Bande dessinée :  pourquoi la série L’Arabe du futur, de Riad Sattouf, est un chef-d’œuvre Bande dessinée :  pourquoi la série L’Arabe du futur, de Riad Sattouf, est un chef-d’œuvre

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BD : pourquoi la série "L’Arabe du futur", de Riad Sattouf, est un chef-d’œuvre par Sophie Rosemont

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Publié le Mercredi 31 Octobre 2018

Traduit en 22 langues, 1,5 millions de vente, en tête des ventes dans les librairies françaises : la série autobiographique de Riad Sattouf est déjà culte et son quatrième volet est à couper le souffle.

C’est l’un des plus grands noms de la BD française contemporaine. Aujourd’hui, il s’élève un peu plus encore au dessus des autres – et pourtant, il y a de quoi faire en la matière dans l’hexagone ! La Bibliothèque Publique d’information du Centre Pompidou ne s’y est pas trompée et lui consacre, du 14 novembre au 11 mars, une exposition rétrospective où l’on plonge dans l’univers de Riad Sattouf via des planches, des croquis, des storyboards. A classer parmi les romans incontournables de la rentrée littéraire, L’Arabe du futur réussit l’exploit d’allier humour, drame, suspense et un certain romantisme. Le point d’orgue est sans doute ce quatrième épisode de près de 300 pages, qu’on ne lâche sous aucun prétexte jusqu’au dénouement. Par là, il exauce le vœu de Riad Sattouf : faire lire de la BD même à ceux qui n’aiment pas ça !

Dans la peau des ados
Cette reconnaissance, Riad Sattouf, 40 ans, l’a gagné au fil des années. Et sans s’éloigner des thèmes qui l’inspirent. Dès ses débuts, il a glissé des éléments autobiographiques dans pas mal de ses œuvres, la plupart ayant toujours tourné autour  du thème de l’adolescence. D’abord avec Le Manuel du Puceau (2003) et Retour au Collège (2005), portraits désopilants de personnages sous Biactol, La Vie secrète des jeunes, série originellement publiée chez Charlie Hebdo de 2005 à 2014, le film Les Beaux Gosses, qui a permis de révéler sur grand écran notre chouchou Vincent Lacoste et, bien sûr, les Cahiers d’Esther qui, depuis 2015, rapporte le journal intime d’une petite fille qu’il connaît bien, fille de ses amis, et qu’on voit grandir depuis le CM2.

En 2014, sortait le premier volet de L’Arabe du Futur, où l’on découvrait un petit Riad Sattouf élevé par un père syrien et une maman bretonne entre la Lybie, la France et la Syrie. Après bien des péripéties au sein du Moyen-Orient, le petit blond aux boucles angéliques devient châtain et, horreur, adolescent dans le quatrième volet qui se passe majoritairement en France, de 1987 à 1992, de ses 9 à ses 14 ans.

Au fil de l’ouvrage, on découvre, éberlués, l’ « étoile noire », comme il l’appelle, de la famille Sattouf. D’abord, on suit le changement de l’enfant en un jeune garçon dont on se moque à cause de son nom de famille et de sa voix efféminée. Ici, l’auteur révèle ce que chante Eddy de Pretto : la « virilité abusive » existe même dans les cours du collège.  Profondément perturbé par ses variations hormonales, admiratif de Tom Cruise comme de Cindy Crawford, doté d’un cœur d’artichaut et certain d’être le plus beau jusqu’à ce que l’acné se révèle, Riad est très attachant. Et rejoint le premier rang les autres personnages emblématiques du dessinateur.

Entre tragédie et comique
Il y a aussi une tragédie, un « coup d’Etat » familial pas loin, effarant, lié au père, qui devient de plus en plus radical, fan absolu de Saddam Hussein. Loin de l’ouverture d’esprit dont il faisait preuve lors du premier tome de L’Arabe du Futur… En tournant la dernière page, on comprend que c’est sans doute ce qui a motivé les confessions de Sattouf, plus de trois décennies plus tard après les faits. Régler ses comptes avec le passé sans tomber dans la nostalgie, et sonner néanmoins actuel. De quoi être touchés en plein cœur.

Dramatique, L’Arabe du futur ? Ce tome plus que les précédents, mais tout en restant empreint de l’humour et du sens de la dérision de son auteur, qui raconte tout, sans mentir – alors qu’il n’osait vraiment avouer qu’il s’agissait de lui au début… Côté dessins, on est à la hauteur de ce qu’on peut espérer de Sattouf. Traits affirmés, noir ultra expressif, couleurs rares et narratives. C’est à la fois du roman graphique, de la bande dessinée et bien plus que tout ça à la fois : une œuvre hybride qui réinvente le genre des mémoires tout en investissant le récit d’apprentissage. On pense aux Mots de Sartre (sur la genèse du dessinateur qu’est devenu Sattouf), à Ô vous frères humains d’Albert Cohen (sur le deuil de la naïveté de l’enfant) et côté, BD, Persepolis de Marjane Satrapi ou La Vie de Mizuki de Shigeru Mizuki… On attend avec impatience le cinquième et dernier volet, qui devrait clore ce retour aux sources de Riad Sattouf. À la fois exigeant et populaire, à offrir à son petit frère comme à sa grand-mère, et même aux allergiques à la BD, L’Arabe du futur possède l’étoffe des chefs d’œuvre.

Riad Sattouf, L’Arabe du Futur 4, éditions Allary.

Sophie Rosemont

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