"Au Bonheur des dames": une BD pleine de finesse, de couleurs et de froufrous "Au Bonheur des dames": une BD pleine de finesse, de couleurs et de froufrous

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"Au Bonheur des dames": une BD pleine de finesse, de couleurs et de froufrous par Sophie Rosemont

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Publié le Vendredi 26 Juin 2020

Coup de cœur pour cette BD d'Agnès Maupré, adaptation du célèbre roman d’Émile Zola qui n’a jamais été aussi accessible.

Lorsque Denise arrive à Paris, elle a beau être mal coiffée et mal habillée, elle sait déjà qu’elle ne fera aucun compromis sur ses valeurs morales. Avec ses deux petits frères, elle se rend chez son oncle Baudu, qui lui avait promis un travail de vendeuse dans sa boutique de tissus Vieil Elbeuf. Or, il ne peut plus tenir sa promesse : à deux pas, Au Bonheur des Dames marche si bien qu’il fragilise ses ventes. Ce grand magasin fréquenté par toutes les bourgeoises (et moins bourgeoises) de Paris est tenu par Octave Mouret, coureur de jupons invétéré… Denise va devoir le convaincre de l’embaucher. Et de la garder.

Un roman toujours d’actualité
On connaissait (et on aimait déjà) Agnès Maupré pour son Journal d’Aurore (adapté du roman du même nom Marie Desplechin), Les Contes du chat perché (adapté de Marcel Aymé) ou encore Milady de Winter (inspiré du personnage d’Alexandre Dumas) Elle nous explique pourquoi elle a choisi Au Bonheur des Dames : "c’est une lecture de jeunesse qui m'a beaucoup marquée. J'ai été frappée par la lumière du personnage de Denise qui se fraie comme elle peut un chemin dans l'univers cynique des grands magasins. Au Bonheur des dames dépeint les premiers pas de la société de consommation, ce moment charnière où l'idée de ces magasins semblant des cornes d'abondances avaient quelque chose de presque poétique." Alors que la concurrence entre commerce de proximité et grandes enseignes souvent issues du e-commerce bat toujours son plein, en dépit des changements de mentalités (éphémères ?) dues à la récente pandémie, le propos d’Au Bonheur des dames s’avère contemporain. "C'est intéressant de s'y replonger de nos jours où le capitalisme et ses conséquences peuvent être taxés de beaucoup de choses mais pas de poésie", rajoute Agnès Maupré.

Ici, elle nous convainc de ses talents de conteuse comme d’illustratrice. Elle qui aurait pu se contenter du noir et blanc choisit finalement la couleur : "Le noir et blanc donnait plus une idée de machine impitoyable mais la couleur dépeignait mieux la gourmandise qui est à la base de l'appétit consumériste. Le grand magasin est un paradis de dentelles, une immense fleur carnivore qui dévore ses acheteuses. J'ai reformé avec Greg Elbaz le duo qui avait déjà très bien marché sur le Journal d'Aurore. Les couleurs devaient être vives, chatoyantes, refléter le miroitement des tissus et la dissymétrie du costume féminin, dessiné pour la séduction et du costume masculin, tout d'austérité et de rigueur." En effet, Zola a rarement semblé aussi pop, en dépit du fait que cette histoire se déroule dans le Paris de la révolution industrielle.

Une femme puissante 
Le point fort de cette BD ? Le personnage de Denise. À la fois vulnérable et puissante, elle sait imposer ses désirs, quitte à perdre son emploi ou à être profondément seule, et se bat pour la condition des employés d’Au Bonheur des dames. Ses combats ne sont pas sans rappeler ceux encore menés en 2020… "Denise croit en la liberté et en la dignité pour chacun, confirme Agnès Maupré. Elle est indépendante et préfère gagner sa liberté par son travail que soulevée par les bras d'un homme dans la hiérarchie de la société. En cela, elle est différente d'Octave qui a construit sa réussite sur son mariage puis sur les relations de sa maitresse, Henriette. Elle est féministe et, plus que ça, prête à s'élever contre tout type d'iniquité, au sein même d'un monde qui semble bâti pour l'iniquité !"  Figurant parmi les points d’orgue à la saga des Rougon-Macquart, Au Bonheur des dames est non seulement l’un des récits les plus romantiques de Zola mais aussi l’un des plus optimistes. Toujours bon à lire en ces temps perturbés !
Agnès Maupré, Au Bonheur des Dames, Casterman.

Sophie Rosemont

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