Lous and The Yakuza : de la difficulté d’être une femme noire Lous and The Yakuza : de la difficulté d’être une femme noire

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Musique : la chanteuse Lous and The Yakuza nous parle de la difficulté d’être une femme noire par Tess Annest

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Publié le Lundi 23 Mars 2020

Dans son troisième single, "Solo", dont le clip sort ce vendredi 20 mars 2020, la phénomène du moment, Lous and The Yakuza s’insurge. Contre le racisme d’abord, mais surtout contre les difficultés que rencontrent les femmes noires dans un monde encore Blancs-centré. Rencontre.

Du haut de ses 23 ans, Marie-Pierra Kakoma, alias Lous and The Yakuza, fait sensation. Véritable caméléon, elle oscille entre pop, trap et R’n’B avec élégance. Saluée aux quatre coins du monde, elle entend bien se faire une place dans "le game". Et elle est bien partie pour. Son premier single, "Dilemme", paru en septembre dernier, est déjà un carton : 10 millions d’écoutes en streaming et 3,8 millions de vues sur YouTube. À l’occasion de la sortie de son troisième clip, "Solo", nous avons discuté avec elle de la difficulté d’être une femme noire dans un monde qui ne "les prend même pas en compte dans l’équation".

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"Quand j’étais enfant, j’en avais rien à faire d’être une femme noire. J’étais très heureuse d’être qui j’étais. C’est en grandissant que j’ai pris conscience de l’ampleur du problème."

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Véritable force de la nature - elle a connu la misère, la rue et plusieurs agressions -, Lous and The Yakuza livre ici un hymne antiraciste et avoue avoir envie de faire bouger les lignes. "Quand j’étais enfant, j’en avais rien à faire d’être une femme noire. J’étais très heureuse d’être qui j’étais", déclare-t-elle. "C’est en grandissant que j’ai pris conscience de l’ampleur du problème. Et c’est à l’adolescence que je me suis rendue compte de l’impact du regard des autres sur nous, les femmes noir.e.s". "On dit souvent que l’échelle du monde se divise en quatre parties : l’homme blanc, la femme blanche, l’homme noir et la femme noire. Et moi comme je suis très noire, je suis vraiment tout en bas de l’échelle. C’est une vérité et ça s’appelle le colorisme", explique-t-elle. Et c’est tout ce que dénonce ce tout nouveau titre, extrait de Gore, son premier album qui devrait sortir le 5 juin 2020. 

Réalisé par El Guincho, le producteur de Rosalia, ce clip entend porter le changement. "Pourquoi le noir n’est-il pas une couleur de l’arc-en-ciel ?", scande à plusieurs reprises Lous and The Yakuza. "Cette phrase fait écho à celle que je chante dans Dilemme, ‘Ma peau n’est pas noire, elle est couleur ébène’. C’est une question que je me suis réellement posée. Blanc et noir ont beau être des termes génériques, le premier fait toujours référence à la pureté et au bien-être tandis que le second dépeint la violence, le mal et tout ce qu’on ne voit pas". "Le problème c'est que nous sommes défini.e.s par un terme péjoratif. Et ce n’est pas nous aider", continue la chanteuse. "Je me demande souvent pourquoi nous, les Noir.e.s, on ne fait pas partie de l’équation naturelle ? Et les femmes noires, n’en parlons pas. Nous ne sommes même pas représentées et il est grand temps que ça change", termine-t-elle. Et ne lui parlez pas d’Aya Nakamura comme d’une représentante. "Bien sûr, elle fait un travail formidable mais elle ne constitue en rien un panel qui permet aux jeunes de s’identifier. Ça doit être très difficile de porter une telle responsabilité seule", s’insurge la chanteuse qui se veut tout de même optimiste. "La nouvelle génération donne envie de se battre parce qu’elle ne voit pas les couleurs. Et ça fait du bien".

©Laura Marie Cieplik

Gore, le premier album de Lous and The Yakuza, prend donc des allures de manifeste. Prostitution, viol, racisme… Les thématiques sont violentes. À l’image de sa vie. "Elle a été tellement horrible que ça en devient drôle. Un peu comme le cinéma gore finalement. Je me dis d’ailleurs souvent qu’il vaut mieux en rire qu’en pleurer", confesse-t-elle sans détour. "Mais la conclusion dans tout ça, c’est ce que les gens voient quand ils me regardent. Ils se disent ‘tu peux vivre toutes ces atrocités et être comme elle : épanouie’". Cet album en guise de contre-pied donc. Quand on vous disait que Lous and The Yakuza était une force de la nature. 

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