des histoires folles, des drames, des êtres aussi électrisants que fascinants, comme Venus Xtravaganza ou sa mère, Angie. Leur vie s’est imposée à moi. Il fallait qu’elles appartiennent au livre, comme un hommage à toutes ces légendes. " Un hommage souvent bouleversant, mais sans pathos, né avant tout de la passion de Dufresne-Lamy pour le milieu du voguing, cette danse affolante née dans les bas-fonds de New York dans les années 70, composée de "Maisons" (des mini troupes) accueillantes, immortalisées par le documentaire Paris is Burning, réalisé par Jenny Livingstone. Lequel est évoqué dans Jolis Jolis Monstres, pour rappeler que les stars du film n’ont pas vraiment récolté les lauriers d’une telle mise en lumière… "Mon intérêt pour le voguing s’est fait à travers le prisme des drags queens, commente-t-il. Parce que ce sont deux mondes clandestins liés. Quand j’ai débuté l’écriture du roman, j’ai découvert ces compétitions où des Maisons noires et latinos s’affrontaient en défilant et qui existent encore de nos jours. A l’époque, deux hommes régnaient sur les planchers usés des entrepôts : Hector Xtravaganza et Willi Ninja. Ce sont eux qui m’ont guidé. Il faut assister à un bal pour voir à quel point c’est magique. C’est aussi beau qu’un ballet de Pina Bausch ou une pièce de Castellucci ! "

Danse de la fierté
Ce que l’on peut également constater dans le film Port Authority, de Danielle Lessovitz, où l’on suit un jeune mec paumé, à la limite de la délinquance, se faire une place dans une Maison voguing d’aujourd’hui. La beauté des tenues, la délicatesse des gestuelles et la ferveur que les danseurs placent en leur art touchent en plein cœur. Ainsi que leur vulnérabilité : le danger les guette à chaque coin de rue. Mais elles persistent à performer, en toute beauté. D’après Julien Dufresne-Lamy, "les drags ont tout du héros et de l’héroïne " : "En montant sur scène, elles disent leur cran, leur bravoure, elles divertissent bien sûr, mais montrent à tous que chacun.e peut incarner qui il.elle veut s’il.elle s’en donne les moyens. C’est une prise de parole politique qui, évidemment, les expose à des risques. Dans le livre, je parle de fêtes, de scènes mais aussi de cette oppression. Et cette violence, les drags ne cessent de vivre avec alors qu’elles sont de plus en plus nombreuses à exister. Quoi de plus romanesque que de dire au monde : je suis qui je suis, personne ne peut me changer ? " Peu de choses, en effet.

Jolis Jolis Monstres de Julien Dufresne-Lamy, Belfond.Port Authority, de Danielle Lessovitz, en salles le 25 septembre.

Sophie Rosemont

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