Camélia Jordana : "Lost", un nouvel album audacieux et engagé Camélia Jordana : "Lost", un nouvel album audacieux et engagé

Musique 

Camélia Jordana : "Mes cheveux frisés m'ont appris ce qu’étaient les contrôles d’identité" par Sophie Rosemont

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Publié le Vendredi 9 Novembre 2018

A 26 ans, la chanteuse et actrice française Camélia Jordana revient avec un nouvel album audacieux et engagé, "Lost" : son meilleur à ce jour ! Voici pourquoi.

En 2009, on découvrait sa bouille, ses lunettes à épaisse monture noire et son timbre défiant les plus belles voix soul. C’était La Nouvelle Star, où Camélia Jordana perdait en demi-finale face à Soan et Leila… pour signer quelques jours plus tard avec une maison de disque. Depuis, non seulement elle a sorti deux albums bien accueillis par le public comme par la critique, mais elle s’est aussi fait un nom dans le cinéma. Jusqu’à recevoir le César de la meilleure actrice pour son rôle dans Le Brio d’Yvan Attal. Alors qu’on n’était plus très sûrs de sa motivation en termes de musique, la voici de retour avec un album nommé Lost. On adore et on vous dit pourquoi.

Un album engagé et fier de l’être
Le contrôle au faciès dans "FreeStyle", les assassinats de jeunes Afro-américains par des policiers impunis dans "Freddie Gray",  les fantômes des attentats dans "Dhaouw"… Chaque morceau s’inspire de l’actualité, qui obsède Camélia Jordana depuis quelques années. "J’ai éprouvé le besoin de me positionner… C’est très compliqué de prendre de la distance, et c’est pour ça que je fais des chansons. Ces trois dernières années, je passe tous les matins devant le Bataclan et les lieux où les gens ont été victimes des attentats. La voix d’un peuple, le passé pas toujours assumé de la France, la légèreté de ma génération, malgré son incontestable pouvoir politique… Je devais exprimer tout ça dans ma musique."

Depuis 2015, Camélia a senti l’ambiance changer en France. Selon son look, les regards portés sur elle ne sont plus les mêmes : "Lorsque j’ai commencé à porter plus souvent mes cheveux frisés, j’ai appris ce qu’étaient les contrôles d’identité." Elle qui est fière de sa double culture la sent aujourd’hui en danger, et se doit de dénoncer le racisme et l’intolérance. Notamment dans le titre "Empire" où elle chante : "Ici, dans la plus grande des détentes/ ma couleur détonne/ quand les frères se cognent des galères comme dans les années 60/les contrats ne pleuvent pas pour les honnêtes hommes aux gueules typées". Camélia Jordana, artiste engagée ? Affirmatif. D’autant qu’on la verra en 2019 à l’affiche de Red Snake de Caroline Fourest, qui raconte le combat de femmes de toutes nationalités au sein de la résistance kurde contre Daech.

A la croisée des genres et des langues
Après deux albums laissant place à la chanson, mais qui ne s’éloignaient guère d’une pop droite dans ses bottes, Camélia se lâche sur Lost. Le but ? "Pouvoir mêler les influences de tous mes genres musicaux préférés, de danser sur la musique traditionnelle arabe, le hip hop, l’électro ou l’expérimental, résume Camélia. Ça m’a pris beaucoup de temps pour le finir, cet objet-là ! Mais je voulais que ça sonne comme quelque chose que je n’avais jamais entendu."


Et en effet, on se croirait dans un univers parallèle où se croise rap américain, pop française et trip hop anglais des années 90. Le tout habité par sa voix hyper affirmée (elle a pris des cours entre temps et sait jouer sur ses tonalités rocailleuses…) Bref, pas exactement un son mainstream, sans être inaccessible grâce à des beats contagieux. Pour servir l’ouverture de sa musique, Camélia chante en anglais, en français et, grande première, en arabe : "Vu que c’est un témoignage de femme d’origine et de gueule nord-africaines, j’ai jugé nécessaire de convier cette langue que j’adore !"

Girl power
Le combat des femmes touche particulièrement Camélia Jordana. En témoigne la chanson "A Girl like me". "Une femme puissante, c’est une femme qui s’accepte et qui s’aime, commente-t-elle. Du moment où on s’accepte, tout est plus simple dans la vie. J’espère que ma musique peut aider chaque personne de mon public à s’accepter, quel que soit son âge, sa couleur de peau et son orientation sexuelle."

On lui parle alors de l’écrivaine et rescapée d’Auschwitz Marceline Loridan-Ivens, dont le décès récent lui a inspiré un joli texte, posté sur Instagram. Les larmes lui montent aux yeux : "C’était une très grande dame de toute petite taille. Elle a surmonté sa douleur pour partir faire des reportages à l’autre bout du monde… et puis elle a raconté son histoire, qui m’a donné beaucoup de force." Parmi les autres figures féminines qui comptent pour elle, Golshifteh Farahani, "une actrice extraordinaire qui a quitté son pays au nom de l’amour qu’elle a pour l’art et sa liberté, pour jouer ce qu’elle a envie, non voilée". Frida Kahlo, dont la vie très libre l’inspire : "Sur son lit de mort, elle était au vernissage de son œuvre !" Et, enfin, Lisa et Naomi, les sœurs Ibeyi dont elle est proche : "Grâce à elles, la coiffure afro est à la mode ! Se servir de la double culture comme d’une richesse dans sa vie, c’est important."

Camélia Jordana, Lost, Arista/Sony, sortie le 9 novembre.

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