"Moi, ce que j’aime, c’est les monstres" : notre B.D. coup de cœur de la rentrée "Moi, ce que j’aime, c’est les monstres" : notre B.D. coup de cœur de la rentrée

Livres

"Moi, ce que j’aime, c’est les monstres" : notre B.D. coup de cœur de la rentrée par Sophie Rosemont

Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de visiteur Icône utilisée pour page visite

PLUS LUS

Icône de montre Icône utilisée pour voir le temps de lecture de ce contenu

Temps de lecture

4 minutes

Publié le Mercredi 29 Août 2018

Avec "Moi, ce que j’aime, c’est les monstres", dessiné au stylo bille, l’auteure et illustratrice américaine Emil Ferris accomplit un tour de force. En trois points, Glamour vous explique pourquoi il faut le lire. Et l’adopter !

Une genèse romanesque 
Emil Ferris élève seule sa fille tout en exerçant son métier d’illustratrice quand sa vie bascule. Le jour de la fête de ses 40 ans, elle est piquée par un moustique porteur d’un virus extrêmement virulent. Diagnostic : une méningo-encéphalite censée la condamner à la paralysie des membres inférieurs et, surtout, à celle de sa main droite. Celle avec laquelle elle dessine. Qu’à cela ne tienne, Emil en a vu d’autres. Petite, vivant dans les quartiers craignos de Chicago, elle était atteinte d’une scoliose qui lui a valu de fréquents séjours en hôpital… Elle décide donc de se battre contre la fatalité et scotche un stylo-bille à sa main. Quelques mois plus tard, elle s’inscrit au Chicago Art Institute. Débute l’écriture de Moi, ce que j’aime, c’est les monstres, une histoire qu’elle avait entête depuis longtemps et qu’elle s’autorise désormais à exprimer. 800 pages, divisée en deux volumes, qui lui prendront six ans de travail intense… et refusées par 48 éditeurs ! Pas très malins. Car, lorsque les éditions Fantagraphics publie le premier volume en février 2017, Emil Ferris est aussitôt sacrée nouvelle reine de la BD américaine. Couronnée de plusieurs Eisner Awards, elle est aujourd’hui traduite en Europe où l’attend le même succès. Amplement mérité.

Une intrigue d’une rare densité
Bienvenue dans le journal intime peuplé de monstres de Karen Reyes, 10 ans, qui vit à Chicago durant les années 60. Elle se voit comme un loup-garou, et est d’ailleurs représentée sous les traits de la méchante bête, qui la fascine. Elle habite avec sa mère et son grand frère Deeze dans un sous-sol d’immeuble un peu glauque. A l’école, elle est harcelée par ses petits camarades, se sent très amoureuse de sa meilleure copine Missy – que la mère de celle-ci lui interdira de voir après qu’elles aient visionné un film d’horreur ! Pendant ce temps-là, Deeze joue les voyous et les tombeurs... Pour tromper sa solitude, Karen dessine et elle s’imagine beaucoup d’histoires. Mais la noirceur de réalité la rattrape quand la voisine du dessus, Anka Silverberg, se suicide le jour de la Saint-Valentin. Karen décide de mener l’enquête et découvre une cassette audio, grâce à laquelle on plonge dans le passé tragique d’Anka, en Allemagne nazie. Digression après digression, Moi, ce que j’aime, c’est les monstres est un récit en tiroirs très maîtrisé, où l’on passe de l’Europe des années 40 à l’Amérique des sixties.

Un livre réellement monstre
Moi, ce que j’aime, c’est les monstres porte très bien son nom. S’il fait référence au personnage attachant de Karen, il est également impressionnant par sa forme. Dessiné au stylo bille, reproduisant les pages d’un cahier, avec ses trous à spirale. Les couleurs sont foisonnantes, éclatantes lorsqu’elles reprennent l’univers des comics que lit Karen, plus sombre lorsqu’il change d’époque ou de destinée, passant du stylo au feutre ou au crayon au papier, de pleines pages et des petites cases au gré des émotions des personnages… Fourmillant de citations des grands maîtres de la peinture ou de la pop culture, le livre se partage entre récit intime, réalisme, thriller et fantastique onirique, les deux étant aussi inquiétants l’un que l’autre. Le monde est cruel, le passé ne fait aucun cadeau et l’avenir s’annonce bien sombre. Et pourtant, le récit et les images d’Emil Ferris sont portés par une vitalité viscérale bouleversante. Si on a hâte de découvrir le second volume, on peut tromper son attente en relisant le premier, « la meilleure bande dessinée de l’année » selon Pénélope Bagieu – qu’on ne contredira pas. Aucun doute que l’on trouve au fil des pages des détails qui nous ont échappé...

Emil Ferris, Moi ce que j’aime, c’est les monstres, traduit par Jean-Charles Khalifa, Monsieur Toussaint Louverture.

Sophie Rosemont

Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu

* champs obligatoires

En poursuivant votre navigation, vous acceptez l’utilisation de cookies pour disposer de services fonctionnels et d’offres adaptés à vos centres d’intérêts, dans le respect de notre politique de confidentialité. Cliquez ici pour en savoir plus