Mes rendez-vous ratés avec France Gall

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Mes rendez-vous ratés avec France Gall

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Publié le Lundi 8 Janvier 2018

France Gall fut la plus discrète des chanteuses "yéyé". Obtenir une interview d’elle était une tache ardue. Danser à ses côtés, à peine moins compliqué… Notre responsable culture Erick Grisel raconte.

C’était juste avant que je fasse mon premier papier dans la presse. Comme je pratiquais la danse "modern jazz" de façon régulière, mais sans talent évident, un prof m’avait envoyé à une audition en me disant : "T‘inquiète, il faut juste un look et savoir un peu bouger. Pas besoin d’une grande technique." Et c’est comme ça que je me suis retrouvé sur le tournage d’un clip de France Gall dont je me garderai de vous donner ici le titre de peur que vous alliez direct sur Dailymotion vous moquer de ma chemise blanche à motifs imprimés et de ma coupe "nouveau romantique". La chorégraphie n’était pas bien compliquée : il suffisait de pencher la tête sur le côté en donnant des petits coups de coudes dans l’air et le chorégraphe, Hervé Lebeau, pour mon plus grand malheur, m’avait mis au premier rang des figurants danseurs parce que je n’étais pas bien grand. Et que c’était mieux par rapport à France qui n’était pas bien grande non plus. Si Michel Berger, le réalisateur du clip, était plutôt cool, du genre à venir me dire gentiment à l’oreille au bout de la énième prise "C’est super ce que tu fais, sauf que tu n’es pas dans les temps", la chanteuse, elle, semblait plutôt préoccupée. Mal à l’aise. Il faut bien avouer que la danse, ce n’était pas son fort, à France. Non, son grand talent, c’était de chanter. Avec un petit air profond et mélancolique. Aussi bien Les Sucettes de Gainsbourg, l’overdose d’une jeune droguée (l’incroyable Teenie Weenie Boppie), une chanson libidineuse avec l’acteur Maurice Biraud (La Petite) que, par la grâce de Michel Berger, les premiers émois amoureux d’une jeune femme (La première fois, la déclaration, la chanson de Maggie…).

Des années plus tard, j’ai tenté de rencontrer la chanteuse alors que je préparais un dossier sur les chanteuses "yéyé" pour l’hebdomadaire Marianne. Sheila, Sylvie Vartan et même Françoise Hardy, pourtant sur un lit d’hôpital, avaient accepté de me rencontrer. Mais pas France. "Elle a refusé de vous rencontrer ?" m’avait demandé, goguenarde, l’un des trois chanteuses citées plus haut. Ça ne m’étonne pas, c’est la moins sympa de nous quatre !" Pas sympa, France ? Ceux qui l’aiment et la connaissent diraient plutôt qu’elle était terriblement discrète et réservée. La faute à des débuts chaotiques. Jugez plutôt : elle n’a que 17 ans lorsque son producteur lui file une baffe parce qu’elle a dit à un journaliste qu’elle ne fera pas ce métier toute sa vie. ("Mais t’es folle, ce n’est pas ça qu’il faut dire!") Le journaliste Philippe Bouvard l’humilie en direct dans une émission de radio sur RTL et elle assiste à une colère homérique de Jean-Christophe Averty (producteur qu’elle apprend à apprécier par la suite) lors d’un tournage télé. Côté vie privée, Claude François la largue au téléphone parce qu’elle a gagné l’Eurovision et son fiancé suivant, Julien Clerc, la confine dans leur maison de l’Yonne de peur de déplaire à ses fans. Pire encore : lorsque le père manager de France dépose le bilan à la fin des années 60, elle se retrouve à la fête de la bière, à Munich, debout sur une table, à chanter des adaptations de tubes de Sheila en Allemand. Comment ne pas être méfiante et prudente après ça ? Heureusement, en 1973, il y a la rencontre avec Berger. Tous deux forment un couple à la fois complémentaire et égalitaire, "gender fluid" avant l’heure : lui hyper sensible, elle petit soldat. Leurs chansons, souvent moquées par l’intelligentsia parisienne, dessinent le portrait d’une jeunesse ballottée entre consumérisme et altruisme. Et puisque je n’ai pas de chute à la fois émouvante et digne pour ce papier, alors je veux bien vous le montrer ce clip – Papillon de nuit – qui m’a permis de partager quelques mouvements disgracieux avec France Gall. Mais c’est bien parce que c’est vous.

Erick Grisel

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