"Thalasso" : Michel Houellebecq est-il bon acteur ? "Thalasso" : Michel Houellebecq est-il bon acteur ?

Cinéma

"Thalasso" : Michel Houellebecq est-il bon acteur ? par Olivier De Bruyn

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Publié le Mardi 20 Août 2019

Le romancier incontrôlable fait le comédien dans le nouveau film de Guillaume Nicloux. Il y interprète son rôle favori (le sien) aux côtés d’un Gérard Depardieu aussi déjanté que lui. Est ce que cela vaut le coup de les supporter 1h 30 ?

C’est aussi improbable que de découvrir Emmanuel Macron au Hell Fest. Ou d’imaginer Marine Le Pen parfumée au patchouli dans une communauté hippie… Dans ses nouvelles aventures sur le grand écran, l’ineffable Michel Houellebecq, en peignoir blanc, goûte aux joies de la thalasso. Reçu dans un établissement luxueux de la côte normande, Michel découvre les joies du bain de boue, des menus bios et de l’hygiénisme radical. L’écrivain a beau tenter de fumer ses clopes en douce, de soudoyer le patron de l’établissement pour avoir le droit de picoler, rien n’y fait : il est contraint de composer avec un rythme de vie en contradiction avec ses addictions en tout genre. En proie à la dépression, Michel rencontre un acolyte qui l’accompagnera dans ses aventures : un certain Gérard Depardieu, lui aussi en thalasso et en lutte contre les règles liberticides qui règnent en ces lieux désespérément clean.

Guillaume Nicloux a de la suite dans les idées. En 2013, le cinéaste embauchait Michel Houellebecq pour un film délirant où l’écrivain incarnait son propre rôle : L’enlèvement de Michel Houellebecq. Six ans plus tard, Nicloux enfonce… le clou et réengage son pote pour une nouvelle plaisanterie potache : Thalasso, une fiction où la paire Houellebecq/Depardieu boit, fume, disserte sur la vie et subit quelques événements saugrenus, entre autres l’apparition d’un clone de Sylvester Stallone. Que vaut la chose ? Soyons lapidaires : pas grand chose. Passé un premier quart d’heure désopilant quand Houellebecq découvre éberlué les us et coutumes du lieu, le film radote et enchaîne les saynètes avec l’énergie d’un caramel mou.

Thalasso confirme néanmoins le potentiel d’acteur de Michel Houellebecq, un écrivain et un "people " qui, il est vrai, n’a jamais rien fait d’autre dans la société du spectacle que d’interpréter son propre rôle où il promène son dandysme hagard, ses provocations de vieux punk et, last but not the least, son physique inquiétant, avec son regard de fou, ses moues de Droopy sous Tranxène et ses cheveux filasses.

En le voyant dans Thalasso, on se dit que l’incontestable potentiel d’acteur de Houellebecq pourrait être utilisé dans bien d’autres registres. Rêvons un peu : Michel H pourrait camper un formidable serial killer ou un convaincant curé pédophile et, versant plus ordinaire, un contrôleur de train tatillon ou un agent immobilier retors. Qui, dans le cinéma français, osera faire sortir Houellebecq de ses gonds ? On attend.

Thalasso, de Guillaume Nicloux, avec Michel Houellebecq, Guillaume Depardieu… Sortie le 21 août.

Olivier De Bruyn

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