Le concert de Mylène Farmer : un peu mou, mais ça vaut le coup ! Le concert de Mylène Farmer : un peu mou, mais ça vaut le coup !

Musique 

Le concert de Mylène Farmer : un peu mou, mais ça vaut le coup ! par Erick Grisel

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Publié le Lundi 17 Juin 2019

Malgré un déferlement d’effets spéciaux et des décors à la Blade Runner et Batman, le méga show de Mylène Farmer s’apparente plutôt, question rythme, à une promenade bucolique avec panier de pique-nique. Tralala la la. Le contraste est saisissant, mais au final, on est content.

Mylène Farmer, c’est un peu notre Madonna à nous. L’énergie en moins, la gentillesse en plus. Impossible de mettre en doute sa sincérité quand elle dit, transie d’amour, à son public : "Vous avez transformé ma vie !" ou "Si vous saviez, vu d’ici, c’est d’une beauté !". Vu d’ici ? Une scène amovible, suspendue dans les airs par quatre filins, sur laquelle elle chante Génération désenchantée. Ou alors cet ascenseur-vaisseau qui la fait descendre du ciel, telle une mère Noël, au tout début du spectacle.  "Mais elle n’est même pas accrochée ! " s’inquiète à ce moment précis un garçon à côté de nous, se remémorant sans doute la fois où Mylène Farmer s’est cassé le poignet à la fin d'un concert à Lyon. "Mais si ! Les assurances n’auraient jamais accepté, sinon !" le rassure son boyfriend. Ils sont 27 000, comme eux, dans la salle de Paris La Défense Arena, ce soir-là, à dévorer des yeux leur idole. Des loups aux dents pas vraiment acérées qui reprennent en chœur les nombreuses comptines que comprend le répertoire de Mylène Farmer - "L’ame stram gram" , "Promenons-nous dans les bois… ", "la la la la" - boostés par une scénographie d’enfer, des effets spéciaux à s’en déboîter les pupilles et des danseurs au dynamisme inversement proportionnel à celui de Mylène Farmer. Au début, elle semble même un peu perdue au milieu de cette gigantesque machinerie, point roux à peine distinguable lors d’un duo virtuel avec Sting, et qui traverse la scène de long en large, à une allure modérée, comme si elle allait ramasser les champignons.

C’est peut-être au moment où les danseurs livrés à eux-mêmes, se lancent dans une choré très Janet Jackson période Rhythm Nation que le spectacle décolle. Ils doivent cependant ralentir le rythme quand Mylène Farmer les rejoint pour danser de sa façon habituelle, c’est-à-dire sexy robotique. Les écrans géants renvoient l’éclat de ses yeux noisette et de son sourire de petite fille : au bout de trente cinq ans de carrière, elle n’en revient visiblement toujours pas d’être là. Entre "Ainsi soit je" et "Innamoramento", elle verse quelques larmes. "Tous les soirs je pleure, c’est comme ça" dit-elle, faisant taire d’office ceux qui l’accuseraient de pleurer sur commande. Son "histoires de fesses" en marinière Gaultier apporte un peu d’humour au show et les tableaux Gotham City, avec la troupe en combi et cape noire de Batman, sont grandioses. Juste derrière nous dans la fosse, le producteur Pascal Nègre la regarde, émerveillé, comme quoi, même les plus coriaces du métier se laissent happer par la grâce un peu bancale de Mylène dont le succès n’en finit pas de contrarier les médias : qui peut se vanter d’attirer 235 000 personnes en neuf jours sans avoir eu à écumer les plateaux télé ? En France, il n’y a qu’elle. Juste après les rappels, elle revient en chevalier d’Eon chanter, ou plutôt psalmodier, le titre qui a ouvert son premier concert en 1989 : "L‘horloge" d’après un poème déprimant de Baudelaire. Signe que c’est la dernière tournée de Mylène Farmer ? Derrière elle, comme pour enfoncer le clou, s’amoncellent des milliers de têtes de morts qui renvoient au public sa condition future. Mylène Farmer va mourir un jour et ses fans aussi. Comme final, on a connu plus rigolo, mais c’est quand même très beau.

Mylène Farmer jusqu’au 24 juin à Paris La Défense Arena. 

Erick Grisel

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