Orelsan, Roméo Elvis, Bigflo & Oli… : les rappeurs mainstream dépassent-ils les bornes ? Orelsan, Roméo Elvis, Bigflo & Oli… : les rappeurs mainstream dépassent-ils les bornes ?

Musique 

Orelsan, Roméo Elvis, Bigflo & Oli… : les rappeurs mainstream dépassent-ils les bornes ? par Tess Annest

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Publié le Mercredi 6 Février 2019

Depuis le 5 février 2019, les rappeurs Big & Oli sont critiqués sur les réseaux sociaux pour des paroles sur les diabétiques jugées inappropriées. Avant eux, Orelsan et Roméo Elvis avaient déjà dû répondre de leurs actes... Ce qu'on ne demande jamais à des artistes dits "hardcore". Les rappeurs mainstream auraient-ils moins le droit de l'ouvrir ?

"Calmez-vous, bande d’animaux, on dirait des diabétiques devant des paquets d’Haribo". Voilà donc les paroles de la discorde. Le 5 février 2019, les rappeurs Bigflo & Oli se sont retrouvés sous le feu des critiques à cause de cet extrait de "C’est que du rap", un titre en featuring avec Soprano et Black M. Il a en effet heurté la sensibilité de certain.e.s internautes diabétiques, qui se sont senti.e.s attaqué.e.s. Sur Instagram, le compte coco_and_podie, qui milite sur les questions liées à cette maladie, en a appelé au bon sens des deux Toulousains, qui se sont excusés dans la foulée. Même polémique en février 2018 pour le Belge Roméo Elvis : après la diffusion d’un freestyle sur Planète Rap, il avait dû répondre à de nombreux Twitto.a.s, remontés contre son utilisation répétée des termes "PD" et "nég**" (la Toile ne manquant pas de souligner l’homophobie et le racisme de ses paroles). Une polémique qui n’est pas sans rappeler celle qui avait éclaboussé Orelsan en 2018. Suite aux propos misogynes et sexistes de sa chanson "Saint-Valentin", une pétition avait été lancée pour demander l’annulation pure et simple de ses nominations aux Victoires de la musique. Le titre lui avait même valu d’être jugé pour "provocation à la violence", avant sa relaxe au nom de la liberté d’expression. Ces rappeurs sont pourtant loin d’être les seuls à balancer ce genre de punchlines, Booba, Kaaris et autres Damso s'en donnant à cœur joie contre les femmes et les homosexuels... Sans que les réseaux sociaux ne pètent les plombs.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

▪️ALERTE IGNORANCE▪️ Cher @bigflo_real x @bigfloetoli Sache que je prends grand soin à choisir les visuels que je publie, mais laisser passer une insulte pareille envers ma communauté ? jamais. Premièrement, je t’aimais bien de base. Je trouvais ton groupe sympa, vous aviez l’air d’avoir des valeurs de respect et de simplicité. Mais, je suis tombée sur cette photo, fin plutôt la belle légende où tu nous compare donc à des animaux affamés devant du sucre. Ton métier est donc d’être rappeur n’est-ce pas ? tu as bien raté une belle occasion de manier les mots avec prudence. Ton ignorance a blessé, énervé et choqué une communauté de diabétiques de plus de 3,7 millions de personnes. Et encore, ceci n’est que le nombre de diabétiques en France, je te laisse imaginer la communauté internationale que tu as heurté. Je t’invite donc à te renseigner et de voir qu’il y a déjà deux types de diabètes, le type 1 et le type 2. Les types 1 n’ont rien demandés, leur corps s’est attaqué seul. Et oui, c’est une maladie dite « Auto-immune », je te conseille de checker la définition du coup. Enfait, nous essayons de vivre ou plutôt survivre. Nous nous battons au quotidien pour essayer de mener une vie normale. Et d’ailleurs, tu sais je pense que les diabétiques de type 2 aussi se passeraient de la comparaison à la race animale. « On est plus tard et je comprends pas » comment des mots aussi inconscients peuvent être utilisés. Tu n’as certainement pas réalisé la brutalité de tes mots car oui l’ignorance à bon dos, mais tu as cassé en une phrase des combats de toute une vie. Tu as surtout rappelé que nous étions, en plus d’être malade à vie, mal jugés, accusés et blâmé par la société qui nous pense coupable de notre condition alors que mon combat, NOTRE combat est justement de répandre le message inverse. Au lieu d’utiliser ton influence pour répandre des clichés et des fausses idées tu aurais pu l’utiliser pour aider. Et oui, 91 034 likes sur cette photo, 91 034 personnes qui tu as manqué d’éduquer. J’espère que notre message sera relayé et que tu y prêtera au moins attention pour te rendre compte de l’erreur de mots utilisés. Si tu prône le respect, il serait bien de le démontrer.

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L'explication de cette différence de traitement ? On ne peut pas prétendre faire du rap "pour tous", gagner cinq Victoires de la musique et espérer ne choquer personne dès lors que le registre se fait plus violent (surtout quand il s’agit de s’attaquer à des minorités). La faute à une distinction entre "vrai rap", un rap qui serait pur car issu de la rue, et rap "iencli", verlan de "clients" car commercial, lisse et propret. Mais néanmoins indispensable à la très bonne santé du style musical, aujourd'hui le plus écouté en France.

Là où le bât blesse aussi, c'est que le rap mainstream a la faveur du public et des médias : records de ventes, invitations sur les plateaux de télévision, titres diffusés en radio, distinctions en tous genres... Et cette attention médiatique est dangereuse, car elle peut vite se retourner contre les principaux intéressés quand ils changent soudainement de registre. Aujourd’hui, il semble donc que dans le milieu du rap français, il faille choisir son camp. Et savoir y rester, une grande partie du public n’acceptant pas les artistes qui jouent sur deux tableaux : attitude pop qui plait à la ménagère de moins de 50 ans (et à sa fille) le lundi, punchlines hardcore le mardi. Gare à ceux qui voudraient s’y risquer, le tribunal de l’illégitimité les attend au tournant.

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