À tous les idiots qui ne comprennent rien à Christine Angot À tous les idiots qui ne comprennent rien à Christine Angot

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À tous les idiots qui ne comprennent rien à Christine Angot par Erick Grisel

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Publié le Jeudi 11 Octobre 2018

Des chroniques dites "hilarantes" sur le dernier livre de Christine Angot ont fait récemment le bonheur des réseaux sociaux. Pourtant "Un tournant de la vie" est un récit d’une grande justesse sur les relations amoureuses.

Elle n’a pas de prénom mais les deux garçons qu’elle aime en ont un, eux. Il y a Alex, ingénieur du son au chômage, avec qui elle vit. Et il y a Vincent, musicien avec qui elle a vécu une histoire d’amour et qu’elle revoit par hasard après quelques années de séparation. "T’es pas seulement entre deux hommes, t’es entre deux amis" dit à l’héroïne son amie Claire ou Réjane, personnages féminins auxquelles l’auteure offre sciemment, dans son récit, un rôle secondaire de confidente faire-valoir, préférant se consacrer exclusivement à son triangle amoureux.  Alex ou Vincent : l’héroïne ne sait lequel aimer ou détester le plus. Pour nous, lecteur, le choix est vite fait : on comprend Alex bien plus que l’héroïne elle-même semble parfois le comprendre.

Dans sa quête du vrai, Christine Angot tape toujours juste, ciselant des dialogues dont elle seule semble avoir le secret, et qui sont pourtant les dialogues de tout le monde, des échanges universels. "Pourquoi tu me parles sur ce ton, on dirait que je t’agresse ?" " - Je te parle sur aucun ton " – Si, tu me parles sur un ton et c’est désagréable."  Indigents, banals, ces dialogues, diraient les détracteurs de Christine Angot. On donnerait pourtant notre main à couper que dans l’intimité des couples les plus intelligents du monde (Sartre et Beauvoir ? Les Badinter ?) de tels mots ont été prononcés.

Elle en impose, Angot, en osant commencer un paragraphe par "Ils sont rentrés. Alex est allé aux toilettes". Dans les films ou dans les livres personne ne va jamais aux toilettes. Mais cette petite indication n’est pas gratuite, fortuite, elle esquisse un plan, un parcours. De qui l’héroïne se souciera-t-elle en premier ?  Qui sera l’intrus ? Avant que ne survienne le climax émotionnel, quand l’héroïne pleure, impuissante devant ces liens masculins très forts : "Vous parlez. Vous vous marrez. Je comprends rien à ce que vous dites. Je suis exclue. C’est comme si j’étais ravalée à une condition inférieure. Féminine."  On s’interroge alors, un homme pourrait-il ressentir une telle impuissance devant une amitié féminine ?

On aime que l’auteure ne verse jamais dans l’essentialisme. Si l’on apprend au détour d’une page que les deux hommes sont noirs, que l’un a 48 ans, qu’ils ont des problèmes d’argent, les relations décrites ne sont jamais renvoyées à ça : aux origines, à l’âge, au sexe. Ces personnages pourraient être trois filles, trois trentenaires, trois asiatiques, peu importe. Mais le plus intéressant, c’est que Le tournant de la vie raconte, d’abord par petites touches repérées en seconde lecture, une maladie qui s’installe, et qui n’est pas la maladie de l’amour. Après avoir tourné la dernière page, inutile de vous jeter ensuite (comme on l’a fait bêtement) sur les photos de Christine Angot avec les deux derniers hommes de sa vie. Les personnes dont on a vu le visage dans Google Image n’ont rien à voir avec les personnages qui ont vécu le temps de la lecture dans notre imagination.

Un tournant de la vie, Flammarion.

Erick Grisel

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